Éclairage  |  Géographies

Dreymoor dans l’ombre du Qatargate

Comment nous avons découvert les liens d’Alexander Shishkin avec le complexe industriel géorgien Rustavi Azot.

En décembre 2023, le quotidien belge Le Soir, en partenariat avec le consortium européen de journalistes EIC, publie de tonitruantes révélations sur le scandale dit du Qatargate. Une affaire judiciaire déclenchée par le parquet belge visant des faits de corruption présumée de députés européens, payés par des puissances étrangères – Qatar en tête – pour défendre leurs intérêts au sein de l’UE.

Les journalistes ont ainsi montré comment Francesco Giorgi, assistant parlementaire de l’Italien Pier Antonio Panzeri et compagnon de l’eurodéputée grecque Eva Kaili, utilisait sa position au sein du Parlement pour vendre ses services à plusieurs pays. Dans des échanges WhatsApp, que nous avons pu consulter, Giorgi cherche notamment à acheter du nitrate d'ammonium pour le compte de la Mauritanie à l’automne 2020. L’entreprise qui a ses faveurs est la société géorgienne Rustavi Azot, proche d’Alexander Shishkin.

« Bizarre, le trader de Moscou »

« Après l’incident de Beyrouth, il faut faire attention », écrit l’homme d’affaires grec que Giorgi a sollicité pour trouver du nitrate, sans savoir qu’il négocie avec l’usine d’où provient le produit impliqué dans l’explosion. Ces échanges nous ont permis de confirmer la proximité entre Dreymoor Fertilizers et la société géorgienne. En effet, au cours de ces discussions, le responsable commercial de Rustavi Azot affirme qu’il faut passer par Dreymoor pour la commande. « Ça me paraît bizarre qu’ils utilisent un trader avec des bureaux à Moscou », écrit le partenaire grec de Francesco Giorgi. Des échanges qui nous ont été d’une grande utilité pendant le rendez-vous avec Alexander Shishkin à Istanbul. C’est après que nous les avons mentionnés que ce dernier a reconnu avoir été actionnaire de la société géorgienne « il y a des années » et avoir conservé depuis une relation privilégiée avec ses dirigeants.

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