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« Mon association n’est financée par aucun labo »

Écrit par Rozenn Le Saint
Marine Martin est la présidente de l’Association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anti-convulsivant (Apesac) et lanceuse d’alerte du scandale de la Dépakine, un anti-épileptique produit par Sanofi. Pour « XXI », elle revient sur son combat et sur la difficulté de le mener, sans l’argent des laboratoires

Après plus de douze ans de procédure et d’alerte sur la Dépakine, un antiépileptique produit par Sanofi, cette mère de deux enfants autistes vient de remporter une importante victoire judiciaire. Le 9 septembre 2024, le laboratoire a été condamné à l’indemniser à hauteur de 285 000 euros pour « défaut d’information » sur les risques de malformations et neurodéveloppementaux chez les bébés causés par ce médicament prescrit à des femmes enceintes.

XXI : Pourquoi avoir choisi de créer une association qui soit indépendante des financements de l’industrie pharmaceutique ?

Contrairement à Irène Frachon, la lanceuse d’alerte du scandale du Mediator, je ne suis pas médecin. J’ai créé l’Apesac en 2011 pour me construire une légitimité dans mon combat qui vise à faire reconnaître les victimes de la Dépakine. En 2023, l’Apesac en représentait 8 000. Et comme je reprochais des conflits d’intérêts à des associations qui relaient les éléments de langage de l’industrie, je me suis dit que la mienne devait être irréprochable. Elle ne reçoit d’argent d’aucun labo. D’ailleurs les associations qui représentent des victimes de scandales sanitaires en général font partie des rares à ne pas être financées par les firmes. Nous sommes plus méfiants parce que nous avons subi le manque d’informations de l’industrie pharmaceutique sur les risques de ses produits. Mais cela ne nous place pas sur un pied d’égalité avec les autres. Nous peinons à nous professionnaliser et à prendre de l’ampleur.

Quelles difficultés cela vous pose de refuser l’argent des laboratoires ?

En 2023, l’Apesac a dépensé 134 000 euros et se retrouve avec un déficit de 56 000 euros. J’ai dû me séparer de notre chargée de communication et piocher dans la cagnotte de 120 000 euros gagnée en 2022 contre Sanofi grâce à la première action de groupe remportée en matière de santé. Nous reprochons au laboratoire une faute de vigilance pour avoir commercialisé un produit sans informer correctement les usagers des effets néfastes du principe actif de la Dépakine, le valproate de sodium, sur la femme enceinte et son bébé. Notre demande a été jugée recevable, sauf que le laboratoire a fait appel. J’ai toujours peur qu’un jour Sanofi reprenne la somme et que ma maison soit saisie. 

Pour ne pas avoir de frais de loyer, je travaille de chez moi habituellement, avec l’autre salariée de l’Apesac, en cours de recrutement. Ce sera un contrat d’apprentissage car la subvention annuelle obtenue en tant qu’association agréée par le ministère de la Santé ne permet pas de pérenniser quelqu’un au Smic avec les cotisations sociales. 

Comment votre association est-elle financée ?

La majorité du budget de l’Apesac provient des adhésions et des dons. Ce sont principalement des personnes touchées par la Dépakine qui versent de l’argent. L’Apesac perçoit aussi chaque année une petite subvention communale de 700 euros de la part de la ville de Pollestres où se situe notre siège et 1 000 euros du conseil général des Pyrénées-Orientales. Et puis nous organisons des actions comme un loto, par exemple, pour récolter des fonds. Le ministère de la Santé verse également une subvention annuelle de 25 000 euros. 

J’ai bien conscience que je risque de la perdre puisque je poursuis en justice l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). 

Vous reprochez à l’ANSM d’avoir choisi des associations qui reçoivent de l’argent de la part de laboratoires dans un groupe de travail plutôt que l’Apesac, même si interrogée par XXI, elle exclut le conflit d’intérêts. Pourquoi avoir déposé un recours devant le tribunal administratif contre l’agence ?

Même si en 2017, j’ai obtenu que des pictogrammes grossesse soient inscrits sur les boîtes de médicaments susceptibles de provoquer des malformations chez l’embryon ou fœtotoxiques, en 2023, je n’ai pas été choisie pour faire partie d’un groupe de travail de réévaluation de ces pictogrammes par l’ANSM, contrairement à des associations qui reçoivent de l’argent de la part de laboratoires. Malgré le petit budget de l’Apesac, pour me faire entendre, j’ai dû dépenser 6 500 euros dans un sondage Ipsos qui montre que le pictogramme actuel est bien compris. L’ANSM a bien été obligée de m’auditionner à deux reprises finalement. 

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