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« La première année, personne ne voulait se faire prendre en photo »

Écrit par Pauline Gabinari

En 2012, quand Lindokuhle Sobekwa rencontre le photographe et cinéaste français Cyprien Clément-Delmas, il est lycéen, habite Thokoza, un township au sud-est de Johannnesburg et ne connaît rien à la photographie. Rapidement, au contact de son « professeur préféré », le jeune homme fait de l’image son métier. « J’ai réalisé que la photographie était une sorte d’excuse pour aller dans des lieux où l’on n’irait pas sans elle. Quand j’étais petit, le seul endroit où je ne pouvais pas accompagner ma mère était son travail. Elle était femme de ménage dans les banlieues blanches de Johannesburg, dont Daleside. Comme je suis noir, je n’étais pas le bienvenu dans les maisons où elle allait. » Un jour, l’élève parle à son enseignant de cette étrange ville-symbole, ancienne cité prospère d’Afrikaners désormais zone pauvre minée par l’alcool et le chômage. Intrigué, Cyprien Clément-Delmas propose d’en faire un projet. Un financement est trouvé, grâce au fonds Rubis Mécénat. Le professeur devient partenaire de travail.

Église et supérette

Mais, entrer dans Daleside n’est pas chose aisée. « La première année, personne ne voulait se faire prendre en photo. » Durant les cinq années que dure le projet, de 2015 à 2020, les deux hommes sillonnent les rues, marchent de six heures du matin à sept heures du soir pour rencontrer la population, essayer de tisser des liens… « Le dimanche, beaucoup d’habitants se rendent à la messe. Ce rendez-vous régulier nous a permis de créer une sorte de familiarité avec eux… En reprenant leurs habitudes, nous avons essayé de nous fondre dans la communauté. » Quand quelqu’un accepte enfin d’être photographié, Lindokuhle Sobekwa imprime l’image et la lui donne. « C’est ainsi que la confiance s’est installée. » Au bout d’un an, de plus en plus de familles leur ouvrent la porte, ils sont invités à des barbecues, des anniversaires… et deviennent en quelque sorte les photographes locaux de Daleside. « Entrer dans la vie de ces gens était fascinant. Un jour, j’ai même vu dans la maison de la jeune Dominique une photo encadrée que j’avais moi-même prise lors de nos premières rencontres ! » Aujourd’hui, Lindokuhle Sobekwa n’est plus en contact étroit avec les familles. Le résultat de ces années de travail est devenu un livre, coécrit en 2020 avec Cyprien Clément-Delmas, et dont chaque famille a reçu un exemplaire : Daleside, Static dreams. Des rêves immobiles.

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