Mahammad Mirzali se laisse tomber. Ses genoux claquent sur le parquet. Le public et les jurés sursautent. Le trentenaire aux yeux noisette colle son front sur le sol. Sous les dorures et les chandeliers du Parlement de Bretagne, dans sa chemise blanche immaculée, le dissident azerbaïdjanais mime, mains plaquées sur les oreilles, la position dans laquelle il s’est vu mourir, le 14 mars 2021, quai de la Fosse à Nantes. Le moment où trois hommes l’ont lacéré à coups de couteaux et de cutter – seize entailles, pour être exact. « Je pensais que c’était la dernière fois que je respirais, laisse-t-il échapper dans la salle des assises de Rennes. Ils me tenaient par les cheveux, comme s’ils égorgeaient un vulgaire animal. »
« Ils », ce sont Andrei Topal, Mehrac Zarbaliyev et Rovshan Gojayev. Les trois assaillants présumés. Le dernier est en cavale, mais les deux premiers sont bien présents, et ils ne lâchent pas la victime des yeux ce lundi 1er juin 2026. Depuis leur box vitré au plafond grillagé, un aquarium humain de six places gardé par des agents cagoulés de la pénitentiaire, ils sont contraints d’écouter Mahammad Mirzali raconter son calvaire en détail – il faut dire que ce dernier, rompu à l’exercice médiatique du récit de sa survie comme de sa résistance, a l’habitude. Sont aussi présentes les six « petites mains » qui ont permis l’arrivée de ce commando étranger jusqu’à Mirzali, puis sa fuite à travers l’Europe. Sur les neuf accusés, ils sont sept à comparaître pour « association de malfaiteurs » et « tentative de meurtre en bande organisée ».
Au fond de la majestueuse salle trônent les quatre cabines réservées aux interprètes, chacune ornée d’un drapeau imprimé à la hâte sur une feuille de papier A4. On distingue les étendards de la Géorgie, de la Turquie, de la France, et surtout celui de l’Azerbaïdjan, le pays d’origine de Mirzali et de la majorité de ses bourreaux.
Interviews interdites
Chaque question du président de la cour d’assises résonne d’abord dans les cabines, avant que les voix des interprètes se diffusent dans les casques audio alentour – de petits appareils au charme désuet, à l’allure de ceux qui permettaient jadis l’écoute d’un walkman. Les réponses suivent avec la même latence. Ces quelques secondes de flottement suffisent à donner à l’audience le comique déplacé d’une émission américaine mal doublée.
Le procès, qui s’est tenu du 26 mai au 10 juin 2026, a fait l’objet d’un dispositif sécuritaire exceptionnel. Autour de la cour, des fourgons de gendarmerie barrent l’accès aux voitures, les cyclistes doivent mettre pied à terre, et des agents armés fouillent les sacs, contrôlent les accès, scrutent les visages. À l’entrée du bâtiment, même les avocats et les employés du ministère de la justice doivent passer par un portique de détection et soumettre leurs affaires aux rayons X. Rebelote à l’entrée de la salle d’audience. Un niveau de vigilance rarement vu, même dans les procès liés au terrorisme ou au grand banditisme.
Il a même été formellement interdit aux journalistes d’interviewer la victime entre les murs du palais de justice comme à l’extérieur, au sein d’un large périmètre de sécurité. Un zèle que le principal intéressé a vivement contesté dès les premiers jours, affirmant à Revue21 qu’il « met encore davantage [sa] vie en danger », en le forçant à rencontrer la presse dans les cafés et restaurants rennais, à l’abri des regards – et des dispositifs pensés pour le protéger.
Liberté aux airs de prison
Il n’est pas exagéré d’écrire que Mahammad Mirzali est un des hommes les plus menacés de France. Si le « pays des droits de l’homme » lui a accordé l’asile politique dès 2016, alors qu’il n’a que 22 ans, c’est aussi sur ce territoire qu’il a réchappé à trois tentatives d’assassinat, dont celle de 2021, la plus près d’aboutir, à laquelle sont consacrés les débats du jour.
Bien qu’il respire encore, Mirzali répète à qui veut l’entendre que sa vie est « morte » ce jour-là. Comprendre : depuis que le ministère de l’intérieur lui a assigné une protection policière ultra-rapprochée, des colosses à la mâchoire serrée, équipés d’oreillettes sans fil qui ressemblent à s’y méprendre à des AirPods. Et qui le suivent où qu’il aille, quoi qu’il fasse, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Depuis ce moment, le jeune homme a définitivement perdu tout droit à la spontanéité et à l’intimité. Il a dû déménager dans une ville tenue secrète. Même sa famille ne connaît pas son adresse. Il était à deux doigts d’obtenir un visa aux États-Unis, pour tout recommencer à zéro, quand Trump est revenu au pouvoir. Le monde a rétréci, la liberté a des airs de peine de prison.
Cicatrice blanche et boursouflée
À la barre, pendant près de quatre heures, dans un français chancelant d’autodidacte, Mahammad Mirzali a détaillé sa vie d’homme traqué. Ses cheveux noirs sont coiffés en arrière, dégradés au niveau des oreilles. Mais ce qui attire l’œil, c’est cette grande cicatrice, blanche et boursouflée, qui remonte le long de sa nuque et sort de son col, stigmate de son agression.
Le persécuté revient sur la genèse de son supplice : son activisme dans son pays natal, l’Azerbaïdjan, cette petite, mais puissante, pétromonarchie sur la mer Caspienne. Le natif de Göyçay, ville agricole de 40 000 habitants à 200 kilomètres à l’est de Bakou, le tient de son père, qui l’emmène manifester alors qu’il n’a pas 10 ans contre le clan Aliev, père et fils, au pouvoir depuis 1993. Mais dans un pays où toute dissidence est réprimée – descentes dans les locaux de l’opposition, rassemblements interdits, arrestations arbitraires, presse muselée –, la famille apprend peu à peu à se taire.
Sauf Mahammad. À l’adolescence, il se met à jouer avec un outil dont on parle beaucoup en ces temps de « Printemps arabes » : Facebook. Il y dénonce la corruption endémique qui gangrène toutes les strates de la société azerbaïdjanaise et appelle à la révolution pour renverser la dynastie régnante. À 18 ans, il a déjà été arrêté deux fois. L’indocile finit exclu de son lycée, et envoyé de force au service militaire, où il subit des passages à tabac répétés.
Un style incisif, voire ordurier
Droit comme un i, Mirzali ne lâche la barre que pour rejouer les gifles, les coups de matraque, les pistolets braqués contre son front, une vie de brimades sans fin. Il se remémore aussi, la voix comme retenue au fond de la poitrine, sa troisième arrestation : un dossier d’agression sexuelle monté de toutes pièces. Il écope de vingt jours de prison. Au quinzième, on lui repose la question : s’engage-t-il à stopper ses publications ? Non. On menace alors de le violer avec une bouteille et de diffuser la vidéo. Un léger frisson parcourt les rangs. Cette fois, la menace fonctionne. Il cède et promet d’arrêter. Mais la promesse ne tiendra pas.
En 2015, il ouvre sa chaîne YouTube, « Made in Azerbaidjan », qui rassemble aujourd’hui plus de 345 000 abonnés. Sa popularité explose, certaines vidéos ont fait près de trois millions de vues. Le style se veut incisif, parfois ordurier. Mirzali comptabilise les montres Patek Philippe aux poignets des caciques et des oligarques locaux, feuilletonne leurs adultères, documente les liens d’intérêt entre le clan Aliev et la Socar, la compagnie pétrolière et gazière nationale. Dans un pays où le respect des anciens et de la famille est une valeur cardinale, il se met à parler des « trous du cul » au pouvoir. La première dame et vice-présidente, Mehriban Alieva, une de ses cibles préférées, est même présentée comme une « prostituée ».
Les réactions pleuvent, sous la forme de tombereaux de menaces reçues chaque jour, y compris de responsables politiques. Adil Aliev, vice-président du parlement et aficionado de kickboxing, utilise son propre compte Facebook pour l’avertir : « Rira bien qui rira le dernier », avec la photo du passeport de l’opposant. Mahammad Mirzali est contraint de quitter le pays. Sa famille, elle, récupère le nuage orageux. Sa sœur est victime d’un chantage à la sextape, son père est arrêté en pleine journée et amené à Bakou où il sera frappé tant de fois qu’il en perdra ses dents. Puis arrivent les atteintes à sa vie, puisque l’exil seul ne peut protéger celui qui se présente comme « journaliste blogueur ». Une première tentative d’assassinat a lieu près de Nantes en 2020 – Mirzali essuie des tirs au volant de sa voiture alors qu’il entame sa journée de livreur de pain pour les kebabs des environs. Et puis cette agression au couteau le 14 mars 2021, assortie d’insultes, qu’il évoque trémolos dans la voix.
On se fiche d’être arrêté. Si ce n’était pas le cas, nous ne t’aurions pas poignardé en riant, devant des passants, en plein centre-ville.
Message envoyé à Mahammad Mirzali pendant sa convalescence
« Parle correctement s’il te plaît, je n’ai jamais insulté quelqu’un », coupe l’interprète, se faisant la voix d’Andrei Topal. Le président des assises doit sommer l’intenable accusé de se rasseoir, tandis que son avocate lui fait signe – un simple « non » du bout de l’index. Dans son t-shirt blanc trop serré, il occupe le coin gauche du box. Caché derrière ses comparses et les trois agents qui assurent leur surveillance, il ne cesse pourtant d’attirer le regard.
Les jours qui suivront son hospitalisation, Mirzali recevra ce doux message de convalescence : « On se fiche du pays, de la ville et d’être arrêté. Si ce n’était pas le cas, nous ne t’aurions pas poignardé en riant, tranquillement devant des passants, en plein centre-ville. Si tu injuries encore une fois notre chère famille, nos sœurs honnêtes, nous te tirerons une balle dans la tête avec un sniper. » La détermination des tueurs ne faiblit pas, si bien que, sachant leur cible sortie d’affaire, deux d’entre eux prennent de nouveau la route l’année suivante, en juin 2022, avant d’être arrêtés à un péage de Maine-et-Loire, à 100 kilomètres de Nantes. GPS réglé sur l’adresse du youtubeur et revolver dans le coffre.
Une hache sous l’oreiller
Après avoir laissé éclater les sanglots qui lui nouaient la gorge, Mahammad Mirzali achève son monologue sur sa vie recluse, dominée par la peur. L’audience retient son souffle, suspendue à chacun de ses mots. « J’ai l’impression que tout le monde me veut du mal. » Dans son studio de 16 m2, les volets restent obstinément fermés. Les leds restent allumées nuit et jour. Le trompe-la-mort confie dormir peu, et jamais sans l’aide de médicaments. Sous son oreiller, « une hache et du gaz lacrymogène ». Mirzali le sait : d’autres dissidents ont eu moins de chance. Quatre opposants azerbaïdjanais ont été assassinés en quatre ans : Bayram Mammadov en Turquie, Vüqar Rza en Belgique, Hüseyn Bakikhanov en Géorgie et Vidadi Isgandarli en France, à Mulhouse. « Je suis sûr qu’ils vont me tuer. Demain ou dans quelques années. Ils y arriveront bien », lâche Mirzali, résigné.
Lorsque vient son tour, et que témoins et intervenants s’enchaînent pour tenter de cerner le personnage, Andrei Topal tient toujours aussi difficilement en place. Travailleuse sociale, psychologue, psychiatre racontent l’un après l’autre l’enfance du trentenaire, sa fratrie, ses parents, son parcours scolaire, sa prétendue carrière de lutteur professionnel. Ses traits de personnalité, aussi. Topal se dit « sincère », « doux », « contre la violence ». Il est marié depuis bientôt dix ans, et père de deux enfants. Le président écoute les trois récits, imperturbable. Et conclut, à l’attention des professionnels : « Rien de ce qui vous a été dit ne semble vrai. »
Car l’homme a chanté autant de versions de sa vie qu’il a vu d’experts. Ses enfants ne portent jamais les mêmes prénoms, sa femme non plus. Son père est à la fois cardiologue, médecin, instituteur et fonctionnaire d’État. Une cousine devient parfois une sœur, et un simple attrait pour la lutte de loisir se mue en illustre carrière dans un destin alternatif. Les versions diffèrent jusqu’à sa date de naissance : avril 1992 ou février 1994 ? « Comment on dit “mentir comme un arracheur de dents” en azéri ? » ironise un journaliste assis sur les bancs de la presse. La phrase, prononcée sans doute un peu trop fort, accroche un sourire sur les visages des quelques curieux assis plus loin. Elle n’atteindra pas les oreilles de l’accusé. D’ailleurs, l’instruction révèle qu’Andrei Topal, né en Moldavie, s’appelle en fait Emin Gasimov et aurait un solide pedigree de mafieux.
Les « Voleurs dans la loi »
Qu’on lui en accorde le droit ou non, Topal parle fort et de manière agitée. Il gesticule, lève les bras en guise de protestation. Il ne dialogue pas avec la cour, il vocifère. « Je ne suis pas quelqu’un d’agressif, je n’ai jamais haussé le ton », tente-t-il. Mais le démenti sonne creux. Sur leur banc, Mirzali et ses avocats, Henri Carpentier et Benoît Poquet, étouffent un rire devant un tel décalage.
Interrogé sur les faits, qu’il nie depuis l’ouverture du procès, Andrei Topal trouve toujours un moyen de faire diversion. Il s’embarque dans de longues tirades sur le suicide d’une cousine lorsqu’il avait 13 ans, la même qu’il a pu parfois présenter comme une sœur. Il s’émeut de ses conditions d’emprisonnement, à l’isolement – « Tout le monde est en cellule classique sauf moi, c’est du racisme » – et remercie le ciel de ne pas « avoir perdu la tête ». Pas un mot de compassion ne sera prononcé à l’attention de Mirzali. Rien d’étonnant pour les experts, qui lui diagnostiquent une « pauvreté empathique », une « interprétation victimaire » et un « syndrome persécutif ».
Un sujet sur lequel Topal se fait plus discret : sa présumée appartenance aux « Vory v zakone », littéralement les « Voleurs dans la loi ». Une organisation criminelle centenaire née dans les goulags de l’ex-URSS, qui serait responsable de nombreux cambriolages dans l’Hexagone. Son emblème, une rose des vents à huit branches, est tatouée sur les épaules du prévenu (« J’aime bien les étoiles », avait-il badiné devant les juges instructeurs). On trouve même une chanson à sa gloire de bandit cumulant un demi-million de vues sur YouTube. Ironiquement, lors du témoignage de Mirzali, les avocats du commando avaient choisi comme axe de défense de souligner la supposée incompétence du trio, à rebours de leur terrifiante réputation de tueurs sans frontières : « Comment expliquez-vous que trois hommes, dont un que vous décrivez comme étant très athlétique et muni d’une lame qui s’apparenterait à un couteau de cuisine, n’aient pas réussi à vous tuer ? »
Mécanique de traque
À mesure que les heures d’audience s’égrènent, ce ne sont plus seulement des trajectoires individuelles que la cour tente de reconstituer. Derrière les silhouettes interchangeables des exécutants affleure une mécanique plus vaste. Celle d’un pouvoir qui déborde ses frontières, délègue, menace et tue. En creux, c’est un autre procès qui se dessine, impossible à instruire : celui du régime de Bakou, accusé de traquer ses opposants jusque sur le sol de leur pays d’exil.
Une question demeure, intacte : qui a voulu tuer Mahammad Mirzali ? Puisqu’il a été établi que les membres du commando ne connaissaient pas leur victime, cela plaide pour une action commanditée. Et les possibles commanditaires ne peuvent exister, à ce stade, qu’à l’état d’hypothèses. Reste toutefois un prénom, « Anar », tombé de la bouche d’un suspect en détention provisoire qui ignorait que sa cellule était équipée d’un micro. Selon Mirzali, il pourrait s’agir d’un certain Anar Alizade, présenté comme un dirigeant de Socar Trading, une filiale de la compagnie pétrolière nationale. Mis en cause publiquement, Alizade a toujours nié tout lien avec les sicaires, et n’a pas été renvoyé devant les juges. Dans un droit de réponse transmis à la presse française, il affirme même n’avoir jamais entendu parler du dissident « avant le mois de février 2022, lorsque ce dernier a commencé à poster des vidéos [le] concernant ».
J’ai été envoyé afin de recruter des groupes criminels pour exécuter les blogueurs et autres dissidents nationaux cachés en Europe.
Un témoin se présentant comme un ancien espion azerbaïdjanais
Son nom est pourtant de nouveau prononcé bien après 20 heures, le 2 juin 2026, par un drôle de personnage secondaire à cette histoire. L’audience a pris du retard après la longue biographie orale de Mirzali. À la barre s’avance un certain Ramazan Y., mystérieux quadra russophone, polo bleu marine, jean délavé et baskets tendance. Son ton est aussi nonchalant que sa tenue lorsqu’il se présente comme un agent double : « Je suis un ancien membre des services secrets d’Azerbaïdjan. J’ai été envoyé en Europe par Ali Naghiyev, directeur des services de renseignement, afin de recruter des groupes criminels pour exécuter les blogueurs et autres dissidents nationaux cachés en Europe. » Son discours a quelque chose de glaçant dans sa simplicité. Le témoin relate la « guerre intellectuelle » que mène son pays contre ses opposants, avec des intermédiaires et des financements venus de plus haut. Il martèle que « les attaques sont organisées par la Socar et le DTX [le service de la sécurité intérieure] et ordonnées par l’État ».
Les jurés écoutent cet espion censément repenti, à la barbe blanchie par les années, avec une forme de prudence. Ce qu’il dit est imprécis, et difficile à vérifier. D’autant que Ramazan Y. s’épanche sans entrer dans les détails, procède par bribes. Le président le relance souvent, tente de faire sortir le récit des grandes affirmations générales pour revenir aux faits, aux dates, aux personnes. Il parvient à lui arracher quelques informations : « Le DTX a organisé une attaque sur Mirzali. Pour ça ils ont mobilisé 15 000 euros pour que les criminels achètent une voiture [d’occasion] et viennent en France. Ils sont arrivés sur le sol français avec de faux passeports. C’est Anar Alizade qui a financé l’expédition. »
Silence politique en France
Le mystère reste entier. Les déclarations du déserteur corroborent ce que Mahammad Mirzali essaie de faire entendre depuis plus d’une décennie aux journalistes et magistrats dubitatifs, mais le procès s’achèvera sans pouvoir prendre en compte les ramifications de l’affaire jusqu’au plus haut niveau de l’État azerbaïdjanais. La cour doit se contenter de juger les faits, d’attribuer des responsabilités individuelles pour la tentative d’assassinat. Et faire ainsi entrer les manifestations tangibles d’une répression tentaculaire et diffuse dans le cadre étroit du Code pénal.
Pourtant, derrière les coups de couteau semble se dessiner un système de harcèlement transnational d’une brutalité calculée, dénoncé notamment par l’ONG Reporters sans frontières, témoin au procès. Il est d’ailleurs troublant qu’une telle opération menée sur le sol français, contre un opposant politique réfugié, par un réseau structuré, ait rencontré si peu d’écho. Mahammad Mirzali espère encore une parole forte de l’exécutif sur les menaces qu’il reçoit, une réaction de la France face aux ingérences de Bakou. Mais en pleine crise énergétique depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, difficile de tancer l’un des principaux fournisseurs de gaz en Europe occidentale, soufflent les connaisseurs du dossier.
« Tu vas voir, tu vas voir »
Le procès a pris fin le 10 juin 2026. Considéré par les enquêteurs comme le « chef » du commando, Emin « Topal » Gasimov a été reconnu coupable de « tentative de meurtre en bande organisée » et condamné à trente ans de réclusion criminelle. « Mahammad, tu vas voir, tu vas voir », a-t-il menacé à l’énoncé du verdict. Mehrac Zarbaliyev et Rovshan Gojayev écopent quant à eux de dix-huit et vingt-cinq ans. Les peines pour les « petites mains » – à l’exception d’un acquittement – vont de cinq à quinze ans. Les condamnés peuvent encore faire appel.
Pour Mirzali, c’en est fini des déplacements quotidiens vers la salle d’audience, où il achevait ses journées avachi sur son banc, la tête entre les bras, visiblement éprouvé par le rythme soutenu des débats. Mais le retour à une vie normale – que l’opposant n’a jamais vraiment connue – reste un horizon lointain. Chaque semaine, les médias nationaux azerbaïdjanais diffusent encore sa photo, la mention « recherché » en bandeau.