Eau commune

Photo par Gemma Miralda Écrit par Sonia Reveyaz
Eau commune
Publié le 16 mai 2024

Au milieu de l’Europe, en Roumanie, le pays sicule est la seule région du continent à gérer collectivement ses terres. « L’Europe est un territoire entièrement industrialisé ou presque. Le peuple des Széklers, un groupe ethnique de langue hongroise vivant en autarcie grâce à la culture des céréales et de la terre, a attiré mon attention », raconte la photographe espagnole Gemma Miralda qui s’intéresse aux populations vivant en communautés au plus près de la nature.

Descendant des Magyars, les Széklers seraient désignés par les historiens du XIXe siècle comme population distincte des autres Hongrois depuis le Moyen Âge. Ceux installés en Transylvanie ont fait partie de l’Empire hongrois jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, quand leur région a été rattachée à la Roumanie actuelle. Ils vivent dans les zones les plus rurales de Transylvanie, dans le județ (l’équivalent d’un département en Roumanie, ndlr) de Harghita, où la photographe s’est rendue plusieurs fois depuis 2022, ou dans le județ de Covasna ou de Mureș.

Résilience

Depuis la fin du XIXe siècle, le « Közbirtokosság » est l’institution officielle de la région : elle établit un système de gouvernance collective des forêts, pâturages et sources d’eau. À l’époque du régime socialiste (1948-1989), ces droits communautaires ont été confisqués et sont passés sous le contrôle de l’État. En 2000, dans la perspective de l’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne, le gouvernement a rétabli le Közbirtokosság et reconnu le droit des Széklers à récupérer et gérer leurs terres de manière communautaire. « Il s’agit d’un cas unique en Europe où un gouvernement protège légalement une communauté afin qu’elle puisse administrer les ressources de sa terre selon ses méthodes ancestrales. Un comité exécutif est élu et fonctionne selon des règlements écrits, et les décisions sont prises par une assemblée générale constituée par des “détenteurs de droits” », explique Gemma Miralda.

Mátyás Öcsi, 72 ans – qui figure sur cette photo, prise au drone –, est l’un de ces détenteurs de droits. Il a construit cette piscine naturelle, dans son village de Karçacsonyfalva. La structure est en bois et recueille les eaux minérales du mont Dungó, filtrée par des plantes pour en retirer les impuretés. « Le bain est ouvert tout lété aux amis, à la famille et aux connaissances. Mátyás ne fait pas payer l’entrée, car pour lui, il s’agit dune forme de loisir favorisant la proximité entre ses concitoyens », pointe la photographe, qui voit dans cette piscine « un exemple de la résilience des peuples face aux défis environnementaux ».

La sélection de la rédaction
Dans les méandres de l’Albarine, rivière à temps partiel
Dans les méandres de l’Albarine, rivière à temps partiel
Reportage le long d'un cours d’eau intermittent jurassien, qui concentre sur 60 km de forts enjeux écologiques et de politiques publiques.
« L’hydroélectricité a été perçue comme un progrès »
« L’hydroélectricité a été perçue comme un progrès »
L’énergie hydraulique n'a jamais divisé autant que les énergies fossiles, selon Julien Marchesi, spécialiste en histoire environnementale.
Histoires d’eau
Histoires d’eau
Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’eau qu’il n’y a pas de rivière, a découvert la journaliste Catherine de Coppet.
La Vjosa, dernier fleuve sauvage
La Vjosa, dernier fleuve sauvage
Déambulation avec les photographes Manuela Schirra et Fabrizio Giraldi sur le dernier fleuve européen vierge de toute intervention humaine.