Au Vanuatu, le volcanologue aux pieds nus

Écrit par Nicolas Gastineau
13 mai 2026
volcanologue devant un volcan
Devant le volcan Yasur qui l’a vu naître, Phillip Yamah devient personnage de science-fiction dans l’œil de la photographe australienne Elle Leontiev. Un cliché arraché aux cendres et aux pluies acides, primé aux Sony World Photography Awards 2026.
Devant le volcan Yasur qui l’a vu naître, Phillip Yamah devient personnage de science-fiction dans l’œil de la photographe australienne Elle Leontiev. Un cliché arraché aux cendres et aux pluies acides, primé aux Sony World Photography Awards 2026.

Longtemps, dans l’imaginaire grand public, et particulièrement chez les écoliers français des années 1970 et 1980, la figure du volcanologue trompe-la-mort, affrontant en armure les giclées de lave rouge sang, était incarnée par Katia et Maurice Krafft – le célèbre couple a été emporté au Japon en 1991 par une coulée du mont Unzen. Aujourd’hui, Phillip Yamah prend leur relais dans nos esprits grâce à ce cliché signé Elle Leontiev, lauréate du prix Open Photographer of the Year aux Sony World Photography Awards 2026.

Son costume pourrait être celui d’un cosmonaute, et les plaines rocailleuses celles d’une planète hostile. Devant un volcan en activité sur l’île Tanna, au Vanuatu, Phillip Yamah devient dans l’œil de la photographe australienne un personnage de science-fiction. Cet homme est connu des scientifiques comme le guide idéal de ce pays du Pacifique sud. Il est né et a grandi au pied du volcan Yasur, dans une communauté qui a appris, raconte Elle Leontiev à Revue21, « à vivre au milieu des cendres, sur un sol qui tremble littéralement toutes les heures. C’est une sensation viscérale ».

De passage au Vanuatu, la photographe a réussi à embarquer grâce au bouche à oreille sur un cargo à destination de l’île Tanna, particulièrement dépourvue d’infrastructures, et s’est fondue quelques semaines durant dans la communauté de Yamah. Elle a découvert cet homme courtaud et musclé aux pattes immenses (pointure 54, dit-elle), qui marche pieds nus sur le sol chauffé par l’activité volcanique. Un pur autodidacte qui a accumulé « un immense savoir sur ce volcan, admire Elle Leontiev, tiré de l’expérience de sa communauté. Il sait quand il est actif, quand il ne le sera pas, quand il faut y aller et quand il faut rentrer ».

« Ça pue, ça brûle »

L’intrépide insulaire s’est lié à un volcanologue français installé dans son pays, Thomas Boyer, « qui a transmis tout son savoir à Phillip, explique l’Australienne. Ce dernier l’aide beaucoup dans le travail de terrain, prélève par exemple de nombreux échantillons ». L’aventurier ni-vanuatu a guidé maints autres scientifiques de passage, a travaillé pour National Geographic et a même attiré l’attention de l’acteur Will Smith, qui a financé une expédition avec lui sur un autre volcan.

Le jour de son départ, Elle Leontiev demande à son hôte de s’arrêter pour prendre une ultime photo. À ce moment, l’atmosphère au pied du Yasur est surnaturelle, des pluies d’acide se déchaînent à intervalles réguliers. « On suffoque, ça pue, ça brûle », se souvient-elle. L’appareil photo a un dysfonctionnement, depuis la veille son écran ne s’allume plus. « J’ai shooté à l’aveugle, sans savoir si les photos se prenaient réellement. » L’histoire du « volcanologue aux pieds nus » a depuis fait le tour du globe. Et grâce à cette reconnaissance mondiale, la photographe a pu lancer une cagnotte pour que le fils de Phillip Yamah puisse poursuivre des études scientifiques – le rêve de son père – et continuer d’emprunter la route des volcans.

Crédit photo : Elle Leontiev