En coulisses  |  Pouvoirs

« Ce reportage se fera sans les militaires » 

Un militaire peut-il diriger un musée ? La question ne se pose pas en Égypte, où l’armée est omniprésente. Dans la plupart des administrations comme dans beaucoup d’entreprises privées, c’est un général ou un gradé à la retraite qui est à la manœuvre. Et cela n’a pas manqué au musée d’Ismaïlia. Celui-ci dépend en effet directement de l’autorité du canal de Suez, dirigée par l’amiral Ossama Rabie, l’un des hommes forts du pays. Pendant le temps de mon enquête, longtemps j’ai bercé l’espoir d’obtenir une interview du militaire de 60 ans bien tassés. En vain. La Grande Muette n’a jamais aussi bien porté son nom qu’en Égypte, particulièrement auprès des journalistes étrangers dont le travail est scruté par un régime de fer soucieux de l’image qu’il renvoie en dehors de ses frontières. 

Qu’importe, ce reportage se fera sans les militaires. Mais quelle n’a pas été ma surprise quand, lors de la visite du musée, j’ai été accueilli par un général dont j’ignorais tout jusqu’alors : le directeur du musée, à qui échoit cette mission, parachute doré après une carrière de haut gradé dans l’armée. Montre étincelante au poignet, pince-cravate et costume de marque, celui-ci m’a gentiment offert le thé dans son luxueux bureau lambrissé. Aucune information ne sortira de sa bouche. Tout juste cette phrase : « Vous savez, nous les militaires, on n’est pas autorisés à s’exprimer devant les médias. » Mesure de précaution face à un journaliste trop curieux ou méconnaissance du contenu de sa nouvelle fonction ? Je n’ai pas cherché à en savoir plus : en Égypte, mieux vaut savoir rester prudent. »

Reportage  |  Septembre 2024 | Pouvoirs
Septembre 2024
Soixante-dix ans plus tard... Ferdinand de Lesseps, nouvelle égérie du canal de Suez
Pour attirer les investisseurs, le président égyptien a décidé de réhabiliter le père du canal de Suez, un Français longtemps honni.
Explorer le thème
Exil
Février 2025
« Je suis rentré en Syrie avec un objectif : savoir ce qu’ils ont fait à ma femme »
De retour dans son pays après onze ans d’exil, l’écrivain syrien Yassin al-Haj Saleh veut croire à un vrai changement politique.
Témoignage  |  Février 2025 | Géographies
Cette jeune femme assiste au concert de la chanteuse biélorusse Palina Dabravolskaya, alias Chornabrova, dans un club branché de Varsovie. L’artiste chante notamment en podlaski. « Ce soir-là, il y avait une bonne centaine de personnes, des Polonais, mais aussi des Bélarusses et des Ukrainiens. Palina avait invité d’autres artistes sur scène. L’un deux, Swada, m’a raconté qu’un jour, un vieil homme était venu le remercier à la fin d’un concert. Il venait d’un petit village de Podlasie et avait parlé en dialecte durant toute son enfance. Mais il avait fini par délaisser sa langue maternelle parce qu’il avait honte de sa culture et de ses traditions. Il avait fini par l’oublier. Les chansons avaient fait réémerger des souvenirs enfouis. »
Juillet 2024
Cent ans de solitude biélorusse
Voyage en Podlasie, une région polonaise où le photographe biélorusse en exil Pasha Kritchko a retrouvé un peu de ses racines.
Récit photo  |  Juillet 2024 | Géographies
Novembre 2020
« J’ai été passeur de migrants au col de l’Échelle »
Un journaliste, ancien officier de la Légion, raconte comment il a aidé deux exilés afghans à passer les Alpes.
Témoignage  |  Novembre 2020 | Aventures