« En 2026, le pacte migratoire va durcir encore la politique de l’Union européenne »

Propos recueillis par Fabien Perrier et Taina Tervonen
11 avril 2025
l‘eurodéputée écologiste belge Saskia Bricmont
L’eurodéputée Saskia Bricmont est spécialiste des questions de migration et d’asile. Pour elle, les nouvelles lois adoptées par l’Union européenne la mettent en contradiction avec la convention de Genève relative au statut des réfugiés. Mais aussi avec la Charte des droits fondamentaux.
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Depuis 2019, Saskia Bricmont est députée belge au Parlement européen, membre du groupe des Verts-Alliance libre européenne. Les questions migratoires font partie de ses priorités.

Le « pacte sur la migration et l’asile » doit entrer en vigueur mi-2026 dans les États membres de l’Union européenne (UE). Que dit-il de leur politique commune ?

Saskia Bricmont : Ce pacte est un ensemble de textes législatifs abordant les différents aspects de la politique migratoire de l’UE, dans les États membres comme aux frontières, qui s’ajoutent à des textes existants comme des directives. Jusqu’alors, l’instruction des demandes d’asile se faisait dans les premiers pays de l’Union dans lesquels arrivent les migrants (Italie, Grèce, Malte, etc.). Ces pays étaient en première ligne pour gérer les flux migratoires. Sous couvert d’harmoniser l’application de la politique de migration et d’asile, le dispositif prévu par le pacte durcit les règles d’entrée, faisant primer les frontières sur les droits humains.

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Le pacte sur la migration et l’asile prévoit ainsi le renforcement des contrôles aux frontières, l’accélération des procédures et des retours dans le pays d’origine. Les moyens, insuffisants et mal placés, ne permettent pas de réduire le nombre de personnes qui dorment dehors alors qu’elles sont dans l’attente du traitement de leur demande d’asile, ni de régler la question des migrants en séjour irrégulier ou en transit.

En outre, l’UE externalise les procédures de contrôle dans des pays tiers, c’est-à-dire qu’une partie des demandes d’asile sera traitée dans des pays frontaliers, extérieurs à l’Union. Cette pratique existe déjà, elle va être systématisée. L’Europe se décharge ainsi de sa propre responsabilité en signant des accords avec des régimes qui, parfois, violent les droits fondamentaux des personnes migrantes. En Libye et en Tunisie par exemple, les migrants sont réduits à l’esclavage, voire torturés.

Ce pacte met-il l’UE en contradiction avec le respect des droits humains tels qu’ils sont stipulés dans le droit européen ?

Malheureusement, oui. Normalement, l’UE devrait respecter des obligations légales, morales et humaines inscrites dans la Charte des droits fondamentaux adoptée en 2000. Elle devrait organiser des voies légales d’accès, mettre en place une solidarité entre ses États membres pour permettre un accueil digne des personnes migrantes, qui ont le droit de déposer une demande d’asile. Quand la personne ne répond pas aux critères de régularisation, le retour devrait se faire avec un accompagnement humain et digne. Tout devrait être mis en œuvre pour éviter les morts à nos frontières. Mais l’UE préfère courir derrière l’extrême droite qui veut se débarrasser de tout étranger.

Finalement, l’Union européenne remet-elle en cause le droit international, et plus particulièrement la convention de Genève qui édicte les règles du droit d’asile ?

Tout à fait. À partir du moment où une personne qui met le pied sur le sol européen est refoulée sans sommation, l’UE est en contradiction avec le droit international et le droit européen. En plus, ce pacte migratoire met en place la notion de « situation de crise » : dès 2026, si un État membre se déclare dans cette situation, il pourra déroger au droit d’asile défini par la convention de Genève. C’est ce qu’a fait la Pologne récemment, dont le chef du gouvernement Donald Tusk occupe actuellement la présidence de l’Union européenne. La tendance est effectivement à bafouer les droits et à criminaliser les personnes migrantes elles-mêmes.

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