Ça ressemble à une soucoupe volante, comme si les extraterrestres avaient décidé de se poser sur Santa Monica Boulevard et avaient le goût des néons des premiers fans de tuning. Ouvert en juillet 2025, alors même qu’Elon Musk sortait de cinq mois de semi-présidence aux côtés de Donald Trump à la Maison Blanche, le resto de Tesla à Los Angeles a d’abord fait salle comble. Alliant concept très américain – le traditionnel diner aux banquettes en skaï, burgers, pancakes et milk-shakes à la carte –, histoire de rappeler que Musk est l’immigré le plus chauvin des États-Unis, et thématiques chères au fabricant de voitures électriques – bornes de recharge au parking, merchandising à gogo, boîtes de burger en forme de Tesla Cybertruck.

Le Tesla Diner signait le retour d’Elon Musk aux affaires, au sommet de sa gloire. Du moins, c’est ce qu’il croyait. Car, en réalité, la popularité de l’homme d’affaires afrikaner s’était déjà effondrée. Proportionnellement, probablement, aux centaines de milliers de fonctionnaires qu’il aurait fait renvoyer en tant que chef du « département de l’efficacité gouvernementale ». Près des deux tiers des Américains désapprouvaient déjà son action au printemps précédent, selon un sondage d’ABC News.
Quelques semaines après l’ouverture, les manifestants du mouvement Tesla Takedown (« démanteler Tesla ») squattaient les trottoirs du diner. Devant leurs pancartes anti-Musk, beaucoup d’automobilistes manifestaient leur soutien par des klaxons. À la fin de l’été 2025, un nouveau sondage Gallup le désignait comme le moins populaire de quatorze personnalités publiques – même Benyamin Nétanyahou était plus apprécié que lui.
Touristes et hommes seuls
Aujourd’hui, le Tesla Diner est surtout occupé par des familles de touristes, et quelques hommes, seuls, qui avalent un burger en attendant que leurs véhicules se chargent. Pas une seule femme sur le parking. À 13 heures, la plupart des tables sont libres. Le chef cuistot branché engagé à l’ouverture a depuis décampé et effacé toutes les traces de son passage sur son compte Instagram – tout comme le robot humanoïde qui servait du pop-corn aux clients, lui aussi disparu. La spécialité de la maison, le très classique Tesla Giga Burger, reste à la carte.

Tout est fait pour les familles, des carnets de coloriage de voitures Tesla aux films diffusés sur grand écran façon drive-in. Logique pour un lieu fondé par une figure du pronatalisme, Elon Musk comptant à lui seul quatorze enfants. Plus surprenant pour un patron anti-immigration et fréquemment invité star des meetings de l’extrême droite européenne : les employés ne se parlent qu’en espagnol. Si le multimilliardaire avait, avant l’ouverture, évoqué la construction d’autres restaurants, à Palo Alto (Californie) et à Austin (Texas), plus personne n’en a entendu parler.
Chute libre vers Mars
Le Tesla Diner pourrait être un miroir tendu à son fondateur. Car si l’on croise toujours nombre de Cybertruck sur les routes de Los Angeles (un pick-up facile à reconnaître : il ressemble à un tank), Musk n’a plus vraiment l’étoffe d’un héros national. Sa plateforme X (ex-Twitter) ne se porte pas très bien : trente millions de personnes auraient supprimé leurs comptes, dont beaucoup d’institutions politiques et médiatiques. La Commission européenne a ouvert une enquête après que son IA intégrée, Grok, s’est mise à déshabiller des femmes sur les photos… ce qui n’a pas empêché Musk d’encourager à s’en servir comme d’un médecin personnel.
Côté Tesla, ça ne va pas fort non plus. Les ventes chutent partout dans le monde. Les ouvriers de sa « gigafactory » allemande se rebellent. Pour couronner le tout, l’action a perdu 8 % en quelques jours après la publication des Epstein Files, dans lesquels Elon Musk fait une apparition. Mais s’en soucie-t-il vraiment ? Il reste à l’heure actuelle l’homme le plus riche du monde grâce à la fusion de ses entreprises de l’astronautique, SpaceX, et de l’intelligence artificielle, xAI. Son attention est tournée vers ses fusées et ses robots humanoïdes. Ce sont peut-être eux qui peupleront les cuisines du prochain diner, sur Mars.