En coulisses  |  Écosystèmes

« J’essaie d’attirer l’œil sur ce “ground zero” du dérèglement climatique »

Écrit par Camille Drouet Chades
Dans les coulisses du récit Le delta du Bengale, emporté par la houle

Il y a dix ans, après deux masters en sciences et des études à l’École Polytechnique en France, Arko Datto était sur le chemin tout tracé d’un doctorat, mais il a bifurqué, pour photographier son Bengale-Occidental natal et, notamment, les eaux qui le menacent.
 

D’une décennie de séjours au Bangladesh et en Inde, il a tiré une série en trois volets, dont XXI présente une sélection issue du deuxième : des clichés exclusivement nocturnes, pris entre 2020 et 2021. Alors qu’il réalisait la première partie de ce travail documentaire, baptisé Shunyo Raja (« Les rois de rien » en français) et composé de portraits et de paysages aux tons réalistes, « les habitants parlaient sans cesse de l’expérience effrayante de la nuit. Ils disaient le ciel d’encre sans électricité, l’eau qui s’infiltre dans le noir, inonde les habitations, détruit les fermes et ne laisse que dix minutes pour sauver l’essentiel, et, en premier lieu, sa vie. Ils racontaient les matins où le soleil se lève sur la moitié d’un village emporté ».

Humide, glissant, luisant

Arko Datto décide alors de retourner dans le delta pour explorer « cet espace psychologique où se réveille la terreur ». Sous son flash, les couleurs et l’eau omniprésente deviennent l’intense métaphore du cauchemar des habitants, « l’anxiété de ne pas voir, de ne pas savoir d’où et quand peut arriver l’eau ». De nuit, mais aussi de jour. « Je voulais rendre cette impression d’un monde humide, glissant, luisant », explique-t-il. 

 
Pour la troisième partie de son travail, le trentenaire a opté pour l’infrarouge, « une technique utilisée dans les zones de guerre » révélant les paysages dignes d’une dystopie post-apocalyptique. Arko Datto travaille désormais – en photos et en vidéos – au quatrième volet de sa série. Métaphorique, artistique et poétique, sa démarche n’en reste pas moins résolument journalistique. « La crise humanitaire va prendre des proportions inimaginables. Alors j’essaie de renouveler les façons d’attirer l’œil sur ce ground zero du dérèglement climatique. Mon but est d’en donner une image aussi globale que la crise qui s’annonce. »

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