À la cour d’assises, l’angoisse de l’avocat au combat

Écrit par Jean-Yves Moyart Illustré par Yann Kebbi
À la cour d'assises, l’angoisse de l’avocat au combat
En 2012, « XXI » donne la parole à un avocat, persuadé de l’innocence de son client, accusé du meurtre de sa femme. Il se bat avec les armes de la loi et sa conviction profonde. Au tribunal, la joute s’engage face à la cour et aux jurés pendant trois jours, tandis que l’accusé se défend mal. L’avocat sort ses tripes et ira jusqu’au bout de ses forces.
Paru en janvier 2012
Article à retrouver dans cette revue

Ahmed entre dans le box des accusés, minuscule entre ses deux grands flics d’escorte, mal fagoté comme s’il sortait d’un film des années 1970 avec sa masse de cheveux crépus, son costume crème, pantalon pattes d’éléphant et veste cintrée à larges revers, chemise grise et large cravate à gros nœud. Comme d’habitude, il a l’air de sourire. Ça n’est ni l’endroit ni le moment, mais je ne m’inquiète pas : la cour et les jurés s’apercevront rapidement que cette mimique, qui ne signifie rien, ne le quitte jamais.

Dans un instant, la greffière va lire l’arrêt qui l’a renvoyé devant la cour d’assises. Ahmed est accusé d’avoir assassiné sa femme, avec la complicité de Roger. Juste après, la présidente lui demandera – bien que la procédure française ne le prévoie pas – s’il reconnaît les faits. Elle sait qu’Ahmed répondra qu’il est innocent. C’est ce qu’il affirme depuis son arrestation trois ans plus tôt.

Assis en contrebas, je le regarde tandis qu’il décline son état civil, un micro grotesque emmanché sur un fil de fer roulé autour de son cou. Je sais depuis trois ans qu’il est innocent, je le crois, je suis celui qui doit le défendre devant la cour d’assises : je suis terrifié. C’est une chose de plaider un acquittement parce que rien dans le dossier, selon vous, ne permet de condamner un homme ; c’en est une autre d’être l’avocat d’un prévenu dont vous êtes totalement persuadé de l’innocence, la « vraie ».

C’est une chose de plaider un acquittement, c’en est une autre d’être l’avocat d’un prévenu dont vous êtes persuadé de l’innocence.

Ahmed est seul devant la cour. Roger, qui devait être jugé à ses côtés sous le chef de complicité d’assassinat, est mort en détention. Il comparaît devant une présidente qui, en deux ans, n’a jamais acquitté personne, excepté un cas évident. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

On a retrouvé le corps de Geneviève, l’épouse d’Ahmed, mère de leurs six enfants, un samedi matin dans le fossé d’une forêt située à quelques kilomètres de leur domicile. La gorge tranchée d’une oreille à l’autre, Geneviève baignait dans une mare de sang. Les enquêteurs se sont immédiatement intéressés à Ahmed, arrêté le jour même.

Des premiers éléments de l’enquête, il apparaissait que, la veille, en milieu de soirée, le couple s’était une fois de plus sérieusement disputé – le bon terme étant « engueulé ». Selon les voisins, Ahmed était sorti du domicile en furie en claquant la porte après une dernière bordée d’injures croisées, moitié en arabe moitié en français, « comme chaque fois qu’il est vraiment en colère ». Peu après, Geneviève, laissant les six enfants se garder eux-mêmes, était partie à pied vers le centre du village, manifestement ivre, titubant et invectivant les ­fantômes de la nuit à grands coups de moulinets dans le vide. Plus personne du village ne l’avait jamais revue.

Roger, le meilleur et unique ami

Le couple, découvrit-on rapidement, était un peu le phénomène de foire du village. Les tendres époux étaient aussi peu assortis qu’on peut l’être. Geneviève ne passait pas inaperçue avec ses cent vingt kilos, son mètre quatre-vingts et son incapacité à parler autrement qu’en usant d’un langage de charretier. Ahmed, qui faisait un mètre soixante et devait peser soixante kilos tout habillé, parlait d’une voix douce, souriait à tout le monde et s’occupait apparemment à merveille et avec beaucoup d’affection des enfants. Il ne buvait jamais, elle passait pour une poivrote.

Geneviève et Ahmed ne travaillaient pas et vivaient des allocations familiales, dans une maison que Geneviève avait héritée de son père – mort prématurément d’une cirrhose. Ils s’étaient rencontrés dix ans auparavant au cours d’une « ducasse », une fête municipale, et pour les gens du village la cause était entendue. Lui avait vu en elle un moyen de se sédentariser et, elle, vu ses défauts et son physique, s’était empressée de lui mettre le grappin dessus. D’où mariage six mois plus tard, et six enfants en neuf ans.

Il ne s’est trouvé aucun témoin pour penser que ces deux-là avaient pu réellement s’aimer. Ahmed soutiendra toujours être tombé amoureux de ­Geneviève et n’avoir jamais cessé de l’être. Quand le juge d’instruction le questionnera sur les « raisons » de cet amour prétendu, il fera la seule réponse admissible : toutes et aucune. Que voulez-vous répondre d’autre…

Du témoignage des consommateurs, Ahmed, ­arrivé furibond, s’était largement épanché auprès de Roger sur Geneviève, cette grosse vache qui l’avait encore gravement fait chier.

Les gendarmes apprirent très vite – c’était un petit village – qu’Ahmed, à peine sorti de chez lui, s’était directement rendu au café Au guet-apens, tenu par son meilleur et unique ami, Roger, avec l’aide de sa femme Monique. Du témoignage des consommateurs, qui avaient maintes fois assisté à la même scène entre les deux amis, Ahmed, ­arrivé furibond, s’était largement épanché auprès de Roger sur Geneviève, cette grosse vache qui l’avait encore gravement fait chier, et l’avait à moitié mis à la porte… Roger, qui avait déjà bien picolé, avait une fois de plus reproché à Ahmed de ne pas « être un homme », de ne pas « s’en débarrasser une fois pour toutes », avec son aide s’il le fallait : il n’était pas ancien légionnaire pour rien, « bordel de Dieu, et Ahmed, le sourire kabyle ça devait le connaître. Hop, un coup de lame, on n’en parlerait plus »

Roger s’était servi au moins quatre grands verres de whisky pendant qu’il prodiguait, en boucle et sur tous les tons, ces conseils hautement philosophiques. Ahmed avait bu la même quantité de verres de lait. De guerre lasse, et parce que les invectives de Roger finissaient par couvrir le son de la télé, les habitués étaient rentrés chez eux, laissant les deux hommes à leurs projets de massacre sans en croire un traître mot. Sauf qu’évidemment, cette fois-ci, les gendarmes ne pouvaient pas être du même avis.

« Bon, il est pas là, le couteau »

Ils le furent encore moins, après avoir procédé vers midi à l’interpellation de Roger, découvert ronflant en travers du lit conjugal, encore ivre de la veille, et avoir entendu son épouse Monique qui indiquait avoir été réveillée dans la nuit par Roger venu se coucher en marmonnant « Putain j’l’ai fait, putain j’l’ai fait », avant de tomber sur le matelas la bouche ouverte et tout habillé.

Avait-elle regardé l’heure ? Oui, il était dans les trois heures sur le radioréveil, même qu’elle s’était demandé dans un demi-sommeil ce qu’ils avaient bien pu fiche pendant tout ce temps. Était-elle certaine des mots employés par son mari ? ­Absolument, elle lui avait même demandé « Quoi, qu’est-ce que t’as fait ? », mais en vain, il était trop ivre pour répondre. Confirmait-elle que les vêtements que portait Roger étaient ceux qu’il avait hier soir ? Oui, il ne s’était pas changé, il n’aurait pas su. Roger possédait-il une arme ? Oui, un pistolet démilitarisé hors d’état et un couteau de combat, souvenirs de la Légion ; ils étaient emmaillotés dans un linge placé dans un carton avec les anciens effets militaires de son mari, au grenier. On pouvait voir ? Bien sûr, il n’y avait qu’à la suivre…

Non, Monique ne s’expliquait pas ce que le couteau faisait là, ni pourquoi il avait été manifestement lavé récemment.

Trois gendarmes avaient accompagné Monique au grenier, l’avaient vue ouvrir un carton, en retirer un linge roulé, qu’elle leur avait tendu : « C’est là-dedans. » L’adjudant-chef, ganté, avait déroulé le tissu, découvert un pistolet sans percuteur et rien d’autre pendant que les sourcils de Monique se faisaient circonflexes. « Bon, il n’est pas là, le couteau. On va faire une perquisition, si vous êtes d’accord ? »

Vingt minutes plus tard, l’un des militaires découvrait en bas, au-dessus du grand frigo derrière la salle du café, un couteau de type poignard à la lame crantée de vingt-cinq centimètres, emballé dans un sachet plastique. Non, Monique ne s’expliquait pas ce qu’il faisait là, ni pourquoi il avait été manifestement lavé récemment : il y avait encore de l’eau sur l’arme et dans le sachet.

Les gendarmes, assez contents je suppose de constater que l’enquête allait être facile, s’étaient ensuite rendus au domicile de Geneviève et ­d’Ahmed. Ahmed préparait le repas du midi pour la marmaille. Ils l’avaient arrêté et on avait saisi ses vêtements de la veille encore jetés en boule au pied du lit, un de ses éternels costumes démodés, bleu celui-ci, ainsi que les chaussures qu’il portait. Il y avait de la boue sur les souliers et son pantalon, pas d’autres taches suspectes.

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Interrogés, les plus vieux des enfants avaient confirmé la dispute de leurs parents, entendue la veille depuis leurs lits. Ça arrivait souvent, ça se terminait souvent aussi de la même façon : leur père partait au Guet-apens chez Roger, leur mère allait marcher dans le village ou s’asseoir sur un banc de la petite place du marché pour « calmer ses nerfs ». Non, ils n’avaient pas entendu leur père rentrer, ils dormaient. Non, maman n’était pas rentrée le lendemain. Il lui arrivait parfois de trouver refuge chez sa sœur, qui n’habitait pas loin, et d’y rester au moins la journée suivante. Ils supposaient que c’était à nouveau le cas.

Cette griffure dans le cou

Ahmed avait été informé de l’assassinat de son épouse. Sa réaction était consignée par écrit puisqu’il n’en avait pas eu d’apparente : il n’avait rien dit, n’avait posé aucune question. Interrogé sur son emploi du temps de la veille, il avait confirmé en tous points la dispute, avec une importante précision : dans l’engueulade, Geneviève l’avait griffé au cou en faisant un geste comme pour lui mettre une claque – il portait une petite griffe, récente, à la base du cou. 

Puis, il était allé chez Roger où il y avait eu des mots, comme d’habitude. Roger s’en était pris verbalement à Geneviève, l’avait vouée aux gémonies. Ça l’avait réconforté : il ne l’avait pas facile avec elle, elle buvait beaucoup, elle l’insultait souvent, elle ne faisait rien à la maison, mais il continuait à l’aimer, ne serait-ce que parce qu’elle était la mère de ses enfants.

Les deux hommes s’étaient ensuite calmés, ils avaient continué à discuter de tas de trucs et il était reparti chez lui, certain que sa femme n’y serait plus. Non, il était sobre, il ne buvait jamais. L’heure ? Il ne savait pas trop, il devait être minuit-une heure, il n’avait pas fait attention, c’était l’heure de fermeture habituelle du café de Roger. Oui, il était rentré directement. Non, bien sûr que non, mille fois non, il n’avait pas tué sa femme, ni aidé Roger à le faire, ni été aidé par lui. Tout ça, c’était des paroles en l’air, maintes fois répétées, jamais appliquées. Et puis, pour quoi faire, mon Dieu ? S’il l’avait voulu, il aurait pu facilement divorcer. Pour tout dire, il avait consulté une avocate qui lui avait confirmé qu’une séparation ne poserait pas problème, qu’il obtiendrait sûrement la garde des enfants dont il s’occupait si bien. Il n’avait pas donné suite parce qu’il voulait donner une chance à Geneviève. Ce n’était pas pour la tuer six mois plus tard.

Évidemment non, il n’avait pas tué ni aidé à tuer Geneviève. Il n’aurait pas été en état, même si l’idée lui avait traversé l’esprit. Il y a un monde entre dire des conneries avec un pote malheureux et les faire, non ?

Avait-il été question d’un couteau, la veille, entre les deux hommes ? Non. Roger lui en avait-il montré un ? Non. Ahmed savait que Roger en possédait un, une arme impressionnante, il l’avait déjà vue une fois. Roger, ivre, l’avait exhibé devant lui et d’autres au bistrot, mais hier soir, pas du tout.

Roger confirmait le déroulement de la soirée. Au départ d’Ahmed, il avait fermé le café, bu encore un ou deux verres devant la télé, traîné un peu, rangé trois conneries, sans bien se souvenir ni de ses faits et gestes ni de l’heure, puis avait dû finir par aller se coucher. Était-il sorti ? Non, pas qu’il se souvienne ou alors pour aller pisser peut-être. Non, en aucun cas en voiture – heureusement d’ailleurs, il était rond comme un Polonais.

Son épouse ayant déclaré qu’il s’était couché vers trois heures du matin, Ahmed ayant quitté le café entre minuit et une heure, comment pouvait-il expliquer être resté seul de deux à trois heures en bas, à ne rien faire ? Roger ne le pouvait pas, il ne souvenait pas de grand-chose, il avait dû glander, ranger des trucs. Savait-il par hasard où était son couteau ? Ah, oui ! D’accord, il voyait bien où le gendarme voulait en venir ! Bon, il ne s’en ­souvenait pas tout à l’heure, mais puisqu’il en parlait, ça lui revenait : à un moment il était parti au grenier regarder ses souvenirs militaires, comme ça, par nostalgie alcoolisée ; il avait même, là-haut, coiffé son béret ; il se souvenait avoir pris son couteau en main ; il ne se souvenait plus bien de la suite, mais il se pouvait qu’il ne l’ait pas rangé. L’avait-il lavé ? Non, pas qu’il se souvienne. Ah, il était plein de flotte ? Alors, c’est qu’il avait dû le faire.

Évidemment non, il n’avait pas tué ni aidé à tuer Geneviève, ils étaient fous ? Il n’aurait pas été en état, même si l’idée lui avait sérieusement traversé l’esprit. Il y a un monde entre dire des conneries avec un pote malheureux et les faire, non ?

Le droitier et le gaucher

Voilà comment les choses se présentaient dans les heures ayant suivi la découverte du corps. Mais une série d’éléments techniques était rapidement venue compliquer les choses. 

La mort de Geneviève était située autour de deux heures du matin, à plus ou moins une demi-heure. La blessure était compatible avec l’utilisation du couteau de Roger « ou de toute arme présentant exactement les mêmes caractéristiques de largeurs de lame et de dents ». Le coup fatal, unique et porté avec force, était l’œuvre d’un gaucher de grande taille qui s’était tenu derrière la victime debout. Celle-ci avait sous les ongles une minuscule croûte de sang et un fil de tissu bleu.

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Ahmed était droitier, petit et malingre ; Roger gaucher, grand et costaud. La particule de sang sous l’ongle de Geneviève venait d’Ahmed, mais elle l’avait griffé pendant la dispute. Le fil de tissu provenait du costume qu’Ahmed portait la veille, il supposait qu’elle le lui avait arraché dans le même geste. Le couteau avait été lavé dans les heures précédant sa découverte et pas seulement à l’eau, mais à l’eau et au savon. Il restait, entre le manche et la lame, un infime résidu d’une matière organique impossible à identifier. Sur le manche figurait l’ADN de Roger, uniquement. Roger expliquerait que ce couteau avait déjà servi, par le passé, sur des volailles notamment, qu’il avait « fait la guerre » avec, qu’il lui avait aussi servi à se graver un « x » sur un avant-bras.

Les vêtements des trois personnes concernées ne comportaient pas de sang, à part évidemment ceux de Geneviève. En revanche, la boue qui maculait les paires de chaussures et les bas de pantalons était la même. La même que celle prélevée sur le lieu de la découverte du corps. La même que celle retrouvée sur les tapis de sol du véhicule de Roger où, côté passager, l’ADN d’Ahmed avait été relevé. Mais il avait plu la veille, et les deux hommes s’en tiendraient à leurs premières explications. Ahmed disait être sorti à pied du Guet-apenset avoir marché jusque chez lui. Roger pensait avoir peut-être uriné devant son café. La boue retrouvée sur leurs habits ne pouvait que provenir de là.

Les trois témoins

J’avais demandé au juge d’instruction une expertise comparative de la gadoue prélevée un jour de pluie devant le Guet-apens avec celle du fossé. Des similitudes sont établies : la même terre est présente à chaque fois, mais on ne trouve pas, dans le fossé, les traces de pollution relevées devant les domiciles des mis en examens. Des analyses ont également été effectuées sur les ongles et les mains des deux suspects, sans résultats.

Un appel à témoins avait été lancé dans la presse. La route traversant la forêt dans laquelle on avait découvert le cadavre était très fréquentée, même de nuit : elle était le seul chemin entre différents villages et villes de la région, mais également vers la Belgique, eldorado de discothèques et boîtes de nuit en tous genres.

Comme on savait que l’endroit précis du crime, situé à six kilomètres du centre du village, était trop éloigné pour qu’on y soit venu sans au moins un véhicule, on se disait qu’une telle scène, qui s’était vraisemblablement déroulée à côté d’un véhicule garé le long de la route et du fossé, pouvait avoir été aperçue et remarquée des automobilistes passés par là. Et on avait raison.

Le témoignage du brocanteur amateur correspondait à merveille à la thèse de l’accusation. Il a été maintenu avec force et assurance tout au long de la procédure.

Trois témoins s’étaient manifestés. Deux jeunes gens : l’un partait rejoindre des amis « en boîte », l’autre était la passagère avant d’une voiture ; et une personne plus âgée qui revenait d’une journée de brocante au volant d’une camionnette. Tous trois avaient vu la même chose cette nuit-là, entre une heure et deux heures trente : un gros véhicule type 4x4 de couleur claire garé sur le bas-côté de la route. Sans pouvoir être plus précis, ils étaient certains de la teinte et du sens de marche. Les phares du 4x4 étaient allumés, c’est même ce qui avait attiré leur attention. Tous avaient pensé soit à un besoin pressant du conducteur, soit à un ivrogne ayant du mal à rentrer.

La voiture de Roger était une Range Rover crème. Sur photos, les trois témoins ne pourront l’identifier, ils ne l’excluront pas non plus. Le jeune conducteur disait n’avoir vu personne. La passagère de la seconde voiture pensait avoir aperçu, derrière la voiture, deux silhouettes penchées sur le fossé, l’une légèrement plus grande que l’autre. Le chauffeur de la camionnette indiquait avoir vu la même scène que la jeune fille, mais était aussi certain d’avoir aperçu un troisième personnage debout dans le fossé, qui lui avait semblé plus corpulent et qui tendait les bras devant lui comme si les deux autres devaient l’aider à remonter. 

Le témoignage de la jeune fille était imprécis. Celui du brocanteur amateur était affirmatif et correspondait à merveille à la thèse de l’accusation. Il a été maintenu avec force et assurance tout au long de la procédure.

Aucun mobile apparent

Roger et Ahmed avaient nié toute participation aux faits pendant l’instruction. Leur personnalités avaient été passées au crible sans éléments notables, hors le passé militaire de Roger, évincé de l’armée pour des antécédents de violence. Saoul, Roger pouvait frapper fort, y compris un sous-­officier, ça n’en faisait évidemment pas un assassin. Les deux hommes étaient sains d’esprit, sans amoralité particulière ni traits de caractère anormaux. De toute évidence, Ahmed était plus passif et effacé, Roger plus démonstratif et ­colérique. C’était tout.

Ni Roger ni Ahmed n’avaient de mobile apparent. L’avocate consultée par Ahmed avait confirmé ce qu’il avait indiqué sur le potentiel divorce, potentiellement aisé. Aucune assurance-vie n’avait été prise pour Geneviève. Sa mort ne rapportait rien à personne.

Il pleurait parfois en évoquant Geneviève, me disant qu’il ne lui aurait fait aucun mal, ne serait-ce que pour une raison : c’était priver ses enfants de leur mère. Et il adorait ses enfants. 

Ahmed niait avec la même constance auprès de moi, et je le croyais. Il pleurait parfois en évoquant Geneviève, me disant qu’il ne lui aurait fait aucun mal, même si elle pouvait être chiante, ne serait-ce que pour une raison : lui en faire, c’était évidemment blesser ses enfants, les priver de leur mère et il adorait ses enfants. Le fait de ne plus les voir était ce qu’il y avait de plus douloureux pour lui, sa cellule était tapissée de leurs photos… Je le croyais. Totalement.

On ne pouvait pas dire que le dossier était vide. Il existait des éléments chargeant les deux hommes, mais – je l’exposais souvent à Ahmed – ils pointaient à mon sens beaucoup plus Roger que lui. Quand nous abordions ce point, sa passivité m’exaspérait : il comprenait ce que je disais évidemment, mais il connaissait bien Roger et ne le voyait pas commettre le crime. Il refusait de l’accuser et m’interdisait de le soutenir en « chargeant » son ami.

Je rageais parce que j’étais persuadé que Roger avait tué la malheureuse, sans doute dans un brouillard éthylique de guerrier, histoire de « montrer qu’il en avait » en joignant l’acte à la parole et d’aider ainsi, avait-il dû croire, son ami passif. J’étais d’autant plus frustré et mécontent de ne pouvoir avancer dans cette voie que Roger ne se gênait plus, à la fin de l’instruction, pour mettre expressément en cause son « ami » Ahmed.

Je fulminais, et ce genre d’accusations avait donné lieu à une passe d’armes assez rugueuse entre l’avocat de Roger et moi-même – sous l’œil je suppose amusé du juge, qui nous avait largement laissé déverser nos biles respectives avant d’intervenir.

Pudeur, noblesse et honneur

Alors que nous attendions l’audiencement de l’affaire devant la cour d’assises, Ahmed m’apprit que Roger était mort en cellule. Il ne serait donc jamais jugé. Ahmed se retrouvait, seul, accusé de l’assassinat de Geneviève.

Il est de mauvais ton de se réjouir de la mort d’un homme et pourtant, tout à la passion avec laquelle je me battais pour l’innocence d’Ahmed, je crois bien que c’est ce que je fis en convainquant Ahmed que, désormais, rien ne s’opposait plus à ce que les soupçons que je concevais à l’égard de feu son ami soient exprimés. Je n’en crus pas mes oreilles en l’entendant refuser encore. 

Cette fois, j’explosai en lui hurlant que Roger, là où il était, n’en souffrirait pas trop, que Monique ne serait peut-être pas d’accord mais qu’un moment de honte passe plus vite qu’une peine de réclusion criminelle, qu’elle-même d’ailleurs ne savait rien de la culpabilité de son mari. Je sommai Ahmed d’oublier ses pudeurs et sa noblesse, et de me laisser dire ce que j’aurais à dire sur ce point – et, enfin, il finit par être d’accord.

« Je suis innocent, je n’ai pas tué ma femme »

Je tentai une chose inédite en vue de l’audience qui désormais approchait : j’écrivis à l’avocat adverse en lui demandant avec la plus grande solennité, si jamais il avait pu recueillir des aveux de Roger, de m’autoriser à solliciter la levée du secret professionnel et de me permettre de le faire citer à l’audience.

Il me répondit par une lettre d’injures. Jamais Roger, qui avait toujours protesté de son innocence, ne lui avait avoué quoi que ce soit. Et même dans le cas contraire, il n’aurait jamais accepté d’en témoigner pour l’honneur de l’épouse de son client et pour le sien. Imaginais-je un instant sans déraisonner qu’il aurait soutenu son client pendant deux ans pour ensuite se couvrir de ridicule en avouant à la fois la culpabilité de Roger et, partant, sa parfaite connaissance de ses mensonges ? 

Voilà les principaux éléments que la cour d’assises va devoir soupeser pour décider de la vie d’un homme et affirmer, ou pas, qu’Ahmed a tué sa femme avec préméditation ou participé à son meurtre. Voilà le dossier que je connais par cœur et dont chaque détail me hante en regardant ce petit bonhomme suranné se tenir dans le box des accusés debout devant ses douze juges, en l’écoutant décliner son état-civil de sa voix étonnamment grave pour sa taille, puis répondre à la question de la présidente par les deux phrases simples dont nous avons convenu : « Je suis innocent. Je n’ai pas tué ma femme. »

Ça a été trois jours d’audience vraiment éprouvants. Seule juge parmi les juges à avoir lu le dossier, la présidente instruisait très à charge, ce qui impliquait maints incidents et une vigilance de tous les instants. Il fallait se tenir constamment sur la défensive pour rectifier sans cesse tel ou tel élément. 

« En conscience », le doute

L’avocat général, particulièrement fin et actif, est parvenu plusieurs fois à mettre Ahmed en difficulté, en ironisant ou en l’amenant doucement à se contredire un peu, sur un point de détail, un élément annexe (Par exemple, s’il aimait ­Geneviève, pourquoi ces disputes, pourquoi ce projet de divorce ? Ah bon, on peut aimer et divorcer ? Ah… Mais alors… On peut sûrement aussi aimer et tuer, non…?). Ahmed ne s’est pas très bien comporté. Il répondait souvent de façon évasive, fuyante, parfois même en ayant l’air un peu absent, un peu non concerné. Ce qui, évidemment, n’est pas une excellente façon de convaincre juges et jurés.

Nous avions passé des dizaines d’heures ensemble à préparer cette audience, je m’étais fait avocat général, j’avais anticipé les possibilités de questions, les difficultés, je le croyais prêt. J’avais tort. Il ployait manifestement, non sous le poids du dossier qu’il ne pouvait mieux maîtriser, mais sous celui du stress et de la peur de l’audience.

Pire. À plusieurs reprises, il mentit sur des détails parce que, sur le moment, la réponse inventée lui semblait plus adaptée. Il déclara soudain qu’il portait la veille des faits un costume marron et non plus bleu, de sorte que la particule de fil bleu trouvée sous un ongle de Geneviève ne l’accusait pas. Ce point n’avait jamais fait débat. Il savait aussi bien que moi qu’il portait bien un costume bleu mais, voulant trop se défendre, il avait à la fois oublié et occulté.

Ahmed, pourquoi avez-vous menti, à l’instant, contre l’évidence, alors que vous n’avez jamais contesté ça ? 
— Ben, je sais pas… 
— Vous avez peur ? 
— Ben oui… 

À la troisième reprise, la présidente s’était tournée vers moi pour me demander de le « ramener à un peu de bonne foi » dans son intérêt parce que là elle renonçait, et j’avais effectivement dû le faire. Pour tenter de rattraper l’impression désastreuse produite par le mensonge idiot, j’avais demandé doucement : « Ahmed, pourquoi avez-vous menti, à l’instant, contre l’évidence, alors que vous n’avez jamais contesté ça ? — Ben, je sais pas… — Vous avez peur ? — Ben oui… », mais c’était avec des sabots, et trop tard.

Ahmed était souvent « mal passé » à la barre, mais aucun aveu n’avait été effectué et – je le martèlerai bientôt comme un bûcheron – aucune preuve formelle n’avait été rapportée. Les débats furent clos en fin de matinée le troisième jour.

Je demandai leurs avis à la greffière et aux policiers d’audience, et je fus conforté malgré tout : comme moi, ils pensaient que mon client était mal ressenti par les jurés mais, comme moi, ils trouvaient que le dossier restait fragile. Bon. Je me laissai enfermer dans la salle et retravaillais une dernière fois, un à un, tous les éléments que j’allais plaider.

J’eus une bonne surprise à la reprise : ma consœur, constituée partie civile au nom des enfants, fit part à la cour que les aînés ne croyaient pas leur père coupable ; plus exactement, ils ne le croyaient pas capable d’un tel acte et il leur manquait. « En conscience », poursuivit-elle, elle conservait un doute sérieux sur la culpabilité d’Ahmed.

L’avocat général fut beau joueur. Bien que se trouvant soudain face à deux adversaires et sachant le poids de l’opinion des enfants sur les jurés, il indiqua respecter leur sentiment, mais que ni lui ni la cour ni les jurés ni la société n’étaient les enfants perdus d’Ahmed adorant un père qui leur manquait tant. Si l’on pouvait comprendre qu’entre la justice et leur père, ils aient choisi leur père, lui et « nous tous » ne pourrions pas faire ce choix. Ahmed était coupable et tout l’accablait, bien au-delà de sa propre piètre défense de lui-même.

« La préméditation commence là »

Il fut excellent. Il rappela les faiblesses de caractère d’Ahmed, « un petit homme soumis, qui empilait les exactions et les carences de son épouse comme l’eau d’une bouilloire vient lentement à ébullition… Il y avait les disputes, répétitives, lassantes, de plus en plus fréquentes devant lesquelles il fuyait. Et il y avait Roger, l’exutoire, le seul ami, devenu un modèle l’exhortant à réagir. Roger le violent, ­l’alcoolique, qui considérait qu’Ahmed ne serait pas un homme tant qu’il n’aurait pas enfin levé la main sur Geneviève… »

Le mobile d’Ahmed était l’exaspération, l’explosion de la « bouilloire ». Le récit qu’il allait faire maintenant, dit-il, correspondait en tous points avec chaque détail matériel du dossier. « Ils se disputent, elle ne le griffe pas à ce moment-là, ­personne n’a vu la griffe après et Ahmed ne l’a pas exhibée alors même qu’il était remonté à bloc contre ­Geneviève. Elle n’arrache pas le minuscule fil de son costume bleu. Ahmed met sa veste maintenant et sort, il va pleurer chez Roger. Elle sort à son tour et, sous ses ongles, il n’y a rien. Elle va s’asseoir à sa place habituelle sur un banc à l’écart, sur une place déserte. »

A-t-il déjà l’intention de tuer Geneviève ? « Non, probablement pas, on ne le lui a pas encore si fortement suggéré. Roger est ivre, il pense à un geste violent, il le répète et décrit le crime exact qui va être commis deux heures plus tard, un “sourire kabyle” au couteau cranté. Les témoins partent, les deux hommes sont seuls. Ahmed est à bout, Roger ivre et surexcité comme dans son passé lorsqu’il a déjà agi violemment. Il n’y a pas de raison pour qu’Ahmed parte avant que Roger se couche, aucune. Rien ne l’attend et il risque même de retrouver Geneviève. Non, il reste et Roger n’a pas d’autre raison d’aller chercher son couteau en pleine nuit que de le montrer à Ahmed et que de décider, avec lui, de s’en servir pour le libérer, pour lui prouver ce qu’est un homme, un vrai. Il va, ou ils vont, chercher l’arme. Juste avant ou juste après, ils décident ce qu’ils vont en faire : la préméditation commence là. »

« Monique, qui m’écoute là-bas »

Le récit accusateur se poursuit. Les deux hommes trouvent Geneviève sur son banc. « On roule, on l’emmène vers la forêt, et on se gare rapidement, à un endroit jugé désert. On va aller vite, on ne prend pas la peine d’éteindre les phares et peut-être que les deux hommes, les deux assassins, poussent leur victime dehors, peut-être que tous trois descendent sous un prétexte quelconque. Mais ce qu’on sait parce que des témoins l’ont dit, c’est qu’un instant après Geneviève est dans le fossé. Eux sont côte à côte devant elle, au bord. Elle fait un geste vers eux pour tenter de remonter… »

La scène est dressée : « La suite, la terrible suite, personne ne la voit, mais tous les éléments matériels du dossier nous la racontent : les deux hommes descendent à leur tour, leurs bas de pantalons porteront la boue du fossé, leurs chaussures en seront pleines. Ahmed maintient Geneviève qui sait maintenant qu’ils lui veulent du mal, qui a peur, qui se débat, sans doute une seule fois. Elle griffe Ahmed au cou, elle arrache une fibre de la veste que, désormais, il porte. Mais il est déjà bien trop tard : Roger est derrière elle, Roger le gaucher qui lui tranche la gorge avec son poignard en la maintenant en arrière ; le sang de l’innocente gicle, mais Ahmed s’est éloigné et Roger, derrière elle, n’en est pas éclaboussé. Elle tombe. Elle est abandonnée dans ce fossé boueux, comme une carcasse de chien. »

L’avocat général s’adresse maintenant à la femme de Roger, présente à l’audience : « Monique – malheureuse Monique qui m’écoute, assise là-bas, et se rend enfin à l’évidence, je le vois – est réveillée par son mari et constate qu’il est trois heures. ­Surtout, elle l’entend dire à plusieurs reprises “Putain, je l’ai fait”, en boucle. De quoi parle-t-il donc avec tant d’insistance dans son demi-sommeil d’alcool, votre ami Roger ? Du rangement du comptoir ? Non, vous savez comme moi, Ahmed, n’est-ce pas, de quoi il parle, lui qui vient de tuer avec vous et pour vous… »

Pour lui, Ahmed, qui n’était pas ivre, avait accepté en parfaite conscience la proposition de Roger. Il demanda aux magistrats et aux jurés de dire aux enfants qu’Ahmed en commettant ce crime avait non seulement privé Geneviève de sa vie, mais ses enfants de leur mère. Il réclama trente ans de réclusion criminelle. Je n’écoutais plus, j’étais en fureur

« Prouvez-le ! »

Un temps de silence, puis j’eus la parole. Ma voix tremblait de colère : « Prouvez-le ! », criai-je presque, attrapant d’un coup toute l’attention de la salle. « Prouvez votre histoire. Ne dites pas que les preuves recueillies peuvent correspondre à votre histoire : dites qu’elles la démontrent de façon certaine. Et si ça n’est pas le cas, cessez de tenir cette histoire pour vraie. » Et je plaidai près de trois heures.

Je suppose que ça ne se fait pas de dire de soi-même qu’on a été bon. Mais là, franchement, je sais que j’ai été bon – je l’ai senti dès la première seconde. « Bon », aux assises, ça veut surtout dire « convaincant ». Et je sais que je l’étais parce qu’au-delà du silence, au-delà de l’attention des jurés, au-delà de la maîtrise que j’avais de mon discours, j’étais profondément convaincu de l’innocence d’Ahmed. Je défendais Ahmed comme s’il avait été mon frère. Je ne plaidais pas, je savais que ce que je racontais était vrai.

Moi aussi, j’avais mon histoire, et la mienne aussi tenait debout : celle d’un crime commis par Roger seul, après le départ d’Ahmed, et sans qu’il ne le sache.

J’ai tout repris, à nouveau, et deux fois. Une première, parce qu’une piste pouvait toujours s’envisager : celle de coupables tiers, jamais identifiés, que le hasard aurait mis sur la route de Geneviève ce soir-là. Je n’y croyais pas vraiment mais, dis-je aux jurés, l’un de vous peut-il me jurer sur la tête de ses enfants ou de ses parents que ce n’est pas arrivé ? J’avais l’impression que personne n’en prendrait le risque, et ce motif d’acquittement me suffisait.

Au-delà, je repris surtout l’ensemble des éléments au soutien de la thèse qui me paraissait la plus vraisemblable, la plus logique, la plus simple, celle qui recoupait toutes les charges du dossier et n’était contredite par aucune, sans impliquer en rien Ahmed. Moi aussi, j’avais mon histoire, et la mienne aussi tenait debout : celle d’un crime commis par Roger seul, après le départ d’Ahmed, et sans qu’il ne le sache.

D’abord, le mobile : « Néant ». « Rien n’indiquait qu’Ahmed, calme, pondéré, qui ne buvait pas, ait réellement été à bout ce soir-là, ni moins encore qu’il ait eu quelque bonne raison de passer à l’acte. Pour quoi faire ? Encourir perpétuité aux assises ? Alors qu’on le lui avait dit qu’un divorce facile était possible – si réellement c’est bien ce qu’il voulait… » Je le croyais, moi, lorsqu’il parlait de son amour pour Geneviève. Qui était-on pour juger de cela ? Qu’est-ce qu’on savait de cette chose-là ? 

Mille explications possibles

La griffure, très légère, que portait Ahmed au cou et le fil bleu sous l’ongle ? J’étais persuadé que cela s’était passé lors de l’engueulade, comme Ahmed l’avait dit. Je dis que l’avocat général avait écarté cette possibilité d’un revers de manche au nom d’un seul facteur, « la logique apparente et raisonnable ». Cette logique-là était en fait « une probabilité ». Et « on allait condamner un homme pour ça ? Parce qu’il était “plus probable” que ? Avait-on démontré sans erreur possible que le fil bleu venait bien de la veste et en avait été arraché lors du crime ? Quelqu’un était-il capable d’affirmer qu’une heure avant la dispute, Geneviève n’avait pas déplacé la veste de son époux en y prélevant ce qui deviendrait la preuve accablante, la prétendue seule preuve de la présence physique d’Ahmed sur les lieux de ­l’assassinat ? »

Ici j’avais pris un petit risque : « Regardez tous vos ongles très soigneusement. Vérifiez s’il ne s’y trouve pas une petite saleté quelconque, trois fois rien. Demandez-vous ensuite s’il y en a, d’où elle vient. Si vous vous apercevez qu’elle vient de chez vous, demandez-vous encore si c’était ce matin, dans la nuit, hier… » 

La logique, l’apparence, étaient les ennemies de cette salle et n’avaient rien à y faire. Nous avions la certitude que la main de Geneviève avait touché un élément du costume porté ce jour-là par son mari, point barre. Il y avait mille explications possibles, mais une seule, autre que celle de l’accusation, me suffisait.

L’absence d’éléments plus tangibles, plus nombreux, plus pertinents, était, bon sang, un élément à décharge. « Quoi ! Pas de sang du tout sur l’homme qui, selon l’accusation, est à la fois tellement proche de Geneviève qu’elle le griffe et lui vole une parcelle de tissu et tellement loin que, malgré les “giclées” de sang causées par la blessure, il n’en reçoit rien, pas une goutte, pas même sur les chaussures ? »

« Une fragilité extrême »

Que restait-il ? Deux choses en tout et pour tout : les taches de boue et les trois témoins. « Ah, non, pardon, je dis les trois témoins, mais c’est stupide. Je cède moi aussi, comme l’a fait Monsieur l’avocat général, à la facilité du manque de rigueur. Je le réentends vous dire qu’il n’y avait pas un, pas deux, mais trois témoins… Ce qui s’agissant d’Ahmed est faux, archi-faux. Il y a un témoin peut-être, et au plus. Le jeune homme n’a vu personne, seulement la voiture. La jeune femme a vu deux silhouettes côte à côte, l’une “un peu plus petite” que l’autre. Or Ahmed est petit, tout petit, très petit ; pas “un peu” plus petit que Roger ou que Geneviève, beaucoup plus petit. Je dis que cette jeune femme a seulement vu Roger et Geneviève côte à côte ! Disposez-vous ici encore de la moindre preuve contraire ? »

Oui, bien sûr, il y a le témoignage du brocanteur. « Tellement sûr de lui, tellement fiable, ce témoignage unique est tenu d’office pour absolument vrai par le parquet tandis que, nécessairement, celui de la jeune femme est sujet à caution. Elle a forcément mal regardé, elle était plus distraite, ou ses yeux portent moins loin la nuit. »

Et si c’était le brocanteur qui avait mal vu ? « Et si la silhouette en retrait dont il parle était une branche ou un buisson distingué dans le noir à la lumière des phares après une journée de seize heures ? Et si, allons plus loin, je vous dis qu’à nouveau la fameuse logique contredit ce témoignage ? Vous vous souvenez ? Deux hommes en haut du fossé, une autre silhouette dedans, un peu sur le côté et… Attendez… Comment ça “un peu sur le côté” ? Il était strictement impossible à cet homme de voir une autre silhouette en contrebas. Mais alors, quand diable cette scène, dont je n’ai trouvé aucune trace dans l’histoire racontée tout à l’heure par ­Monsieur ­l’avocat général, a‑t‑elle bien pu se produire ? Cet homme, je l’affirme, ne peut pas avoir vu une telle scène. »

« Acquittez-le parce que ce sera juste »

Allons plus loin, et réglons définitivement le sort de ces témoignages, non pas pour prouver qu’ils sont faux, mais simplement d’une fragilité extrême, défiant même la logique : « Nos trois témoins, leurs véhicules n’avaient pas de moteurs ? Oui, cette absence de bruit indiquant leur arrivée à hauteur de la scène de crime serait la seule explication au fait qu’apparemment les deux personnes au bord de la route n’ont pas été effrayées et n’ont pas cherché à se dissimuler. Ou alors… Si, il existe une explication logique : ces deux personnes étaient ivres, de sorte qu’elles ne prenaient plus garde au passage des voitures. Mais Ahmed ne boit pas : il n’était pas là. Et Roger – car c’était lui – tuera Geneviève – car c’était elle – quelques instants plus tard en l’ayant poussée dans le fossé, en sautant dedans pour l’égorger, puis en repartant, toujours seul. Non, je ne peux ni n’ai à le prouver, mais c’est en cohérence avec ce que l’on sait et vous ne pouvez pas me prouver que ça s’est passé autrement. »

Reste la boue, ultime élément prétendument à charge. « Vous avez, comme moi, entendu les conclusions de l’expert : la boue dans le village et sur la route est la même, partout. Seulement, il est parfaitement possible que les grains de pollution retrouvés ce jour-là résultent d’un phénomène postérieur à la date du crime. La voilà, la preuve accablante de la boue. »

Ce n’est pas son couteau, ce n’est pas sa voiture, si tant est que ça ait été ceux de Roger – même cela n’est pas démontré… Des preuves ? Il ne vous reste rien. Vous n’en avez strictement aucune. 

Je fais le point sur les preuves : « Pas même un fil de soie que je casse à volonté en dix endroits, faute pour l’accusation de s’être donné les moyens ­d’accuser correctement. Des preuves ? Quelles preuves ? Ce n’est pas le couteau d’Ahmed, ce n’est pas la voiture d’Ahmed, si tant est d’ailleurs que ça ait été ceux de Roger – même cela n’est pas démontré… Des preuves ? Il ne vous reste rien. Vous n’en avez strictement aucune. » 

Je dis qu’Ahmed était un brave homme ayant porté le poids de la culpabilité du crime parce qu’il l’avait provoqué, bien malgré lui. Il aurait été incapable de l’envisager un instant, il n’avait aucune raison de le faire.Je terminai la voix mal en point sur l’avertissement aux jurés qu’on allait lire dans un instant, ce texte magnifique qui dirait qu’ils devaient se forger une intime conviction, « chercher, dans la sincérité de leur conscience, quelle impression ont faite sur leur raison les preuves rapportées contre l’accusé, et les moyens de sa défense »

Je rappelai aux jurés que ce texte visait seulement à leur interdire de se tromper et j’affirmai, qu’ici, toute condamnation ne pouvait que prendre ce risque. Je dis aussi que ce n’était pas au bénéfice du doute que je leur demandais d’acquitter Ahmed, mais parce que j’étais certain de son innocence.

Je revins, pour m’arrêter, à ce que l’avocat général avait dit au sujet des enfants : « Ahmed est aussi innocent pour une autre raison. Je pense que chacun d’entre vous admet qu’il adore ses enfants, qu’il était un bon père, qu’il ne leur souhaitait que du bien et ne leur donnait que de l’amour – même les services sociaux l’ont constaté tout au long du suivi de la famille. Monsieur l’avocat général vous a affirmé, sans plus le démontrer que le reste, que cette nuit-là, il avait cessé de les aimer. J’affirme, moi, parce que j’en suis le témoin direct depuis trois ans, qu’il n’a jamais cessé de le faire, qu’il aimait et aime ses enfants plus que tout. Et que s’il ne fallait qu’une raison au fait qu’il n’a pas pu tuer leur mère, une seule, on ne peut au moins pas lui enlever celle-là : jamais il n’a pu leur vouloir ce mal-là. Rendez ce père à ses enfants. Acquittez-le, parce que ce sera juste. »

Je me suis rassis dans un silence de plomb, totalement épuisé. Je n’osais pas me tourner vers Ahmed. La cour et le jury se sont retirés pour délibérer. Je me suis rendu à ses côtés. Il m’a ­félicité et remercié, j’ai souri et lui ai dit que j’étais ravi de l’avoir au moins convaincu, lui. Nous nous ­détendions enfin.

« Vous vous êtes bien battu, maître »

L’huissier d’audience m’appela vers minuit, alors que tout était fermé depuis longtemps et que j’étais assis sur le banc d’Ahmed à discuter et fumer avec lui. Ça y était, ils étaient prêts. Je lui souhaitai bonne chance et allai remettre ma robe.

L’avocat général vint me dire qu’il avait apprécié mon travail, qu’il pensait que ça allait être un acquittement et que je l’avais, lui-même, convaincu. À présent, affirmait-il, il ne requerrait peut-être pas la culpabilité ! J’ouvris la bouche stupidement, souris devant le compliment et secouai la tête : « Vous vous rendez compte, s’il est condamné… Il aurait peut-être fallu s’interroger avant ? » Il n’eut pas le temps de répondre, la cour et le jury entraient.

La première jurée pleurait, personne ne regardait ni moi ni Ahmed. La présidente prit la parole. Les réponses aux questions étaient toutes ­positives. Coupable, Ahmed était condamné à vingt ans de réclusion criminelle.

J’étais effondré, je n’arrivais plus à penser. Je me suis précipité réconforter Ahmed avant son départ pour la prison. Je voulais lui dire que nous ferions appel, que je le suivrais encore s’il voulait bien de moi. Les policiers nous accordèrent quelques instants. Je m’effondrais à ses côtés : « Ahmed, je ne sais pas quoi vous dire… » Il souriait. Pas son rictus à la con, non : il souriait vraiment ! Je rouvris la bouche pour lui demander s’il avait bien compris le verdict. Il m’arrêta d’un geste : « Allez, maître, vous vous êtes bien battu et vingt ans, ça va, c’est pas si mal… »

J’étais toujours stupéfait quand il enchaîna, d’une voix très douce : « Allez, maître, je ne pouvais pas vous le dire vraiment, je sais que je vous aurais déçu, mais oui, je l’ai fait. C’est pour ça que je ne voulais pas que vous accusiez Roger quand il était encore en vie, le malheureux. Il était là, il a tout vu, mais tout ce qu’il a fait, c’est me laisser prendre son couteau… »

Je le regardai, sans pouvoir bouger : « Mais… pourquoi ? » Il répondit d’un petit sourire gêné en secouant la tête : ça, il ne me le dirait pas. J’étais abasourdi. Les policiers s’impatientaient, il se leva : « Allez, ça va aller. Bon courage et encore merci. Vous avez bien bossé. » Voilà, c’était tout. Il est parti pendant que je restais sur son banc et prenais une leçon de vie. Je finis par me décider à repartir, moi aussi.

Je regardais Ahmed, impressionné. Ce petit bonhomme qui avait tellement tout caché à tout le monde et à moi le premier, bon sang… Une vie de dissimulations.

Ma voiture était la dernière encore garée dans la petite rue jouxtant le Palais. J’étais mal en point. La succession de sensation de dégoûts, d’abord à l’énoncé du verdict, puis après ma conversation avec Ahmed, puis alors que j’étais malade comme un chien et dégueulais sur un mur, m’avait pris totalement de cours. Je n’avais plus de défense et, après m’être essuyé la bouche, j’avais rejoint ma voiture et pleurait comme un veau, les mains sur le toit, quand je l’entendis : « Pardon, maître… ? » 

Je fis un bond. Il était une heure et je me croyais seul. Je reconnus immédiatement la petite dame d’un certain âge. Elle avait attendu dehors en bravant la nuit et le froid parce qu’elle avait bien vu, comme les autres jurés, que j’étais effondré tout à l’heure. Elle avait bien vu aussi que j’étais sincèrement convaincu de l’innocence d’Ahmed. Alors, pensant que je ferais appel, elle avait résolu de ­violer le secret du délibéré.

Lorsque les jurés étaient entrés dans la salle des délibérations, me dit-elle, une large majorité était convaincue qu’ils ne pouvaient pas condamner Ahmed. Mais ils avaient été lâches, impressionnés par l’autorité des magistrats, et plusieurs avaient fini par changer leur vote – elle-même l’avait fait. Elle avait tenu à me le raconter pour que je « ne [me] désespère pas ».

Je lui assurai que je la comprenais, qu’elle n’avait pas à s’en vouloir. Nous étions là comme deux imbéciles, dans une rue déserte, à nous réconforter mutuellement sans que ça ne marche. Je venais de mettre toute ma conviction à certifier l’innocence d’un homme, puis d’entendre sa condamnation, puis d’entendre qu’il n’était en fait pas innocent, puis d’entendre qu’il n’aurait en fait pas dû être condamné : j’avais ma dose d’écœurement pour cette nuit-là.

Je la remerciai à nouveau sans parvenir à lui dire qu’Ahmed était bien l’assassin. Je ne voulais pas lui enlever ses illusions, je me suffisais à moi-même sur ce chapitre. 

« J’étais très seul à l’époque… »

Quatre années ont passé. J’ai repris le cours de ma vie et continué à défendre des gens avec plus ou moins de succès. Je n’ai jamais oublié cette nuit-là, mais j’ai fini par la digérer et la mettre de côté. Je n’ai pas non plus revu Ahmed, pas de raison et, disons-le, envie moyenne. Jusqu’à ce matin où le cabinet reçoit un coup de fil.

Au téléphone, un officier de police indique qu’un certain Ahmed vient d’être placé en garde à vue et demande à me rencontrer. Dans un premier temps, je ne fais pas le lien. Et puis, ça me revient, mais je fronce les sourcils : Ahmed est détenu depuis sept ans et il s’agirait d’une affaire de mœurs sur mineurs ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? L’officier me confirme qu’il s’agit bien du même Ahmed, condamné pour assassinat et toujours en détention. L’affaire dont il veut parler est en rapport avec ses enfants. Je suis dérouté, mais bon j’accepte.

Je rencontre Ahmed dans un minuscule local policier, séparé de lui par un hygiaphone gênant. Il n’a pas trop changé, un peu grossi seulement et ses cheveux commencent à grisonner. Je lui dis que, compte tenu du passé, je ne suis pas certain de vouloir l’assister dans cette procédure et lui indique que l’officier de police m’a parlé de « viols aggravés sur ses enfants » sans me donner de détails. Je ne comprends pas, ou alors ils le voient au parloir et…?

Je le regardais, impressionné. Ce petit bonhomme qui avait tellement tout caché à tout le monde et à moi le premier, bon sang…

Ahmed m’assure qu’il ne me mentira plus si je veux bien rester son avocat. Il m’explique que je n’y suis pas du tout : « J’étais très seul, maître, à l’époque que vous connaissez, avant le… décès de ma femme. Très seul. Elle ne foutait rien à la maison, elle s’était mise à boire beaucoup, elle se barrait toute la journée. J’adorais mes enfants, ça n’a pas changé, mais je ne sais pas trop comment ça a commencé. J’ai un peu caressé la plus grande, un jour. Elle n’a rien dit et j’ai recommencé. Les autres aussi, sauf les plus petits. Et ça a continué. Je savais que c’était mal, mais… » 

En dix minutes, il me fait un récit que, par expérience, je connais bien : celui d’actes de plus en plus fréquents et de plus en plus graves, passant très vite aux « relations complètes » avec quatre des six enfants, enfermés d’autant plus facilement dans le mutisme que la mère était absente.

Je le regardais, impressionné. Ce petit bonhomme qui avait tellement tout caché à tout le monde et à moi le premier, bon sang… Je repensais, bien sûr, à la première affaire, à ces témoins qui avaient juré que c’était un père exemplaire, aux services sociaux qui suivaient la famille depuis le troisième gosse, à ma consœur de la partie civile qui avait plaidé au nom de ces enfants qui lui avaient dit à quel point ils aimaient leur père, à quel point il leur manquait. Une vie de dissimulations.

Ahmed anticipa ma question suivante : « Maître, vous comprenez pourquoi je l’ai tuée ? Elle savait. Elle m’avait surpris une fois, elle avait tout compris. Elle me faisait chanter, surtout depuis qu’elle savait que j’allais demander le divorce. C’est pour ça que je n’ai pas pu. Elle m’avait dit qu’elle ne dirait rien tant que je lui foutrais la paix, qu’elle pourrait dépenser nos sous, faire ses journées comme elle voulait, s’amuser, picoler. Elle prenait presque tout et moi je faisais la bouffe, le ménage, je m’occupais des enfants. Des fois, elle faisait des allusions devant des voisins, ou à l’école. Vous savez : “Oui, Ahmed il adore nos enfants, vraiment, je crois qu’il est plus amoureux d’eux que de moi, des fois je suis jalouse.” Je n’en pouvais plus. C’est comme ça que c’est arrivé, je n’avais plus le choix. »

J’ai finalement décidé de défendre à nouveau Ahmed. Deux ans plus tard, il était déclaré coupable des nombreux viols commis plusieurs années avant sur quatre de ses enfants. La même cour d’assises l’a condamné à quinze ans de réclusion criminelle, trois de moins que les réquisitions. Et Ahmed m’a, à nouveau, remercié.

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