C’est le genre de détail qui dit « si vous savez, vous savez » – ici, en l’occurrence, que celui qui l’arbore est à la fois une personne de pouvoir et une fashionista. Le col de chemise « spearpoint », c’est-à-dire à pointes longues, est le préféré des mafieux. Du moins dans notre imaginaire collectif, en grande partie celui façonné par le réalisateur Martin Scorsese. Son acteur fétiche Robert De Niro l’a propulsé dans la pop culture, d’abord avec Les Affranchis (1990, photo ci-dessus) puis avec Casino (1995). Mais Hassan II, l’ancien roi du Maroc, était lui aussi amateur du spearpoint. Il y associait des vestes avec un revers cranté plus marqué que d’ordinaire, dit « à l’équerre » – détail également prisé par Jack Lang : les costumes Smalto que l’ex-ministre socialiste de la culture se fit offrir pendant des années portaient tous cette signature formelle.
De Stérin à Playboy
Plus récemment, ces cols ont été remis au goût du jour par Chez Ammar. Adresse culte du microcosme sartorial, ce « fripier » du 17e arrondissement parisien attire une clientèle française et internationale, certains élégants affirmant ne venir à Paris que pour lui. Mais la petite boutique compte aussi, et surtout, une faune politique très marquée : elle revendique une base fidèle issue de l’extrême droite et des milieux catholiques traditionalistes. Parmi ses habitués figurent notamment François Durvye, bras droit du milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin et conseiller de Marine Le Pen. Ou encore Simon Collin, ex-rédacteur en chef adjoint du magazine Playboy (des accusations d’agression sexuelle, classés sans suite par le parquet, lui ont coûté son poste), qui a fait de la revue érotique le dernier repaire des chroniqueurs réacs.
(Photo by Sunset Boulevard/Corbis via Getty Images)