Les boss enfilent les gants de boxe

Écrit par Catherine de Coppet Illustré par James Albon
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Les boss enfilent les gants de boxe
Que font un architecte d’intérieur et un entrepreneur touche-à-tout lorsqu’ils se rencontrent dans un club de boxe premium ? Ils gonflent leur réseau autant que leurs biceps. Et se serrent les coudes dans un entre-soi viril. « Cours de sac » auprès d’une bande de boxeurs businessmen dans une salle feutrée de la porte Maillot, à Paris.
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Sport & luxe
Revue XXI n°65
Sport & luxe
La mode se convertit au sportswear. Plongez-vous dans notre dossier sur le rapprochement entre deux univers longtemps irréductibles.
Été 2024

Il fait froid à Budapest, à l’approche de Noël. Dans l’avion qui le conduit dans la capitale hongroise, Alexandre Raton, lui, est en surchauffe, impatient d’en découdre. Dans quelques jours, il sera sur le ring. Et, cette fois, avec des gants de professionnel. Le rêve de l’entrepreneur en BTP et immobilier. « Moi, quand je m’y mets, je ne peux pas faire les choses à moitié. La compétition, j’en ai besoin, ça fait partie de ma personnalité. » Son premier combat en lever de rideau comme amateur au Portugal, victorieux, n’a rendu que plus brûlant ce défi : faire au moins un combat pro dans sa vie. Son rêve a bien failli s’évaporer. Alexandre a dépassé la quarantaine, ce qui lui interdit de concourir à coups portés en France. 

C’était sans compter sur Omar, son coach polyglotte – il maîtrise l’anglais, le portugais, mais aussi le slovaque et le hongrois – qui a fait jouer ses relations à l’Est, et réussi à lui décrocher une licence professionnelle de la Fédération de boxe… du Kosovo. « Ça tombe bien, il ressemble à un Kosovar ! », s’esclaffe l’entraîneur à la démarche arquée. Alexandre évoque, encore ému, ce jour de décembre 2022, où une bonne partie de la bande s’est retrouvée à l’aéroport Ferenc Liszt : Omar Abboud, donc ; Pedro Matos, un ami boxeur rencontré au Portugal, qui travaille pour lui ; et David De Jesus, patron de brasseries à Paris et ami de toujours, qui lui fait la surprise de les rejoindre. « Le gang des chauves », comme Alexandre, pourvu d’une tignasse et d’une barbe poivre et sel, décrit affectueusement ses amis. Ne manquaient qu’Olivier Guyot, l’architecte d’intérieur, et Jérémy Denis, le directeur sportif, pour que la petite bande soit au grand complet.

Dans une salle authentique, ça sent la sueur et il fait chaud. Au Temple, ça sent aussi les huiles essentielles.

Stéphane Bouquet, entraîneur de la première heure

Dire qu’il y a huit ans ils ne se connaissaient pas. Et qu’ils se sont rencontrés grâce à une salle de sport parisienne dédiée à la boxe. C’est là que la mayonnaise a pris. Une salle un peu particulière, Temple Noble Art, qui propose de « la boxe, en version smart », entre initiés. Les membres disent d’ailleurs : « Je vais au Temple ». Ouverte à Paris en 2014, l’enseigne, qui compte aujourd’hui cinq salles, a été pionnière dans la capitale sur le créneau des clubs de « white-collar boxing » – boxe en col blanc – importé des États-Unis. Sa vocation est, selon son fondateur Cyril Durand, de permettre aux membres « d’exercer leur passion dans d’excellentes conditions avec des gens qui leur ressemblent ». Autrement dit, dans une ambiance différente des salles de boxe historiques, associatives et rattachées à un quartier.

« Dans une salle authentique, ça sent la sueur et il fait chaud. Au Temple, ça sent aussi les huiles essentielles, même si les coups sont les mêmes », résume Stéphane Bouquet, entraîneur de la première heure qui a fait ses gammes dans une salle du Plessis-Robinson, en région parisienne. « C’est comme si j’étais passé de Pimkie au Bon Marché ! » De fait, dans la sueur malgré tout, viennent ici se défouler en chaussures immaculées banquiers, avocats d’affaires, entrepreneurs, restaurateurs, comédiens et journalistes, pour l’essentiel des hommes. Prix du ticket : entre 150 et 175 euros par mois. Les salles sont stratégiquement situées dans les quartiers de bureaux de la capitale. 

« L’Eldorado des mecs de Neuilly »

« À l’ouverture de la salle de la Porte Maillot, il n’y avait personne, on était quatre par cours, c’était l’Eldorado tellement on était peu nombreux, raconte Olivier. Y avait que des mecs de Neuilly-sur-Seine. » C’est David, le patron de brasseries, qui a fait découvrir à Alexandre les 400 mètres carrés au pied du Palais des Congrès, dans l’ouest de Paris. Dans les vestiaires de cet espace tamisé entièrement en sous-sol, le patron du BTP a ensuite rencontré entre deux sparrings (entraînements) de boxe anglaise, en 2017, l’un des futurs piliers de la bande : Olivier Guyot, architecte d’intérieur spécialisé dans le luxe. Jérémy Denis, l’un des premiers entraîneurs de la marque avant d’en devenir le directeur sportif, s’est rapidement rapproché lui aussi d’Alexandre et lui a présenté Omar, le coach qui y officie. « Pour moi, la boxe, c’est une histoire d’amitié », confie ce dernier, qui a été dans une première vie entraîneur de foot amateur. « Dans une salle de sport traditionnelle, personne ne se parle. Le principe, c’est que tu es seul, tu fais tes conneries… ça parle pas dans les vestiaires, pointe Olivier. Au Temple, c’est différent. »

Ici, il y a toujours du monde à l’accueil. Les casiers sont en bois sombre, gravés au nom de champions de boxe – hommes ou femmes, en fonction du vestiaire –, le sol en béton ciré, les serviettes de toilette et le gel douche L’Occitane en libre-service et les sacs d’entraînement en cuir véritable. Quelques machines de muscu, un petit sauna et un fond de musique électro complètent l’offre. Comme dans les autres salles de la marque, on peut croiser des célébrités, comme le musicien Yodelice. Le chef étoilé Thierry Marx, lui, est un habitué de la salle « Molière » à Palais-Royal.

Pour faire court, je gère l’immobilier de 30 % des familles les plus riches du CAC 40.

Alexandre Raton, PDG du groupe Alphand

Après la naissance de sa fille, Olivier, qui a grandi dans le quartier de Montorgueil à Paris, a alors 42 ans. Il cherche à se remettre au sport, « pour le cardio ». « À l’époque, j’habitais l’hôtel Menier, le plus bel hôtel particulier de Paris. Ma voisine était très copine avec l’une des investisseuses du Temple. » Il teste le club « avec un copain avocat et un autre dans le tissu d’ameublement ». Quand il croise Alexandre dans le vestiaire, la coïncidence l’amuse : « Le mec m’explique qu’il a une boîte de bâtiment et d’immobilier. Moi je suis archi… On est devenus copains. » 

Alexandre, lui, vient de la banlieue d’Orléans. Son père était « garagiste Renault », sa mère secrétaire, et son grand-père, Octave Raton, militaire boxeur. Touche-à-tout, le quadragénaire tatoué fan de chasse a monté avec le comédien Lorànt Deutsch une boîte de prod et une chaîne YouTube. À 25 ans, il a lancé sa première entreprise de BTP et progressivement échafaudé un business florissant, de la rénovation à la gestion immobilière en passant par la transaction : le groupe Alphand, dont il est le PDG. « Pour faire court, je gère l’immobilier de 30 % des familles les plus riches du CAC 40 », raconte-t-il sans sourciller.

Assez vite, Oliver l’architecte, aussi à l’aise pour retaper la fameuse discothèque Chez Régine que des bureaux rue de Castiglione, près de la place Vendôme, envoie à Alexandre des clients pour des chantiers. Et réciproquement. Les deux hommes découvrent qu’ils sont voisins : les locaux professionnels d’Alexandre sont à deux pas de l’hôtel Menier, près du parc Monceau, poumon vert select de l’ouest parisien. « Olivier cherchait un bureau, j’avais de la place, je lui ai proposé de s’installer ici », sourit Alexandre entre deux gorgées de café. 

« Pour l’adrénaline »

En s’inscrivant à « Temple », le self-made man du BTP et de l’immobilier en col roulé et jeans assure qu’il ne cherchait pas particulièrement à développer des opportunités professionnelles. « Je n’avais pas besoin d’un réseau à l’époque. J’avais envie de suivre un copain, et de trouver une autre ambiance que celle de la salle que je fréquentais alors à Lisbonne et qui était une vraie salle à l’ancienne, dans son jus. » L’ancien footballeur amateur du FCO Saint-Jean-de-la-Ruelle, qui vit à ce moment-là dans la capitale portugaise une partie de l’année – « pour la douceur du climat » –, s’est mis à la boxe – « pour l’adrénaline ». Il a trouvé de quoi satisfaire son envie « de gagne » dans un club associatif lisboète. « C’était au pied d’une barre d’immeuble, y avait que du deal et de la vente d’armes. » 

C’est là qu’il s’est lié d’amitié avec Pedro, boxeur de talent ballotté entre son job chez Worten – l’équivalent de Darty, au Portugal – et ses ambitions contrariées de médaille olympique – faute de moyens, le pays n’a pas envoyé de boxeurs aux JO, alors qu’il avait été sélectionné. Alexandre décide de l’aider, d’autant que ce rêve de compétition est aussi le sien. En 2017, il se met en tête d’ouvrir sa propre salle, à Lisbonne. Ça tombe bien, il connaît des gens qui vont pouvoir l’aiguiller. Sa bande du « Temple », à Paris.

Je n’aurais jamais créé autre chose qu’un club pour CSP+, moi qui roule en Porsche et suis membre de l’Automobile Club de France

Alexandre Raton

Un soir de cette même année, une partie de la troupe se retrouve à La Palette, brasserie légendaire du Quartier latin, tenue à l’époque par David De Jesus. Cyril Durand, le fondateur de Temple, est là lui aussi. « Il a été trop sympa, il m’a donné le concept clé en main pour monter mon club au Portugal, se souvient Alexandre, reconnaissant. Je n’aurais jamais créé autre chose qu’un club pour CSP+ de toute façon, moi, Alexandre Raton, qui roule en Porsche, et suis membre de l’ACF [Automobile Club de France, un club privé réservé aux hommes, NDLR]. »

En mars 2018, sa salle lisboète ouvre, sur le modèle de celles de ses copains, à une différence près : « Je n’ai pas envie de faire du fric avec une salle, c’est un truc de cœur. Je finance 20 % des athlètes qui s’y entraînent. L’idée est que ce soit intéressant socialement. » L’année suivante, c’est la fierté pour ce « fils de mécano » : Pedro se retrouve au stade de Wembley à Londres pour affronter le Britannique Sunny Edwards, qui deviendra en 2021 champion du monde des poids mouches. 

Dans le même temps, Olivier profite de la proximité avec le PDG de « Temple », qui ne cache pas sa passion pour « le design, les lieux beaux et confortables ». Cyril Durand vient d’acquérir un nouveau local, rue Amelot dans le XIe arrondissement, et réfléchit à son aménagement. « Je lui fais alors une proposition très luxe, qui tranche avec ses premières salles, sourit l’architecte. Du marbre véritable pour les vestiaires, des boiseries en chêne foncé, du laiton autour des miroirs, du parquet foncé point de Hongrie, du gris anthracite cosy sur les murs – le ton Down Pipe de Farrow & Ball – pour aller avec les sacs marron. » Cyril lui confie le chantier. Et Olivier n’hésite pas à parrainer nombre de ses clients pour qu’ils rejoignent une salle du Temple. 

Accident de scooter

« Omar m’a tuer », c’est son surnom. « Je suis un des plus durs au niveau physique dans les cours collectifs », aime répéter le coach polyglotte. En 2019, il s’est vu chargé d’une mission un peu particulière : mener sur un ring Alexandre, qui rêve de combat professionnel depuis qu’il a découvert la boxe. Il doit aussi s’occuper du collègue de vestiaire, Olivier, qu’un accident de scooter vient de condamner à une rééducation longue durée. Passé sous une voiture boulevard Malesherbes à Paris, l’architecte d’intérieur a failli y rester, et son omoplate est bousillée. « Le chirurgien m’a dit que la boxe, c’était fini », se souvient l’intéressé, qui reprend espoir auprès d’un ami ostéo. Après un an de séances en cabinet, Olivier entame une rééducation sportive sur mesure. Cyril accepte qu’il vienne à Temple pour ses sessions particulières avec Omar.

Ce dernier a l’esprit d’équipe et aime les challenges. Ce fils d’ingénieur informatique a grandi à Ivry-sur-Seine, « mais pas dans une cité », avec un père algérien et une mère hongroise, pour tracer sa route entre fitness et boxe, avec sérieux, comme en témoignent ses deux brevets d’État. Il découvre la boxe dans une salle de Gentilly pendant ses études, et s’y engage à fond. Très vite, sa rencontre avec Cyril Seror, futur champion de France des poids lourds, le fait passer de préparateur physique à entraîneur de pro. En 2008, il rachète avec un ami l’une des salles de sport parisiennes où il travaille, tout en continuant les entraînements de boxe. Dix ans et une seconde salle rachetée plus tard, Omar est mis sur la piste de « Temple » par un coach qu’il connaît et qui y donne des cours. L’arrivée des clubs low cost est en train d’effriter son business, et Omar se lance à fond dans les heures de remplacement que le directeur sportif de l’époque lui propose. « Je dois énormément à cette salle », estime le sportif barbu devant un Coca, sa casquette Under Armour sur le crâne.

Le Covid casse la dynamique. Alexandre perd son rêve de combat, Olivier ses séances de rééducation et Omar son gagne-pain.

Mais le Covid passe par là et casse la dynamique. Du jour au lendemain, Alexandre perd son rêve de combat, Olivier ses séances personnalisées de rééducation et Omar son gagne-pain, même s’il s’essaie aux visios. L’épreuve de la pandémie resserre les liens du petit groupe : Alexandre met à disposition du coach la cour de son bureau, 90 mètres carrés au cœur du VIIIe arrondissement, pour qu’il puisse travailler en plein air. Comme tous les entraîneurs de fitness, Omar a un statut de micro-entrepreneur, peu protecteur en cas de coup dur. « Il m’a dit, “Omar, t’es mon frérot, je te laisse les clés”. J’ai bossé comme un fou en faisant du coaching individuel. Des restaurateurs, des médecins, des avocats, qui s’entraînaient avant à Temple. Cette cour m’a sauvé ! » 

Depuis, Alex et Omar ne se quittent plus. L’un a donné à l’autre ses adresses d’ostéo ou de rhumato, et l’invite régulièrement à casser la croûte avec Lorànt Deutsch – son meilleur ami, précise-t-il. L’autre n’hésite pas à « mouiller sa chemise » en accompagnant le PDG sur des fractionnés au parc Monceau. Car Omar se démène, après les confinements et un passage à l’hosto à la suite d’un méchant Covid, pour conduire son ami jusqu’à la compétition. Pendant qu’Olivier reprend progressivement ses gants, Alexandre se prépare, à raison de trois séances hebdomadaires. Régulièrement, la petite troupe se retrouve au resto, dans une ambiance « testostérone, entre mecs, apprécie Alexandre. La boxe et notre amitié ont pris une part importante dans nos vies ». Le futur combat d’Alexandre est de toutes les conversations.

Face-à-face avec un jeune Serbe

La suite, c’est ce tournoi dans la capitale hongroise. Inscrit à une compétition pour les 69 kilos, Alexandre découvre en arrivant à Budapest qu’elle est en fait réservée aux 67 kilos. « J’ai rien mangé la veille du combat, et j’ai passé plusieurs heures dans la chambre à faire de la corde à sauter, hyper-couvert, pour être au poids. » À l’arrivée dans la salle, le comité d’accueil est plus que restreint, il n’y a aucun vestiaire. La petite équipe s’installe tant bien que mal dans un coin. Alors qu’il ne voulait pas combattre contre un jeune, Alexandre se retrouve face à un compétiteur de 25 ans. « Tout était fait pour me mettre des bâtons dans les roues », lance-t-il, zappant d’une photo-souvenir à l’autre sur son iPhone. Et pourtant…

Sur la photo, David, Omar et Pedro encadrent le quadragénaire et son visage tiré. Ce soir-là, Alexandre Raton vient de remporter sa première victoire sur le ring comme professionnel, à 42 ans, face à un jeune Serbe. « Il est tombé à la deuxième reprise, j’ai gagné aux points sans problème. Ma victoire a été annoncée en direct ou presque au gala de Temple, qui se tenait dans le même temps à Paris », commente encore tout excité le PDG. Le cliché grand format en noir et blanc a trouvé sa place sur le muret de son spacieux bureau bleu sombre, à côté des annuaires du Cercle de l’Union interalliée et de l’Automobile Club de France, sous les gants de compétition accrochés au mur par les lacets. 

Dans les années 1990, être coach sportif, c’était pas tendance.

Omar Abboud

La boxe n'est pas seulement pourvoyeuse de camaraderie et de bon souvenir pour la petite troupe, elle participe pleinement de leur image d'entrepreneurs à succès. Olivier se voit souvent présenté par des clients comme « l’archi boxeur » : « La boxe est à la mode, j’ai juste communiqué sur le fait d’avoir fait cette salle magnifique rue Amelot. Même si, depuis mon accident, je ne fais plus que du circuit training [enchaînement d’exercices physiques très rythmés, NDLR], ça revient dans les discussions. Un de mes clients dont j’ai refait l’appartement m’a surnommé le “Lomachenko de l’architecture”, c’est dire… »

Même s'il s’en défend, Alexandre surfe lui aussi sur cette aura. Sa photo de profil sur les réseaux sociaux dévoile un portrait en noir et blanc, en costard-cravate et poings serrés. « La photo a été prise juste avant que j’aille à une réunion de l’ACF, où c’est cravate obligatoire, même si je détonne un peu avec mes tatouages partout ! Stéphane, le photographe de Temple, m’a fait poser en position de boxe avant que je parte. Moi, j’aime pas trop me mettre en avant, mais j’ai suivi les conseils de mon équipe de com’. » Et Omar d’ajouter : « Quand Alex dit qu’il a fait un combat pro, il montre qu’il peut aller au bout de ses idées. »

Le coach de 47 ans s’est rendu à Lisbonne pour fêter les cinq ans de la salle d’Alex en 2023. Il y retourne bientôt accompagner un copain de son client pour un combat professionnel. Omar se souvient que, « dans les années 1990, être coach sportif, c’était pas tendance ». Aujourd’hui, « Temple nous met en avant. Le club est très respectueux de notre travail. » Il donne bien un cours au classieux hôtel Brach, designé par Starck, et quelques coachings individuels en dehors de sa salle favorite, mais il assure ne jamais débaucher en ce sens un client rencontré à Temple, à qui il a juré fidélité. 

Olivier, lui, a déménagé à Cannes en juillet 2023. Il rêve d’y ouvrir une salle de boxe, et tanne Omar, malgré sa réticence, pour qu’il en soit l’associé. Depuis qu’il a aménagé et décoré la salle rue Amelot, il confie avoir été approché au moins deux fois pour des projets similaires pour lesquels il n’a finalement pas signé – « c’était pas beau ». Empêché par l’arthrose et une fragilité chronique aux cervicales et à l’omoplate après son accident de scooter, l’architecte d’intérieur ne pourra plus boxer. Mais il peut continuer à compter sur sa volonté. « La boxe m’a sorti de cette merde. J’en ai chié, mais si j’avais pas eu ce mental, j’aurais jamais pu reprendre. » 

Sa résolution 2024 a été de se mettre à la corde à sauter, en suivant des tutos sur Instagram. « Ça y est, je maîtrise deux-trois trucs, je vais oser m’entraîner dehors », s’amuse-t-il. L’histoire est loin d’être finie : il a gardé des bureaux à Paris, qu’il a installés rue Monceau, « chez Alexandre ». Objectif pour les deux hommes : développer leurs affaires sur la Côte d’Azur. Ce soir, les deux boxeurs ont rendez-vous dans le quartier de l’Odéon, au Hibou, l’un des restos de David. Toute la bande sera là pour entourer le champion d’un soir. Il s’est blessé au poignet, mais ça ne devrait pas l’empêcher de lever le coude pour fêter ses 44 ans.

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