Dakar-Paris

Photo par Jennifer Carlos Écrit par Sonia Reveyaz
Dakar-Paris
Publié le 05 avril 2024


Il roule pour faire briller son pays. S’entraînant sur les routes sénégalaises, Macoumba Sarr est en course pour représenter le Sénégal au handbike lors des Jeux paralympiques 2024, dans la catégorie MH3 des paraplégiques. Avant d’embrasser cette carrière dans le paracyclisme, l’athlète de 41 ans a servi la France comme légionnaire à partir de 2002, jusqu’à ce qu’un événement tragique manque de lui coûter la vie : en 2008, lors d’une opération secrète en Afrique, il est touché par une balle à la colonne vertébrale. Paralysé des jambes, le Sénégalais reste presque deux ans en rééducation à l’Institution nationale des invalides (à Paris) avant de retourner en 2011 dans son pays d’origine.

« Les passants étaient surpris de découvrir un paracycliste au milieu de la route, ils ne sont pas habitués à voir ce genre d’équipement. » Sur ce cliché qu’elle a pris à moto, la photojournaliste Jennifer Carlos a saisi l’une des courses de Macoumba Sarr en juillet 2023, à Diakhao, une ville de l’ouest du Sénégal.

« Macoumba a été envoyé en France par son père, en 2002, à l’âge de 19 ans, avec l’espoir d’améliorer les conditions de vie de la famille », raconte la photographe. C’est en 2017 qu’elle le rencontre au Sénégal, alors qu’elle cherche à documenter le parcours de migrants revenus dans leur pays d’origine après avoir tenté leur chance dans des pays européens. Frappée par « sa résilience et sa détermination » dès leur première rencontre, la photographe choisit de mettre en avant son itinéraire.

Des bâtons dans les roues

Depuis son retour au Sénégal, Macoumba Sarr se consacre avec détermination au handbike, « une pratique non institutionnalisée dans un pays où les personnes paraplégiques restent stigmatisées ». Actuellement classé 16e au niveau mondial en paracyclisme, l’athlète doit encore disputer deux à trois courses d’ici le mois de mai. Une aventure semée d’embûches : « En raison de la corruption généralisée, Macoumba n’a pu obtenir le soutien de l’État. La Fédération sénégalaise de cyclisme ne lui a pas payé les billets d’avion pour participer aux compétitions », relate la photographe.

L’élection de Bassirou Diomaye Faye à la présidence du Sénégal le 24 mars dernier, représente une lueur d’espoir pour les nouvelles générations, dont Macoumba Sarr. « Il est proche du nouveau président : il partage avec lui cette volonté de changement, affirme Jennifer Carlos. Il marque le début d’une ère de lutte contre la corruption, les détournements de fonds et l’injustice. » Selon la photographe, le sportif ambitionne d’intégrer le nouveau gouvernement, en particulier la direction de la protection et de la promotion des personnes handicapées, qui fait partie du ministère de la Santé et de l’Action sociale. Actuellement sur place, Jennifer Carlos documente les entraînements effrénés du sportif à l’aube de la compétition internationale.

La sélection de la rédaction
Tableaux de chasse
Tableaux de chasse
David Chancellor immortalise les chasseurs de trophées avec les dépouilles des animaux tout juste abattus, en Afrique du Sud et Namibie.
Le chasseur kabyle, son fusil et l’Algérie
Le chasseur kabyle, son fusil et l’Algérie
Quand Kamel part à la chasse, il est aussi fébrile qu’un gamin à Noël. Pas pour le gibier, mais pour les copains. Et la nostalgie.
« Le sanglier a été désanimalisé »
« Le sanglier a été désanimalisé »
Raphaël Mathevet, écologue et géographe, analyse les liens qui unissent le sanglier à l’homme depuis l’Antiquité.
À voir, à lire sur l’Algérie et l’exil
À voir, à lire sur l’Algérie et l’exil
Un livre, un film, un podcast et une archive issue de notre collection pour prolonger la lecture de notre récit.