« À plusieurs reprises, j’ai dû rappeler à Killian que je n’étais pas un grand frère »

En 2017, alors qu’il documente à Charleroi, en Belgique, le combat des employés de Caterpillar contre la délocalisation de leur usine, Thomas Fliche lit dans la presse locale un article sur un jeune espoir de la boxe. « C’est comme ça que je rencontre Killian Dufrenne, relate le photographe qui a « tout de suite pensé qu’il pourrait être une porte d’entrée passionnante pour raconter cette nouvelle génération de Charleroi ».

Thomas Fliche se rend chez les parents de Killian pour leur présenter son projet. Une heure plus tard, il se retrouve dans la salle de boxe pour l’entraînement : « J’ai pris beaucoup de photos ce jour-là, car pour moi, le premier regard est essentiel. » La série va durer deux ans. « Killian ne parle pas beaucoup, mais on se comprend. Quand je lui explique mon travail, il me regarde dans les yeux et se contente en général d’un hochement de tête. »

La fin de l’enfance

Au bout de quelques mois, la mère de l’adolescent confie au photographe que son fils change sous l’effet de sa présence. « Avec le temps, j’ai noué une relation de proximité avec Killian et sa famille. Il se livrait à moi parfois, quand je le raccompagnais de l’entraînement en voiture. J’étais hébergé chez eux, car je ne pouvais pas payer un hôtel à chaque fois. Cela n’a pas été simple : j’ai constamment dû interroger ma position, en tant que photojournaliste. À plusieurs reprises, j’ai dû rappeler à Kilian que je n’étais pas un ami ou un grand frère. » 

Un exercice d’équilibriste que Thomas Fliche n’a pas toujours réussi à tenir : « Quand je pouvais donner un coup de main, je le faisais, raconte-t-il à XXI. Une fois, nous nous sommes rendus à un tournoi près d’Angers. Je me rappelle qu’il était à deux doigts de se faire exclure, car il ne faisait que des conneries, la veille, à l’hôtel. Sa mère, restée en Belgique, m’a donc appelé pour que je lui parle. J’ai dit à Killian : “Si tu ne dors pas ce soir, je ne parierai pas une pièce sur toi demain”. Il a totalement changé d’attitude. Le jour d’après, il gagnait ses trois combats et remportait le tournoi. » 

Quand le garçon devient champion de Belgique dans la catégorie des poids légers amateurs, Thomas Fliche sait que son reportage s’achève bientôt. C’est l’aboutissement d’années d’entraînement, la fin de l’enfance. Il ne se doute alors pas que le prodige s’apprête à ranger les gants, la corde à sauter, les programmes nutritionnels pour « se retrouver ». « Il s’est alors rendu compte qu’il bénéficiait de beaucoup moins d’attention de la part de ses proches, se désole le reporter. Mais ça lui a permis de se faire de vrais amis qui ne lui parlaient pas que de boxe. »

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