Quelques repères, en toute transparence.
D’abord, un fait : nous recevons beaucoup de propositions de collaboration. Beaucoup : des pitchs, des synopsis, des portfolios. Et, même si cela fait une sacrée pile de mails à lire, c’est une joie et une fierté de savoir que Revue21 inspire toujours autant.
Cependant, ces envies, intuitions et autres récits embryonnaires ne sont pas toujours ajustés à ce que nous faisons – ou à ce que nous faisons désormais.
La responsabilité n’en incombe pas uniquement à vous, chères et chers pigistes : les rédactions, en général, ne sont pas toujours très claires sur leurs attentes, et Revue21 a changé au fil des ans.
Alors, voici un petit guide pour vous aider à affûter vos pitchs.
Sur le fond
Tout d’abord, parlons de la ligne éditoriale, esquissée ici et plus détaillée encore dans cet éditorial : l’axe fondamental de Revue21 aujourd’hui est l’exploration des pouvoirs (et leurs effets), sous toutes leurs formes, dans tous les milieux, sur tous les terrains.
Des fractures (géo)politiques au chaos algorithmique, des batailles idéologiques aux grands débats scientifiques, il faut que vos histoires, peu importe leur échelle, comportent un enjeu qui éclaire l’époque, qui surprend, qui secoue, et ne se résument pas à une anecdote.
Comme on l’écrivait au moment de lancer notre nouvelle formule, il s’agit de « saisir le monde ». Des histoires qui exposent les mécaniques du pouvoir, parfois très visibles, souvent extrêmement sophistiquées. Avec une règle simple en tête : show, don’t tell. Montrer, plutôt qu’affirmer.
S’il y a une révélation (ou plus), c’est mieux. Si c’est « incarné », à travers une personnalité forte ou une perspective unique (qui peut être la vôtre, le « je » n’est pas banni, au contraire), c’est encore mieux. Question exclusivité, il s’agit d’être soit le premier (du jamais lu), soit le dernier, c’est-à-dire « définitif » dans son approche et son ambition.
Bref : voyez grand ! Et de préférence dans l’anticipation plutôt que la réaction, ou la rétrospective (même si parfois, oui, le passé enfoui peut informer le présent).
Côté format, nous avons une prédilection nette pour l’investigation et le portrait fouillé, mais sans délaisser le reportage, dès lors qu’il permet de comprendre des mécanismes à l’œuvre, des rapports de force, des zones d’ombre, au-delà de la simple « aventure » ou du récit de voyage un peu cliché, pirogues en Amazonie, et autres Transsibérien.
Il s’agit d’amener le lecteur où le nouveau monde se joue, se dessine – où l’ancien disparaît, aussi. Ce monde-là peut être un champ de pétrole comme une zone de guerre, mais aussi un laboratoire de recherche ou un forum sur le darknet.
Enfin, nous apportons beaucoup d’attention au style, à l’art du récit, à la façon dont celle ou celui qui écrit se situe. Pour le dire simplement, à la plume, à l’individualité, à la singularité.
Sur la forme et les temporalités
Revue21 n’est plus seulement un trimestriel papier. C’est un média en ligne, qui publie trois nouveaux articles sur le web chaque semaine, lesquels ont vocation à nourrir la revue papier, qui compile les meilleures publications du trimestre.
L’exigence, quel que soit le support, est la même, tant sur les textes que sur les illustrations et photos.
Généralement, vos articles auront deux vies : une numérique, une sur papier, étalées sur plusieurs mois. Il faut donc, autant que possible, qu’ils soient dans le Zeitgeist, cet « esprit du temps » si difficile à définir, mais sans être périssables.
Questions longueurs, nous en discuterons ensemble, mais sachez qu’en moyenne, un grand récit enquêté compte environ 20 000 signes.
Par ailleurs, nous ne cherchons pas que du « long ». Nous sommes très intéressés par les récits de format intermédiaire, autour de 10 000 signes, du type « pas de côté » en lien avec l’actualité, portrait de figures émergentes ou scoops pressants.
Nous développons aussi des formats plus courts encore, autour de 3 000 signes. Principalement dans deux rubriques : « Antichambre », consacrée au décryptage des nouveaux symboles et lubies des puissants ; « Sur la route », des bribes de reportage, des « choses vues », en France comme à l’autre bout du monde.
Nous rémunérons sur la base de forfaits, entre 100 et 170 euros le feuillet, indexés sur la longueur, mais aussi sur la durée et la difficulté de l’enquête, l’exclusivité du récit ou la rareté du reportage.
Nous pouvons, bien entendu, prendre en charge vos frais de reportage, dans des proportions raisonnables et discutées en amont.
Comment pitcher ?
Très concrètement : écrivez-moi directement. Mon adresse est facile à trouver.
Pour les sujets à dominante investigation, il est judicieux de mettre Clément Fayol, notre chef d’enquête, en copie.
Un bon pitch se présente comme suit :
— Quelques lignes de présentation du sujet, pas plus long qu’un chapô. S’il y a une indication de la rubrique où l’article pourrait s’inscrire à vos yeux, c’est un bonus.
— Ensuite, un synopsis, 4 000 signes maximum, résumant vos infos (dans la mesure du possible), votre approche et vos accès. Pour les projets nécessitant des déplacements ou des interprètes/fixeurs, une estimation des frais à engager est appréciée.
— Un CV est toujours bienvenu, tout comme une sélection resserrée des articles dont vous êtes les plus fiers.
Nous ne publions pas de textes déjà rédigés – nous souhaitons discuter en amont de l’angle, des longueurs, de l’approche. Nous envoyer votre article déjà maquetté sur douze pages vous garantit à coup sûr un non (enfin, si vous êtes lauréat du dernier Goncourt, ça se discute). De même, une déclinaison textuelle d’un documentaire télé ou radio déjà tourné n’est généralement pas ce que l’on recherche.
À l’inverse, si vous avez une très bonne piste ou une superbe intuition, mais doutez de votre approche, parlons-nous.
Nous publions peu, d’où nos nombreux refus, qu’il ne faut pas forcément prendre comme un jugement sur la qualité intrinsèque de vos sujets (et encore moins de votre personne). C’est souvent simplement une question de tempo (on a publié une histoire similaire peu avant ou couvert la même zone récemment, une autre publication vient de sortir le sujet, etc.), et parfois d’alignement édito.
Enfin, nous sommes une petite équipe, et nous pouvons tarder à répondre, même si nous nous efforçons de le faire pour tous. Si vous n’avez aucun retour, même négatif, c’est généralement que votre proposition est très loin de notre ligne ou mal adressée (un pitch à l’attention d’Orient XXI, par exemple, est toujours amusant, mais limite fortement vos chances). Dans tous les cas, nous lisons tout. Et relancer n’est pas forcément la bonne stratégie.
Quid des stages ?
Là encore, notre capacité d’accueil limitée nous empêche de donner suite à la plupart des sollicitations. Néanmoins, nous espérons accueillir un petit nombre de stagiaires par an, à des moments que nous rendrons publics via un appel sur les réseaux sociaux. Gardez donc l’œil ouvert.
Au plaisir de vous lire,
Guillaume Gendron
rédacteur en chef de Revue21