En Corée, les Kim et leurs pistolets

Écrit par Guillaume Gendron
18 mars 2026
Kim Ju-ae dans un stand de tir
Soyez-en sûrs, elle sera prête à prendre les armes. Pressentie comme future héritière du dictateur nord-coréen, la fille de Kim Jong-un apparaît cette fois calibre à la main alors que le monde s’embrase. Une pièce de propagande à l’ancienne qui contraste avec l’image virale et ultramoderne d’une autre tireuse de la péninsule, la médaillée olympique sud-coréenne Kim Ye-ji.
Soyez-en sûrs, elle sera prête à prendre les armes. Pressentie comme future héritière du dictateur nord-coréen, la fille de Kim Jong-un apparaît cette fois calibre à la main alors que le monde s’embrase. Une pièce de propagande à l’ancienne qui contraste avec l’image virale et ultramoderne d’une autre tireuse de la péninsule, la médaillée olympique sud-coréenne Kim Ye-ji.

À l’heure où Benyamin Nétanyahou doit se faire filmer en train de compter ses doigts pour prouver qu’il n’est pas un clone généré par intelligence artificielle visant à cacher sa mort dans une frappe iranienne, on peut encore compter sur la Corée du Nord pour de la propagande d’État vintage.

Voyez cette jeune fille aux mains fermes, le feu jaillissant du museau de son pistolet, plus assurée encore que les vieux généraux à ses côtés, dans un blouson de motard que n’auraient pas renié les stars du cinéma d’action hongkongais des années 1990. Le cliché, diffusé par l’Agence centrale de presse nord-coréenne (KCNA) le 12 mars, nous montre les derniers progrès dans l’art de la guerre de Kim Ju-ae, la « nouvelle étoile » du régime, comme la désigne la presse aux ordres de la dynastie Kim, qui règne sur le pays depuis 1945.

L’image rejoint un désormais copieux corpus photographique cherchant à installer Kim Ju-ae – dont ni le prénom, ni l’âge (13 ans présumés) n’ont jamais été confirmés officiellement – comme héritière incontestée de son père, Kim Jong-un, dans la rétine de son peuple. La première apparition publique de la fillette remonte d’ailleurs à 2022, à l’occasion d’un lancement de missile balistique intercontinental, énième défi (ou avertissement, selon les perspectives) lancé au monde, et à l’Amérique en particulier, par Pyongyang. Un cliché inaugural remis au goût du jour sur X (ex-Twitter) à l’entame de l’assaut israélo-américain sur Téhéran par un populaire analyste chinois, qui l’avait légendé : « Voilà pourquoi papa a construit des armes nucléaires. »

Terminator féminin

Revenons au stand de tir, situé, évidemment, dans un bunker tenu secret. Le potentat nord-coréen était venu y inspecter de nouvelles armes de fabrication locale. Comprendre : du petit calibre à la bombe atomique, on sait tout faire, qu’il ne vous vienne pas des idées de « regime change ». Père et fille étaient d’ailleurs vêtus du même cuir, érigé en symbole de puissance quasi divine. Il existe d’ailleurs une autre photo du même événement où Kim Jong-un reproduit, doigt sur la gâchette, très exactement la pose de sa fille – à moins que ça ne soit l’inverse.

Kim Ye-ji, championne olympique de tir

Cette démonstration de maîtrise armurière au féminin en rappelle ironiquement une autre : celle de la sensation provoquée, lors des Jeux olympiques de Paris à l’été 2024, par la tireuse sud-coréenne Kim Ye-ji. Si l’impassible trentenaire n’avait obtenu que l’argent dans l’épreuve du tir à dix mètres, son regard de cyborg – œil gauche couvert par un cache-œil rectangulaire, œil droit cerclé d’un iris mécanique pour viser – sa casquette aux couleurs de la Corée du Sud portée à l’envers et sa peluche à la ceinture en avait fait instantanément une icône de mode à l’aura glacée, à la fois badass et futuriste, un Terminator féminin, voire féministe, tout droit sorti des mangas dont raffole l’Occident. Kim Ye-ji avait ensuite monnayé cette soudaine notoriété en devenant « ambassadrice » de Balenciaga et Tesla à Séoul, puis en jouant une tueuse à gages (forcément) dans la série panasiatique Crush.

Le doigt sur la gâchette de chaque côté de la frontière surmilitarisée, on pourrait appeler ça la fable des filles Kim, deux destins opposés sur une même péninsule : l’héritière nucléaire et l’égérie K-pop.

Crédits photos : KCNA via AFP. Jung Yeon-je/AFP