Entretien  |  Imaginaires

« Les lowriders dans le collimateur de la police »

Écrit par Catherine de Coppet
Conservateur au Musée national d’histoire américaine, à Washington, et spécialiste de la culture latino, Stephen Velasquez retrace la longue route du « lowriding » vers la reconnaissance.

Quelle est l’origine du phénomène ?

Tout part de Los Angeles, après la Seconde Guerre mondiale. À cette époque, les vétérans mexicano-américains rejoignent les rangs des ouvriers travaillant dans les nombreuses usines de la ville. Ils habitent des quartiers éloignés des zones industrielles, et il leur faut des voitures pour se rendre à leur travail. Ayant peu de moyens, ils achètent de vieilles voitures. Le lowriding naît de leur envie d’affirmer leur identité, en se distinguant des bolides alors à la mode, qui leur sont inaccessibles : leurs voitures seront « low and slow », basses et lentes. Dans les années 1950-60, la tendance se développe également dans la communauté afro-américaine, mais de façon plus marginale.

Comment le lowriding est-il perçu aux États-Unis ?

La population mexicano-américaine a toujours été marginalisée, et cette pratique l’est également dès ses débuts. Indissociables du lowriding, les parades – consistant à conduire lentement dans la ville pour voir et être vu – sont dans le collimateur de la police, qui prétexte les risques d’embouteillage pour pratiquer des arrestations. En 1982, une loi californienne donne la possibilité aux municipalités d’interdire les parades. On peut voir ces mesures comme des moyens de garder le contrôle sur les Mexicano-Américains, alors que cette communauté, victime de racisme et criminalisée, cherche à s’émanciper à partir des années 1960 via le Chicano Movement. 

L’entrée du lowriding dans la culture « officielle » est assez récente : cela fait une quinzaine d’années que les musées s’intéressent au phénomène, le rendant de fait plus acceptable. Notre institution, le Musée national d’histoire américaine, a collecté des documents sur le sujet dès les années 1990. Les expositions de véhicules lowriders sont devenues une façon très populaire de mettre en valeur la culture latino.

Le Chicano Movement atteint son apogée dans les années 1960. Ici, près de Los Angeles, en 1972, des mlilitants des Brown Berets sont escortés hors d’une île qu’ils ont occupée. (Crédit : Underwood Archives / Opale Photo).

Le lien entre le lowriding et les Mexicano-Américains est-il toujours aussi fort ?

L’essence de cette pratique a toujours été d’affirmer l’identité de cette communauté. Cela passe par de nombreuses célébrations, comme le jour des morts ou la fête de l’indépendance mexicaine, à l’occasion desquelles les lowriders sont systématiquement de sortie. La culture mexicano-américaine est complètement incorporée à cet art, via les portraits peints sur les carrosseries, les noms des voitures, les accessoires…

La majorité des clubs sont toujours liés à cette communauté. Selon les quartiers, ils sont plus ou moins ouverts à d’autres profils de population. Il y en a dans tous les États, et il en apparaît sans cesse de nouveaux.

Quelle est la place des femmes dans cette histoire ?

Elles ont toujours été présentes d’une façon ou d’une autre. Au sein des clubs, il y a souvent eu des sisters clubs réunissant les épouses, filles ou sœurs des lowriders. Les femmes ont toujours joué un rôle de soutien : en aidant à l’organisation des événements, en gérant les comptes… Mais dès les années 1960, des clubs entièrement féminins apparaissent. Aujourd’hui, on en compte de plus en plus, et c’est une bonne nouvelle. Toutefois, cela reste difficile pour elles de s’engager dans cet univers quand elles sont mères. On rencontre beaucoup de femmes jeunes ou alors des profils plus âgés.
Le lowriding demande du temps ! 

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