Au pied du mur

Photos par Francesco Anselmi Un portfolio issu de la revue XXI
Au pied du mur
Tandis que le président Trump s’affairait à la construction de sa forteresse, le photographe Francesco Anselmi a longé côté américain la frontière séparant les États-Unis du Mexique, entre 2017 et 2019. Un territoire à part, où suprémacistes blancs et migrants traqués se côtoient dans une atmosphère électrique.
Tandis que le président Trump s’affairait à la construction de sa forteresse, le photographe Francesco Anselmi a longé côté américain la frontière séparant les États-Unis du Mexique, entre 2017 et 2019. Un territoire à part, où suprémacistes blancs et migrants traqués se côtoient dans une atmosphère électrique.
Brownsville, Texas. « Ces jeunes traînent à l’arrêt de bus, font du BMX, fument des joints. Plus de 90  % des habitants de la ville sont d’origine hispanique. À cent mètres de là, une barrière serpente le long de la frontière. À partir de 2006, les États-Unis ont érigé des clôtures, prenant la forme de barrières ou de grillages, contre l’immigration illégale. Dix ans plus tard, Donald Trump a promis de fortifier cette séparation en mur. »
Maricopa, Arizona. « Des citoyens américains, regroupés en milices armées, patrouillent le long de la frontière pour empêcher le trafic de drogue et l’immigration illégale. Quand ils attrapent un migrant, ils appellent la Border Patrol (“patrouille frontalière”) des États-Unis pour qu’elle l’arrête – selon la version officielle, mais je pense que ça dérape parfois. Harry Hughes est le fondateur de la milice US Border Guard. Il est aussi cadre du Parti nazi qui a un lobbyiste au Congrès. Il est sans emploi et vit seul dans son ranch, entouré de croix gammées, avec Mein Kampf sur sa table de chevet. »
El Paso, Texas. « Des centaines de tonnes de drogue traversent la frontière mexicaine chaque année. Santos, 23 ans, fait partie de la Mara Salvatrucha 13 (MS-13). Ce gang, qui compte plusieurs dizaines de milliers de membres, gère la distribution de méthamphétamine, de cocaïne et de cannabis aux États-Unis, pour le compte de cartels d’Amérique du Sud. Santos sort de deux ans de prison : il dit s’être dénoncé pour un crime à la place de son chef. »
La Joya, Texas. « Ces vingt dernières années se sont formées le long de la frontière texane des “colonias”, des villes informelles de migrants mexicains illégaux. Les habitants sont pauvres et sans-papiers. À la colonia La Penita, les rites persistent : on célèbre la quinceañera – le quinzième anniversaire d’une jeune fille –, une fête traditionnelle en Amérique latine. »
South Padre Island, Texas. « Durant le Spring Break – les vacances de printemps –, les étudiants américains traversent la frontière mexicaine pour faire la fête. Et pour les Mexicains, c’est la mode de venir aux États-Unis. Ces familles de trentenaires de la classe supérieure passent leurs congés dans des motels avec piscine. »
Pikeville, Kentucky. « Grâce à Harry Hughes, je peux couvrir un rassemblement de groupes suprémacistes. Ils sont environ 600, et soutiennent la politique antimigration de Trump. Cette jeune fille provoque les antifas, qui manifestent aux abords du rassemblement, en exhibant son tatouage. Quelques semaines après, le 12 août 2017, un néonazi foncera avec sa voiture sur une foule de militants antiracistes à Charlottesville, en Virginie, causant un mort et 35 blessés. »
Los Ebanos, Texas. « Une quarantaine de mètres séparent les deux rives du Rio Grande (appelé Rio Bravo au Mexique). Les migrants tentent de le traverser à la nage. Certains se noient à cause du courant ou de la boue. Ce ferry est très surveillé – c’est le dernier du Texas. Les Américains d’origine mexicaine le prennent comme un métro. Ils vont au pays acheter des ingrédients pour les tortillas. »
Phoenix, Arizona. « J’ai connu Laine Lawless sur Internet, dans une vidéo où elle brûlait un drapeau mexicain. Elle vit dans le désert, et patrouille le long de la frontière, fusil en main, avec sa milice, les Border Guardians. À ses pieds, un drapeau mexicain. Cette suprémaciste blanche est lesbienne et militante pour les droits LGBT. Le patriarcat et l’homophobie sont ses seules réserves sur le nazisme. »
Désert de Sonora, Arizona. « Je roule sur une route de contrebande entre la frontière et la ville d’Arivaca quand Gabriel, 24 ans, surgit. Nous sommes à 40 kilomètres du Mexique. Gabriel demande de l’aide pour sa tante, Marilena, 42 ans, gravement déshydratée après avoir marché plusieurs heures. Je lui offre mon eau. Beaucoup de migrants meurent dans ce désert, abandonnés par les passeurs qu’ils ont payés des milliers d’euros. »
Sierra Vista, Arizona. « Glenn Spencer, 81 ans, a fait fortune dans l’immobilier. Ce retraité pourrait couler des jours paisibles, mais il est gêné par les migrants et les trafiquants qui traversent sa propriété. Il a engagé deux geeks de la Silicon Valley pour développer un système dissuasif : des capteurs souterrains déclenchant des drones qui s’envolent pour identifier les intrus. Le drone suffit à les faire déguerpir, mais Glenn aimerait ajouter une voix qui leur dirait de rentrer chez eux sous peine de poursuites. »
Lukeville, Arizona. « Des militants de gauche manifestent contre le mur que Trump érige en plein milieu du parc national d’Organ Pipe Cactus, reconnu comme réserve de biosphère par l’Unesco et lieu sacré pour les Amérindiens. »
Arivaca, Arizona. « Tim Foley est la star du documentaire Cartel Land (2015). Ancien accro à la méthamphétamine, il est devenu une tête d’affiche de la lutte contre les cartels mexicains. Il patrouille entre Tucson et Phoenix avec sa milice, Arizona Border Recon, pour empêcher l’entrée de stupéfiants sur le territoire américain. Sur Facebook, il enchaîne les messages pro-Trump, anti-migrants ou homophobes. Il a participé à l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021. »
San Diego, Californie.« Christofer Harris est un ancien agent fédéral de la patrouille frontalière. En 2006, lors d’une opération, un migrant qu’il pourchassait l’a frappé à la tête avec une pierre. Depuis, il souffre d’amnésie et de dépression. Christofer a quitté le terrain, il dirige le syndicat de la patrouille du district de San Diego. Norma, sa femme, est née au Mexique. Sa famille est arrivée illégalement aux États-Unis quand elle avait 3 ans. »
San Diego, Californie. « La Californie, dirigée par les démocrates, se revendique comme un sanctuaire pour les migrants sans-papiers : sa police ne collabore pas avec les autorités fédérales de l’immigration. L’État abrite 2,7 millions de sans-papiers, comme Melody, 15 ans. Elle a quitté le Mexique avec sa mère, Teodora, son frère et sa sœur. Ils vivent depuis six mois dans ce motel qu’ils ont trouvé grâce à une ONG. À 10 ou 15 dollars la journée, la famille y dépense toutes ses économies, en sachant qu’il leur faudra peut-être deux ans pour régulariser leur situation. Souvent les femmes et les enfants migrent en premier : la demande d’asile est plus facile, car ils disent fuir la violence domestique, comme Teodora. »
El Paso, Texas. « Les Mexicains aisés viennent faire du shopping dans le grand centre commercial d’El Paso. Ils s’arrêtent au belvédère pour observer Ciudad Juárez, de l’autre côté de la frontière. 83 % des habitants d’El Paso sont d’origine hispanique, comme ce jeune couple d’enfants d’immigrés. Le garçon est dans l’armée américaine. »
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