Dieu était napolitain

Photos par Carlo Rainone Un récit photo de Bruno Lus Un portfolio issu de la revue 6Mois
Dieu était napolitain
De 1984 à 1991, Diego Maradona enflamme les tifosi napolitains. Le footballeur argentin rend sa fierté à la ville et conquiert le cœur de ses habitants, prêts à patienter des heures pour poser à ses côtés. Le photographe Carlo Rainone a collecté les images de cette histoire d’amour qui finira mal.
Paru en septembre 2022
Article à retrouver dans cette revue
La révolution jeune
Revue 6Mois n°24
La révolution jeune
Automne 2022 / Hiver 2023
De 1984 à 1991, Diego Maradona enflamme les tifosi napolitains. Le footballeur argentin rend sa fierté à la ville et conquiert le cœur de ses habitants, prêts à patienter des heures pour poser à ses côtés. Le photographe Carlo Rainone a collecté les images de cette histoire d’amour qui finira mal.
Maison privée, Naples, 1984. « Le pâtissier Vincenzo Cafiero a invité Maradona à rencontrer des petits Napolitains. Le joueur se reconnaît dans les gamins des rues, il en a été un. Il n’est jamais plus heureux qu’avec des enfants. Cette photo m’a été donnée par le garçon blond, à gauche. Je pense qu’il l’a coupée pour être au centre de l’attention. »

Maison privée, Naples, 1984. « Tout juste arrivé dans la ville, l’Argentin est invité à dîner par des fans du club. Il pose ici avec Vincenzo Cafiero, qui a confectionné pour le dessert un gâteau à son effigie. Trois ans plus tard, le pâtissier entrera dans le Guinness des records grâce à un gâteau de 600 kilos, réalisé à l’occasion de la victoire de Naples au Championnat d’Italie. Il le distribuera aux supporters dans les rues de la ville. »

Casa Esposito, Casalnuovo di Napoli, 1985. « Maradona trinque avec Diego Antonio Esposito. Ce commerçant a vendu au joueur et à son épouse des meubles lors de leur emménagement à Naples. Les deux Diego sont devenus amis. Maradona se rend souvent chez les Esposito pour se détendre. »

Foire de Milan, années 1980. « Luigi Maiese, à droite de Maradona, est à cette époque distributeur des ballons Mondo à Naples. Ces balles légères, en plastique, sont iconiques dans la ville. Il n’est pas rare de voir voler dans les rues le modèle orange Super Santos, frappé par des gamins. Surfant sur la notoriété de Maradona, Luigi crée un ballon Mondo orné du visage souriant du numéro 10. Les deux hommes fréquentent les mêmes soirées, ils sont devenus amis. »

San Valentino Torio, 1986. « Des tifosi ont invité Maradona à San Valentino Torio, à 50 kilomètres de Naples. Sa venue a été annoncée au mégaphone le matin par une voiture circulant dans les rues. Tout le monde veut sa photo avec Dieu. La police s’est déplacée pour contenir la foule. C’est le petit garçon au premier plan, devenu adulte, qui m’a donné cette photo. Elle est aujourd’hui affichée en grand format dans son bureau. »

Stade San Paolo, Naples, 1987. « Le petit Carlo réussit à avoir sa photo grâce à Ciro Muro, milieu offensif du club et ami de sa famille. »

Centre d’entraînement Paradiso, Naples, 1988. « Salvatore, un fromager réputé des environs de Naples, pose avec son fils de 5 ans, Antonio Luise. Il est devenu ami avec Maradona, grand amateur de mozzarella. Antonio aurait même été baby-sitté par le footballeur ! Au fil des années, le “roi des produits laitiers”, pour reprendre l’expression de la dédicace, a constitué la plus grande collection au monde d’objets maradoniens. Antonio, qui en a hérité après le décès de son père, en possède des centaines, conservés dans un coffre à la banque. On y trouve des couverts utilisés lors d’un repas, des brassards de capitaine… Sa pièce maîtresse : le maillot de la demi-finale Argentine-Angleterre de la Coupe du monde 1986 au Mexique, match du célèbre but dit “Main de Dieu”. Le tout vaudrait des millions d’euros. »

Centre d’entraînement Paradiso, Naples, 1989. « Michiho Ando, une danseuse classique japonaise de 21 ans, ne connaissait rien au foot. Une nuit de juin 1986, elle allume sa télévision et tombe sur le quart de finale de la Coupe du monde, Argentine-Angleterre. Maradona marque son célèbre but de la main, ainsi qu’un autre, élu “but du siècle” par la Fifa. Bluffée, Michiho envoie au club une lettre avec de l’argent pour acheter le billet du match Naples-Real de Madrid en Ligue des champions. La missive est publiée dans le “Corriere dello sport”. Fiers, les tifosi lui offrent l’hospitalité, et le club lui donne accès aux entraînements. Aujourd’hui, Michiho anime un fan-club japonais du SSC Naples. »

Boutique Mariorita, Capri, 1989. « Maradona se rend souvent à Capri avec son yacht privé. Cette année-là, il fête avec les habitants de l’île la victoire en Coupe de l’UEFA contre Stuttgart, et pose avec les vendeuses d’une boutique de vêtements de luxe. »

Centre d’entraînement Paradiso, Naples, 1989. « Maradona pose devant les vestiaires avec Francesco Staiano, un tifoso. Les supporters sont très présents dans la vie du joueur. Ils filtrent les demandes pour les événements, comme le ferait un staff de communication. Au point qu’en 1989, le quotidien allemand Bild publie une photo de Francesco en le présentant comme le père de Maradona. »

Maison privée, Capri, 1989. « Maradona vient d’épouser à Buenos Aires Claudia Villafañe, qu’il a rencontrée douze ans plus tôt. À son retour à Naples, le supporter Francesco Staiano organise un déjeuner chez lui pour fêter l’événement. »

Hôtel Paradiso, Naples, 1989. « Cette grand-mère se dit amoureuse du footballeur. Grâce à un membre de sa famille qui travaille pour l’équipe, elle se rend à l’hôtel Paradiso, où le joueur célèbre l’anniversaire de sa fille Dalma. Elle lui tend une photo, qu’on aperçoit dans la main du joueur, sur laquelle on la voit déguisée en Maradona, pour Mardi gras. Il adore ! »

Pour aller plus loin

Joseph Oughourlian, un financier en terrain minier 
L'architecte de la remontada du RC Lens est aussi l'artisan de la chute d'Arnaud Lagardère.
« Plus de 70 clubs européens sont possédés par des Américains »
Luc Arrondel, chercheur au CNRS, retrace les récentes transformations économiques du foot en France.
Le silence du maire de Lens
Clémence de Blasi, l'autrice de notre récit sur Joseph Oughourlian, raconte la difficulté à recueillir une parole officielle.
À voir, à lire sur le foot comme objet économique et social
Des livres, une minisérie et un podcast pour prolonger la lecture de notre récit.
La sélection de la rédaction
Dans les méandres de l’Albarine, rivière à temps partiel
Dans les méandres de l’Albarine, rivière à temps partiel
Reportage le long d'un cours d’eau intermittent jurassien, qui concentre sur 60 km de forts enjeux écologiques et de politiques publiques.
« L’hydroélectricité a été perçue comme un progrès »
« L’hydroélectricité a été perçue comme un progrès »
L’énergie hydraulique n'a jamais divisé autant que les énergies fossiles, selon Julien Marchesi, spécialiste en histoire environnementale.
Histoires d’eau
Histoires d’eau
Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’eau qu’il n’y a pas de rivière, a découvert la journaliste Catherine de Coppet.
La Vjosa, dernier fleuve sauvage
La Vjosa, dernier fleuve sauvage
Déambulation avec les photographes Manuela Schirra et Fabrizio Giraldi sur le dernier fleuve européen vierge de toute intervention humaine.