Réagissant à l’enlèvement de Nicolas Maduro, le président du Venezuela, par les États-Unis, le 3 janvier 2026, l’ancien président russe Dmitri Medvedev s’est une nouvelle fois illustré dans le rôle de fou du roi qu’il affectionne. Chargé d’exprimer à voix haute ce que la raison d’État et les codes diplomatiques proscrivent entre grandes puissances, il a choisi la voie de la surenchère en évoquant le possible kidnapping du chancelier allemand Friedrich Merz, ciblé pour ses positions pro-Ukraine. « L’enlèvement de ce néonazi pourrait constituer un rebondissement spectaculaire dans cette série carnavalesque », lança-t-il dans une interview à l’agence de presse russe Tass, avant d’ajouter, comme pour entretenir l’ambiguïté : « Il y a une part de vérité dans ce scénario. »
La provocation de Medvedev ne constitue pas seulement une réponse polémique à l’action américaine. Là où on aurait pu s’attendre à une escalade diplomatique classique – invocation du droit international, dénonciation d’une atteinte à la souveraineté d’un État –, Medvedev en bon showrunner s’inscrit délibérément dans le registre des séries, du carnaval. Quelques jours plus tard, Trump répliqua dans le même registre qu’il ne lui semblait pas nécessaire de capturer Vladimir Poutine pour faire la paix en Ukraine.
Le grotesque du carnaval
Le grotesque (celui de Medvedev, de Trump, de l’Argentin Milei…) n’est pas un simple dérapage, c’est une grammaire politique, un nouveau langage du pouvoir qui s’est imposé sous l’effet des réseaux sociaux. Le terme « grotesque » est ici à prendre dans son sens premier. Grotesca en latin désigne ce qui franchit les limites et qui mêle les genres, en peinture par exemple. Le pouvoir grotesque transcende les usages politiques, bouleverse les formes et les rituels institutionnels, se joue des affiliations idéologiques et ne semble relever que de cette force obscure qui ne vise pas à instituer, mais à désinstituer le pouvoir politique. Partout, le pouvoir grotesque assoit sa légitimité de manière paradoxale : non pas sur le crédit qu’inspire la personnalité politique ou son programme et que consacre l’élection, mais sur le discrédit qui frappe le système politique.
Jamais les bouffons, les clowns et les pitres n’ont exercé une telle influence sur la scène mondiale. Leur omniprésence évoque celle des rois de carnaval qui s’arrogent le droit de tout dire, de tout salir, de tout disqualifier. Poutine a son clown Medvedev, Trump son Elon Musk, que le magazine The Atlantic a baptisé le Roi des balivernes, « Baloney King ». Cette tyrannie des bouffons incarne une hégémonie d’un nouveau type qui allie et confond la séduction du grotesque et la sidération des régimes autoritaires.
Choses vues, choses lues, vécues ou ressenties : dans ces chroniques, Revue21 capture un fragment de l’époque dans ses bouleversements minuscules ou majuscules.