En coulisses  |  Géographies

« Nous, Zapotèques, on ne se balade pas en vêtement traditionnel tous les jours »

Écrit par Rémi Bayol
Dans les coulisses du récit Zapotèques en fleurs

Luvia Lazo mène une drôle de vie. Employée de bureau la semaine, vendeuse de viande le week-end au marché de la ville de son enfance, Teotitlán del Valle, et photographe quand elle le peut.

La Mexicaine avait la vingtaine quand elle a commencé à capturer des instants familiaux et des scènes de vie dans sa région natale. « Je prenais des photos de mon village, en copiant ce que je voyais sur Internet, et les publiais sur la plate-forme d’artistes en ligne DeviantArt, se remémore l’autodidacte issue d’une famille modeste. Mes parents sont bouchers, ils n’avaient pas le temps pour penser à l’art ou à la photographie. »

Ses premières images portent sur des artisans tisserands, des fêtes de village, des plantes colorées, des produits du marché : « Mon travail parle de la relation entre nos traditions et la modernité, de notre manière de voir le monde ainsi que de la façon dont j’interprète cela en tant que jeune femme zapotèque. » Cette culture n’est pas « monolithique », tient-elle à rappeler : « On ne se balade pas en vêtement traditionnel tous les jours. On porte des Nike, on va à l’école et au travail. »

La trentenaire utilise Internet et son compte Instagram pour témoigner de la transformation de sa propre culture, de l’intérieur : « Depuis mon petit village, je veux utiliser l’outil photographique pour donner de l’écho à d’autres manières de voir le monde », précise-t-elle. Une façon de « décentraliser l’art » des canons occidentaux.

En 2020, elle entame un projet de portraits de femmes indigènes mexicaines grâce à une bourse pour jeunes créateurs du Fonca (le Fonds national pour la culture et les arts), octroyée par le gouvernement mexicain. La mort de son arrière-grand-père coupe son élan. « J’ai failli renoncer, mais mes référents m’ont poussée à poursuivre. » Changement de direction : ce sera « Kanitlow » – « les visages s’évanouissent », en zapotèque.

Un hommage à son ancêtre et une façon de transmettre sa langue – parlée par presque un demi-million de personnes au Mexique – en lui trouvant une traduction photographique. Luvia Lazo a immortalisé des dizaines d’anciens aux visages invisibles depuis 2021. Elle ne manque pas de les photographier de face, pour leur usage personnel. « Parmi eux, quelques-uns sont décédés depuis le début du projet. Leurs familles ont utilisé ces portraits pour décorer les autels. » Et graver leurs traits dans les mémoires.

Explorer le thème
école
dessin d’énarques sportifs
Avril 2025
Les énarques en mode abdos fessiers
Pour mieux préparer les hauts fonctionnaires à un monde en crise, l’ENA (devenue INSP) s’appuie à fond sur le sport. Du yoga au parcours du combattant.
Enquête  |  Avril 2025 | Pouvoirs
des collégiens et un prof franchissant des gradins escarpés
Novembre 2023
À Marseille, des collégiens au combat
Anthony Micallef s’est immergé dans le quotidien d’élèves des quartiers nord. Il raconte leur lutte contre un échec trop souvent annoncé.
Récit photo  |  Novembre 2023 | Aventures
Juin 2017
Prêts à tout pour intégrer l’élite indienne
Ces jeunes ingurgitent à la chaîne théorèmes et équations, tandis que leur famille se ruine pour les envoyer dans la « cité de l’éducation ».
Enquête  |  Juin 2017 | Arcanes
Avril 2017
Le grand orchestre
Le photographe David Le Deodic a suivi une association à Pau, qui fait découvrir la musique symphonique aux enfants de quartiers populaires.
Récit photo  |  Avril 2017 | Aventures