Le cheval qui murmurait à l’oreille des malades

Photos par Jérémy Lempin Un récit photo de Catherine de Coppet Un portfolio issu de la revue XXI
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Le cheval qui murmurait à l’oreille des malades
Peyo a quitté la scène pour l’hôpital en 2016, où il apaise les douleurs des malades. Le photographe français Jérémy Lempin a suivi pendant plusieurs semaines ce cheval au comportement hors du commun et son maître, auprès des patients de l’unité de soins palliatifs de l’hôpital Techer de Calais, où le duo intervient depuis 2018.
Paru en novembre 2022
Article à retrouver dans cette revue
Peyo a quitté la scène pour l’hôpital en 2016, où il apaise les douleurs des malades. Le photographe français Jérémy Lempin a suivi pendant plusieurs semaines ce cheval au comportement hors du commun et son maître, auprès des patients de l’unité de soins palliatifs de l’hôpital Techer de Calais, où le duo intervient depuis 2018.
Hassen Bouchakour a mis au point un protocole pour préparer Peyo à chacune de ses visites à l’hôpital : tonte, shampooing, brossage, déparasitage, vernissage des sabots, habillage. L’enjeu est de respecter les règles d’hygiène du milieu hospitalier et de protéger l’animal. La transmission des germes se fait de l’homme vers le cheval, et non l’inverse.
Le rituel dure deux heures. Il commence au box de l’étalon et se termine à l’entrée de l’hôpital par un tressage des crins de l’encolure et de la queue, pour éviter que les patients aient la tentation de s’y agripper. Peyo ne porte pas de fers, pour ne pas endommager les sols. « Le cheval adore tout ce processus de toilette », témoigne le photographe Jérémy Lempin.
Le rituel dure deux heures. Il commence au box de l’étalon et se termine à l’entrée de l’hôpital par un tressage des crins de l’encolure et de la queue, pour éviter que les patients aient la tentation de s’y agripper. Peyo ne porte pas de fers, pour ne pas endommager les sols. « Le cheval adore tout ce processus de toilette », témoigne le photographe Jérémy Lempin.
Peyo bénéficie d’une liberté de mouvement presque totale dans le service, au gré de ses choix. « Il entre spontanément dans les chambres où les situations sont les plus aiguës, ou repasse devant avec insistance », raconte Cécile Baelen, cheffe de l’unité de soins palliatifs. Ici, Peyo désigne de sa jambe la chambre d’une patiente, quelques heures avant sa mort. « Il est resté deux heures devant la porte à trembler de la lèvre inférieure, alors que la famille disait au revoir à cette femme », se souvient le photographe.
Peyo bénéficie d’une liberté de mouvement presque totale dans le service, au gré de ses choix. « Il entre spontanément dans les chambres où les situations sont les plus aiguës, ou repasse devant avec insistance », raconte Cécile Baelen, cheffe de l’unité de soins palliatifs. Ici, Peyo désigne de sa jambe la chambre d’une patiente, quelques heures avant sa mort. « Il est resté deux heures devant la porte à trembler de la lèvre inférieure, alors que la famille disait au revoir à cette femme », se souvient le photographe.
Manon, 24 ans, en phase terminale d’un cancer, serre contre elle son fils Ethan, 7 ans. « À ce stade, cette femme ne se laissait plus toucher pour un soin ou une toilette. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment elle a pu enlacer le cheval, sans douleur. Cette photo semble violente, mais pour l’équipe soignante, ce fut un moment extraordinaire », se souvient la docteure Baelen. La cheffe de service témoigne des effets de la présence de Peyo : regain d’énergie, diminution du recours aux antidouleurs ou aux anxiolytiques.
Le cheval a tenu à raccompagner jusqu’à son ambulance Roger, 64 ans, venu à l’hôpital pour une transfusion. Dès lors que Peyo s’attache à un malade, il lui prodigue attention et caresses, et peut lui consacrer beaucoup de temps. Son maître a dû apprendre à suivre son cheval.
On croise parfois l’animal dans l’espace cafétéria réservé aux familles. Son premier propriétaire l’avait baptisé Peyo –  « chiffon » ou « haillon » en occitan. Mais il est communément appelé « docteur Peyo » à l’hôpital ou dans la région de Calais, où il réside. « Il fait partie intégrante de la prise en charge globale du patient même s’il est libre de ses horaires, il vient quand il veut, poursuit Cécile Baelen. Dans certains cas, Hassen et Peyo interviennent à domicile à la demande des familles. »
Peyo a un comportement souvent étrange. Selon Jérémy Lempin, il lui arrive de « défendre » la personne qu’il protège, en faisant des allers-retours entre le lit et la porte d’entrée ou en repoussant du bout du nez les personnes qu’il n’estime pas bienvenues. Ce jour-là, Peyo s’est posté devant la porte, à l’intérieur de la chambre de Daniel. « Il gardait un air menaçant, les oreilles couchées et grinçait des dents, empêchant toute personne d’accéder au lit du patient », raconte le photographe.
D’après son père, Isac, 9 ans, n’est heureux de rendre visite à sa mère hospitalisée, Amandine, qu’en raison de la présence de Peyo, poursuit Jérémy Lempin. Le cheval a été dressé par Hassen Bouchakour afin de supporter de passer du temps en intérieur. Pour signifier par exemple son envie de se soulager, le cheval balance le bassin. Un signe infime que son maître sait repérer immédiatement.
« Quand le cheval entre dans une chambre, ça se passe généralement bien. On n’a jamais eu de rejet d’un patient », commente Cécile Baelen. Selon les Sabots du cœur, l’association de Hassen Bouchakour (ici avec Isac), Peyo et son maître ont accompagné plus de mille personnes en fin de vie.
« Quand le cheval entre dans une chambre, ça se passe généralement bien. On n’a jamais eu de rejet d’un patient », commente Cécile Baelen. Selon les Sabots du cœur, l’association de Hassen Bouchakour (ici avec Isac), Peyo et son maître ont accompagné plus de mille personnes en fin de vie.
À côté de corbeilles de fruits et de pain réservées au cheval, on peut voir dans les couloirs de l’unité de nombreux dessins d’enfants à l’effigie du docteur Peyo.
À côté de corbeilles de fruits et de pain réservées au cheval, on peut voir dans les couloirs de l’unité de nombreux dessins d’enfants à l’effigie du docteur Peyo.
Peyo s’est particulièrement lié à Daniel, ancien cavalier. Alors que le patient se trouvait dans un état léthargique depuis quarante-huit heures, la présence du cheval l’a sorti de sa torpeur, témoigne Jérémy Lempin. Au contact de Peyo, il a pu à nouveau échanger avec ses proches. Il est mort deux jours après.
Il arrive qu’à la demande de la famille Peyo accompagne une personne pour son enterrement. Cela a été le cas pour Daniel : Peyo lui a rendu un dernier hommage devant son cercueil. Par manque de place, il n’a pu assister à la cérémonie à l’église – ce qu’il avait fait pour l’enterrement de Manon, à Dunkerque.
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