Sept nuggets, un petit pot de mayonnaise et dix grammes de caviar pour 19 euros : avril 2025, Burger King lance une tendance. Les clients se ruent sur les boîtes de « Nuggets & Caviar », passées du rouge ordinaire de la marque au noir classieux pour l’occasion. Succès commercial. Chaque jour, le fast-food est en rupture de stock en moins d’une heure. Les réseaux sociaux s’emballent, chaque adolescent ou presque s’adonnant à une obligatoire vidéo de dégustation. Même les touristes américains – c’est une exclusivité française – sont conquis : so chic ! Les gastronomes obtus, ou grands bourgeois, un peu moins : mais qui diable veut faire manger du caviar aux pauvres ?
Nouveaux riches
La réponse tient en un mot : la Chine. Fourni par l’épicerie fine Astara (appartenant, comme Burger King, au Groupe Bertrand), le caviar des nuggets en vient. Le pays est devenu premier producteur et exportateur d’œufs d’esturgeon au monde. Un marché en forte hausse : +8 % entre 2024 et 2025, et on estime qu’il va encore augmenter de 10 % par an d’ici à 2030. Le caviar béluga, bien plus prestigieux, se fait quant à lui de plus en plus rare. Moscou en étant le principal producteur, les restrictions sur les produits russes depuis le début de la guerre en Ukraine ont considérablement ralenti sa croissance.
Malgré son habile coup marketing, Burger King n’est pas le premier à vouloir démocratiser le caviar, ni même à l’associer à du poulet frit. Les œufs de poisson se marient très bien avec le gras, même si on préfère traditionnellement la crème fraîche – plus fraîche, justement – à la friture. Mais c’est avec une vidéo publiée par la chanteuse Rihanna en décembre 2024 sur TikTok, application mère de moult maux de la société moderne, que l’engouement est né. Les restaurants tendance parisiens, londoniens et new-yorkais se sont tous mis à proposer depuis un « supplément caviar » avec des frites, burgers, chips ou verre de champagne bon marché. Même lors du dernier US Open de tennis, les spectateurs pouvaient s’offrir six nuggets nappés de caviar Petrossian pour quelque 100 $. Une offre à gros succès, et elle aussi régulièrement sold out. Si les puristes espèrent que cette « hérésie » n’est qu’une mode fugace, elle a au moins un avantage : distinguer aisément les nouveaux riches (ou ceux aspirant à l’être) des vieux fortunés.