En cette période de transition incertaine, où se meurt l’ancien monde, on aimerait crier: « Place aux jeunes ! » Pour mettre fin aux trajectoires circulaires des maux libanais. Pour balayer l’incurie des élites politiques avec du sang neuf. Mais après ? Que pourrait espérer la nouvelle génération ? En point d’orgue de ce numéro, nous avons mis en regard les travaux de huit jeunes photographes libanais qui se posent la question. Tous interrogent une jeunesse éclatée, travaillée par ses doutes, tiraillée par ses identités, blessée de trop donner à son pays sans jamais rien recevoir en retour. Une jeunesse qui rêve encore, mais désespère souvent, oscillant entre une résistance qui lui paraît vaine et un exil qui lui semble inévitable.
Celle-là même qui a été biberonnée à la seule réussite individuelle doit lutter pour tout reconstruire. En réalité, la nouvelle génération se retrouve à la croisée des chemins. La première voie, celle de la continuité, perpétuerait l’héritage des décennies confessionnelles, laissant le pouvoir entre les mains des mêmes familles dirigeantes. La seconde, celle de la rupture, nécessite de tirer les leçons du passé. De porter le poids d’un pays où tout est à refaire. Ce dossier rend compte d’un défi titanesque. Celui d’une jeunesse libanaise piégée dans une alternative existentielle : refonder une nation ou la voir s’effondrer