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« Mon obsession, c’est d’entrer chez les gens »

Écrit par Cécile Cazenave Photos par Gabriele Galimberti
Dans les coulisses du récit Médocs en stock

Ouvrez donc pour moi votre armoire à pharmacie ! C’est en substance ce que demande Gabriele Galimberti au gré de ses déplacements, où qu’il soit dans le monde. Pilules, cachets, dragées, granules, en boîtes ou en sachets, en plaquettes ou à l’unité… le médicament a sa place dans les rituels du photographe italien de 47 ans, depuis huit années. « C’est clair, basique : ça parle de la qualité de la médecine dont bénéficient les patients, ça montre la différence entre riches et pauvres, ça révèle aussi les peurs des gens en matière de santé », analyse-t-il.


Les médicaments ne sont pas les seuls à passer au crible de son objectif : des gros objets aux petites molécules, tout y passe. Il s’agit donc de pousser les portes, d’entrées, mais aussi de placards. « Mon obsession, c’est d’entrer chez les gens, avoue-t-il, et de regarder ce qu’ils consomment. »  Gabriele Galimberti n’est pas timide. Avec ses 300 000 followers sur Instagram, il lance même parfois dans la foule numérique ses bouteilles à la mer et ses rendez-vous à l’autre bout du globe : qui veut m’ouvrir ses portes à Rio de Janeiro ? À Bombay ? Sur son passage, il y a toujours une personne pour accepter de dévoiler son intimité et intégrer les séries du photographe compulsif.


Gabriele Galimberti a ainsi déjà parcouru le monde en étalant au sol les jouets des enfants (« Toy Stories »), les armes des parents (« The Ameriguns ») ou les ingrédients de la cuisine des grands-mères (« In her kitchen »). Dans « Home Pharma », les familles déballent leurs médicaments. Ou du moins ceux qu’ils acceptent de présenter. « Jamais personne ne m’a montré de Viagra, alors que c’est un produit vendu partout, et très peu ont sorti leurs anti-dépresseurs, pourtant dans le top trois des médicaments prescrits dans le monde », note-t-il. « Les gens ont leurs propres tabous sur la santé : quand tu sors tes médicaments, tu racontes quelque chose de tes faiblesses. » 


Sort-on hypocondriaque d’un tel voyage ? Gabriele Galimberti rigole bien de cette hypothèse, lui qui part toujours à l’aventure la trousse à pharmacie vide, sans un cacheton en poche. Il ne se fait pas de bile. 

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