En Sibérie, une Tchernobyl sur glace

Écrit par Marzio G. Mian Illustré par Owen D. Pomery
En Sibérie, une Tchernobyl sur glace
La première centrale nucléaire flottante du monde a été amarrée fin 2019 à Pevek, petite cité portuaire de l’Extrême-Orient russe, et « XXI » y était. Une position stratégique sur la route maritime du nord, à portée de camion d’immenses richesses minières. Mais une menace pour l’environnement et les peuples autochtones de ces confins arctiques.
Paru en juillet 2022
Article à retrouver dans cette revue

Tout le monde en parle, au village, des œufs d’Alexeï ­Alexandrovitch Koriapov. Et lui se déplace comme un coq au milieu des cages de ses poules, sa mèche blonde devenue crête. Très vite, il n’a plus rien à voir avec l’homme tout en retenue que j’avais rencontré dans l’entrée du hangar bricolé sur les ruines d’un cantonnement de garde-côtes soviétiques. Il bichonne ses 1 500 poules, distribue des petites tapes affectueuses sur les becs qui dépassent. « Regarde comme elles se chamaillent pour manger, les cocottes… Tu vas arrêter, toi ! »

Les poussins sont arrivés par bateau de Vladivostok, via le détroit de Béring, en septembre 2019. Avant la géniale start-up d’Alexeï, ici à Pevek, où le salaire moyen mensuel est d’environ 165 euros, les œufs coûtaient 600 roubles la douzaine, presque 7 euros ; plus cher que le caviar produit dans le coin. Ils arrivaient de Russie intérieure, de la région de l’Amour, par vol cargo une fois par mois, ou par voie maritime. Aujourd’hui, les œufs coûtent moitié moins cher. Alexeï Koriapov, 37 ans, est ému : « Les mères m’embrassent, elles peuvent enfin préparer des petits déjeuners dignes de ce nom à leurs enfants. À l’école, à l’hôpital et à la maison de retraite, nous les vendons à bas prix. Mes œufs sont un symbole d’espoir, les choses sont en train de changer à toute allure ! » 

Il fait 21 degrés dans l’élevage, l’odeur âcre de la fiente mêlée aux graines se transforme en gaz asphyxiant. Des câbles électriques pendouillent comme des guirlandes, souillées de toiles d’araignées et de plumes blanches. Dehors, la température est de – 35 degrés, la faible clarté de cette mi-journée de décembre disparaît déjà dans la toundra glacée, engloutie par l’épaisse nuit polaire. Alexeï Koriapov et son cousin ­Viktor étaient au chômage, ils ne pouvaient se permettre d’acheter des œufs. Bien que dépourvus de tout compte bancaire, ils ont pu accéder à des prêts à taux zéro, grâce à un programme fédéral de développement de l’Extrême-Orient russe, décidé il y a deux ans par Moscou (dans un souci de précision mêlé de déférence, Alexeï pointe du doigt une photo de Vladimir Poutine accrochée à un mur). « On va s’agrandir, on vise les 5 000 poules dans trois ans. Beaucoup de gens vont arriver ici. Le destin est avec nous », annonce-t-il avec solennité.

Remorquée sur 6 000 kilomètres

On se souviendra du 14 septembre 2019 à Pevek pour deux événements extraordinaires, symboles de la transformation en cours dans cette petite ville portuaire de moins de 5 000 habitants, fondée en 1967, la plus au nord de la Russie, au-delà du cercle polaire : l’arrivée des poussins d’Alexeï et celle de l’Akademik ­Lomonosov, la première centrale nucléaire flottante au monde. Remorquée depuis Mourmansk sur 6 000 kilomètres, cette gigantesque barge a été ancrée à Pevek pour nourrir l’obsession de Poutine pour l’Arctique et la course à l’or dans le district autonome de Tchoukotka.

Point le plus oriental de ­Sibérie, face au détroit de Béring, cette région est soumise au régime spécial de zone frontière. À leur point le plus proche, au beau milieu du détroit, à peine plus de 3 kilomètres séparent la ­Russie de l’Alaska : la distance entre les îles de la Petite ­Diomède, américaine, habitée par une ­centaine d’Inuits, et de la Grande Diomède, où est installée une base militaire russe.

Il est très difficile pour les non-résidents russes d’atteindre cette région bunker. Et pratiquement impossible pour les journalistes étrangers. Pourtant, après un an de paperasserie numérique, de renvois du ministère des Affaires étrangères au gouvernement local de la capitale régionale Anadyr, et d’échanges du FSB (les services fédéraux de sécurité) avec les autorités de sécurité de la « frontière », nous avons bénéficié d’un des rares maillons lâches du système blindé de contrôle russe.

Comme l’œuf et la poule, la centrale apporte avec elle le progrès, du travail, de nouvelles familles. Et qui refuserait un bel œuf bien frais le matin ?

Alexeï Koriapov, éleveur de poules à Pevek

En décembre 2019, nous arrivons – hôtes non bienvenus – dans ce lieu qui compte parmi les plus inhospitaliers, les plus froids, les plus mystérieux et les plus protégés du monde. Témoins oculaires de la présence en acier et en réacteurs de la « ­Tchernobyl sur glace », comme ­Greenpeace l’a baptisée. Alexeï Koriapov, lui, est convaincu que tout va bien, les deux « entreprises » lui paraissent étroitement liées : « Comme l’œuf et la poule, la centrale apporte avec elle le progrès, du travail, de nouvelles familles. Et qui refuserait un bel œuf bien frais le matin ? »

Nous visitons l’établissement scolaire de Pevek à l’heure de la récréation. Dehors, il fait – 40 degrés, peut-être moins, à cause du vent glacé qui souffle du nord, mais à l’intérieur, il fait chaud et ça sent bon le pin. Dans le vestibule, une montagne de combinaisons de ski. C’est un collège-lycée de 512 élèves. L’ambiance est insouciante, mais feutrée, pas une voix plus haute que l’autre dans le bourdonnement des couloirs ; peu de baskets aux pieds, pas de portables. Ils passent à la queue leu leu auprès des dames affairées dans les vapeurs d’une grande cuisine moderne, dans le bon fumet du plat qui mijote pour le déjeuner : soupe de flétan et navets.

Une école en guise de petite oasis

La directrice, Elena Stepanova, enseigne la littérature russe. Elle a une cinquantaine d’années, de grands yeux verts et un beau visage ovale délimité par des cheveux châtains coupés au carré. Son bureau est décoré de fleurs en soie, de sculptures et de portraits encadrés d’élèves qui ont remporté les concours. Elle n’apparaît sur aucune photographie. Discrète, elle ne parle jamais d’elle-même, et pourtant on raconte qu’elle est la personne la plus puissante et la plus respectée de la ville. Non parce qu’elle en dirige le plus beau bâtiment – il en faut peu dans l’effrayante désolation ambiante –, mais parce qu’elle représente l’institution que tous considèrent comme « l’âme et le cœur de Pevek », un refuge et une oasis où les jeunes vivent loin de l’alcool et des familles délétères.

On peut aussi admirer une photo de ­Vladimir ­Poutine, et une autre de Roman ­Abramovitch, un des fidèles soutiens du président, qui l’a nommé gouverneur du district autonome de Tchoukotka en décembre 2000. Le magnat du pétrole a payé – « de sa poche », comme dit Elena – la nouvelle école en 2005, deux ans après avoir acheté le club de football britannique de Chelsea.

Les couloirs des trois étages sont décorés de fresques aux tons pastel qui représentent les grands hommes de la culture russe dans des postures plus surréalistes qu’hagiographiques : le grand poète Alexandre ­Pouchkine est ainsi ­représenté s’éclatant au guidon d’un side-car.
La région de ­la Tchoukotka est elle aussi célébrée sans clichés stéréotypés. Les peintures murales sont inspirées de citations de poètes ou d’écrivains, comme le grand Iouri Rytkheou, fils d’un chamane, né dans une tribu tchouktche et devenu l’une des voix les plus puissantes de la littérature soviétique… avant d’être relégué sous l’ère poutinienne.

La crise économique qui a suivi l’effondrement de l’Union soviétique a été désastreuse. La population de la Tchoukotka est passée de 148 000 habitants en 1991 à environ 50 000 aujourd’hui… dans une région plus grande que la France.

Elena Stepanova en parle avec passion, mais presque à voix basse, comme d’un amour clandestin. Elle raconte que Roman Abramovitch a rompu le tabou en finançant la réédition de son roman préféré, Skitaniya Annii ­Odintsovoï, (« Les Errances d’Anna Odintsova », publié en 2002 chez Actes Sud sous le titre L’étrangère aux yeux bleus), mais seulement pour les écoles de la Tchoukotka.

Chaque salle de classe a sa couleur, qui rappelle l’explosion de la toundra en été, et n’est dédiée qu’à une matière unique. Les élèves se déplacent d’une pièce à l’autre en fonction des cours. Les tableaux sont ­lumineux et multifonctions, les salles de technologie et d’informatique, parfaitement équipées et du matériel flambant neuf est sur le point d’être installé, si l’on en juge par les cartons qui attendent d’être ouverts. La directrice parle de sa créature comme s’il s’agissait de la chose la plus précieuse de Russie : le musée de l’Hermitage ou le Théâtre du Bolchoï.

 On a l’impression de visiter l’une des meilleures écoles japonaises ou finlandaises. Nous sommes pourtant au bout du monde, dans la région la plus ­inhospitalière de la planète, après l’Antarctique et le Sahara ; des confins glacés où les effets de la crise économique qui a suivi l’effondrement de l’Union soviétique ont été les plus désastreux dans les années 1990. La population de ­la ­Tchoukotka est ainsi passée de 148 000 habitants en 1991 à environ 50 000 aujourd’hui… dans une région plus grande que la France.

« Jusqu’en 1989, ici à Pevek, nous étions presque 15 000, raconte Elena ­Stepanova. Il y avait trois écoles et deux grands internats pour les enfants venus des villages tchouktches. Notre cité abritait une communauté de scientifiques sans équivalent, même à l’université d’État de Moscou. Il y avait ceux qui venaient pour les explorations minières, ceux qui étaient restés après la fermeture des camps du ­Goulag et avaient fondé une famille, comme mon grand-père. Dans les années 1990, nous avons souffert de la faim, il n’y avait pas de lait, nous mangions des épluchures de pommes de terre et les bougies étaient un luxe. »

Aujourd’hui, assure la directrice, même si la population est inférieure à 5 000 habitants, « l’adrénaline est revenue ». « De jeunes géologues et des ingénieurs avec leur famille arrivent. Grâce à un nouveau satellite, lancé exprès pour couvrir la Sibérie orientale, nous avons Internet. On construit des routes. Nous sommes en train de devenir le symbole du développement de l’Arctique. Pevek sera l’un des principaux ports de la nouvelle route maritime polaire, le raccourci de la mondialisation. C’est le défi moderne dans le Grand Nord, comme au temps des pionniers soviétiques. Nous sommes devenus des acteurs de premier plan, non plus les laissés-pour-compte de l’humanité. »

Du couloir, on entend un piano. Nous sommes au deuxième étage, du côté qui donne sur le port et sur la baie de Tchaoun. Nous demandons à jeter un coup d’œil dans la salle, Elena répond que les élèves sont en pleine répétition de danse… Après un instant d’hésitation, elle ouvre discrètement la grande porte en chêne. Les pas des cinq jeunes filles sur les notes du ­Prométhée d’Alexandre Scriabine ne s’interrompent pas. Ce que nous avions déjà vu des fenêtres du troisième étage, à savoir l’explosion de lumières de l’Akademik ­Lomonosov se réverbérant sur la glace, produit un effet encore plus impressionnant.

Ils disent que la centrale est sûre, pourquoi devrions-nous en douter ? Ils nous ont même invités à bord, et ont présenté aux élèves son fonctionnement…

Elena Stepanova, directrice de l'école de Pevek

La centrale nucléaire flottante ressemble à un paquebot transatlantique qui perce les ténèbres et dont la proue pointe en direction de l’école. Elle est là, à cinq cents mètres, emprisonnée dans la banquise de trois mètres d’épaisseur, mais on a l’impression qu’on pourrait presque la toucher. Les petites danseuses ne font pas attention à nous. Elena Stepanova a compris depuis longtemps ce qui nous a conduits ici et ce que nous voulons savoir. « Ils disent que la centrale est sûre, pourquoi devrions-nous en douter ? Ils nous ont même invités à bord, ils ont présenté aux élèves son fonctionnement, ont répondu à toutes les questions, fait visiter la salle de sport et la piscine. Qu’est-ce que je pouvais faire ? Désormais, c’est comme ça. Mais revenez, nous en reparlerons posément. »

L’avion est le seul moyen d’arriver à Pevek (quand la météo le permet, un vol hebdomadaire assure la liaison depuis ­Moscou, avec escale à Iakoutsk, en ­Sibérie centrale). Apparemment, personne n’échappe aux contrôles. Dans le petit aéroport, tout le monde est soumis à un long interrogatoire par six gardes-frontières, des agents du FSB en l’occurrence. Nos autorisations étaient en ordre, ils ont noté les noms des membres de nos familles, nos adresses, nos déplacements des derniers mois. Ils ont interrogé la personne qui nous héberge à Pevek, Igor Ranav, un petit homme d’affaires dynamique d’origine tchouktche. C’est un activiste réputé pour ses dénonciations d’imbroglios électoraux et ses polémiques avec le gouvernement local d’Anadyr.

Vols en drone au-­dessus de la centrale

Les jours qui suivent notre arrivée, profitant de la petite demi-heure de lueur quotidienne, nous faisons voler à plusieurs reprises un drone sur Pevek, sans autorisation. Sans conséquences non plus. Nous poussons l’expérience plus loin et effectuons quatre vols au-­dessus de la centrale nucléaire, jusqu’à parvenir à quelques dizaines de mètres de cette inquiétante barge aux lignes quadrillées, peinte aux couleurs du drapeau russe. Rien ne se passe. Est-il possible que personne n’intercepte un drone, alors que l’Akademik Lomonosov est défendue sur la partie orientale du port par une « forteresse » armée et qu’elle est dotée de radars sophistiqués ? Quel est le réel niveau de protection en cas d’attaque ou d’accident ?

L’Akademik Lomonosov est le onzième site nucléaire russe, le plus au nord du monde et la première centrale flottante mise en activité : une plate-forme de 21 500 tonnes, longue de 144 mètres et large de 30 mètres. Dotée de deux réacteurs à eau pressurisée KLT-40S à uranium faiblement enrichi, elle est capable de générer 70 mégawatts et de fournir énergie électrique et chaleur à une ville de 100 000 habitants pendant quarante ans. L’idée du nucléaire prêt à l’emploi circule depuis les années 1960, les États-Unis ont longtemps tergiversé sur cette hypothèse. Mais elle fut écartée, par les Russes aussi, pour des raisons économiques et de sécurité.

À la demande de Vladimir Poutine, Rosatom a mis fin aux atermoiements. La société nationale pour l’énergie atomique russe a consacré à ce projet dix années de travail dans les chantiers de Saint­Pétersbourg et un budget d’environ 450 millions d’euros de fonds d’état (soit dix fois moins que pour une centrale nucléaire traditionnelle). Cette classe de réacteurs est considérée par
Moscou comme la seule capable d’acheminer de l’énergie dans les zones les plus reculées de l’Arctique, de faciliter l’émergence de nouveaux centres habités et de permettre l’exploitation des mines et des combustibles fossiles dont regorge la Tchoukotka.

Si ses amarres venaient à rompre, si elle se retrouvait à proximité d’un iceberg ou submergée par des vagues chargées de blocs de glace, que se passerait-il ?

Jan Haverkamp, spécialiste du nucléaire au sein de Greenpeace

Une flottille est en train de se constituer, pour s’ancrer dans les ports le long de la route maritime du Nord, l’ancien ­passage du Nord-Est, qui relie le Pacifique à ­l’Atlantique, l’Asie à l’Europe, via le détroit de Béring. Le Kremlin et Rosatom ont annoncé que, rien que pour la Tchoukotka, cinq autres centrales entreront en activité (dont deux à l’horizon 2024) pour un coût estimé à près de 2 milliards d’euros.

Jan Haverkamp, spécialiste du nucléaire au sein de Greenpeace, a lancé l’alarme : « Ce n’est pas un sous-marin ou un brise-glace, c’est une plate-forme qui n’a aucune possibilité de manœuvre. Si ses amarres venaient à rompre, si elle se retrouvait à proximité d’un iceberg ou submergée par des vagues chargées de blocs de glace, que se passerait-il ? L’Arctique se réchauffe trois fois plus vite que le reste du monde, la fonte des glaces crée des conditions inédites. C’est un océan de plus en plus dangereux, les tempêtes peuvent avoir une puissance imprévisible. Et qu’arriverait-il en cas de raz-de-marée, même si Rosatom dit avoir pris en compte ce risque ? », interroge l’expert.

« Les Russes ont une longue expérience du nucléaire, mais aussi une longue histoire de catastrophes nucléaires, reprend Jan ­Haverkamp. Nous savons déjà la difficulté d’intervenir sur des incidents sur la terre ferme, alors imaginons un peu en mer et dans des régions aussi reculées ! » La radioactivité de l’Akademik Lomonosov est certes vingt-cinq fois inférieure à celle de Tchernobyl, mais les conséquences d’un accident, selon le spécialiste de Greenpeace, seraient démultipliées par les vents arctiques et les courants de la mer de Sibérie : « Ce serait la fin de l’écosystème le plus fragile au monde. »

À cinq cents mètres d’une école

Les fenêtres de l’appartement de ­Valentin Posokotinov, géologue de 65 ans, donnent sur la route, ou plutôt la piste, qui traverse Pevek parallèlement à la banquise. Dehors, la statue de Lénine est éclairée par la lumière jaune d’un réverbère. Recouverte de glace et de neige, elle est reconnaissable à sa pose classique et à la main ouverte qui semble indiquer la fenêtre où Valentin fume. À peine le géologue s’est-il exposé au-dehors que son visage, les poils de son nez et ses sourcils fournis se retrouvent blancs de givre. Il rentre au chaud et la glace fond, il remet le nez dehors, il gèle à nouveau. 

Valentin martèle la même question : « Dans quel autre endroit du monde trouve-t-on une centrale nucléaire à cinq cents mètres d’une école pleine d’enfants ? Où, mais où ? Je l’ai demandé la première fois à M. Ivanov, de Rosatom, le jour où ils sont venus présenter le projet à la population, au Théâtre Aisberg. Ils disaient ne vouloir aller de l’avant qu’avec l’assentiment des gens, mais ils étaient déjà en train de couler du béton pour construire le môle auquel amarrer la centrale. Et M. ­Ivanov n’a pas répondu à ma question. »

Igor Ranav, notre hôte à Pevek, se trouvait lui aussi à cette soirée au Théâtre ­Aisberg, parmi les rares Tchouktches présents. Il était favorable à l’installation de la plate-forme : « Je pensais que n’importe quelle nouveauté valait mieux que le grand rien ; pour mon peuple, les choses ne pouvaient pas aller plus mal qu’alors. » D’après Igor, les habitants ont dû choisir la corde au cou : accepter l’énergie « propre » de la centrale nucléaire amarrée dans le port ou continuer à respirer pendant encore soixante-quinze ans le dioxyde de carbone de la vieille centrale à charbon qui se dresse au beau milieu de Pevek.

Adopter le défi du changement ou vivre en compagnie de ce panache noir que le vent affole et qui souille la neige, les poumons et l’espérance. Il suffit de gravir la colline pour saisir, en un instant éphémère de lumière opaline, la problématique de l’ensemble : en contrebas, l’enchevêtrement de ferraille de la centrale à charbon fume dans un décor de béton pourri, survolé par de gigantesques corbeaux ; un peu plus loin, un navire scintillant dans la banquise donne un sentiment glaçant de propreté ; au-delà, à l’horizon de l’océan Arctique, baigné par une brume violette, on a l’impression de croiser le regard du pôle Nord.

Je suis l’un de ceux qui sont restés. Par nostalgie pour cette jeunesse, mais aussi parce que j’étais devenu l’otage de cette nature. La fièvre blanche, c’est comme ça que je l’appelle.

Valentin Posokotinov, géologue

L’engagement de Rosatom était que la centrale préhistorique – surnommée le « radiateur rouillé » – serait arrêtée immédiatement. L’Akademik Lomonosov, « orgueil de la Russie dans le monde », selon le directeur Vitali Trutnev, était là pour amener de l’électricité et du chauffage aux gens et pour remplacer les vieux réacteurs nucléaires de Bilibino, à 240 kilomètres dans la toundra intérieure. Mais en réalité, l’usine à charbon et la centrale nucléaire continueront à fonctionner conjointement au moins jusqu’en 2025.

« Les priorités sont ailleurs », dit Valentin Posokotinov. Né à Saint-Pétersbourg, le géologue appartient à la génération des jeunes diplômés pionniers qui, dans les années 1960, animés de sentiments patriotiques, partirent à l’aventure au-delà de l’Oural et explorèrent les vastes richesses de ce Nord-Est sauvage sibérien, que les prisonniers politiques condamnés aux ­travaux forcés n’avaient pas encore exploitées. « Je suis l’un de ceux qui sont restés, dit-il. Par nostalgie pour cette jeunesse, mais aussi parce que j’étais devenu l’otage de cette nature. La fièvre blanche, c’est comme ça que je l’appelle. »

De 2000 à 2008,  l’oligarque Roman Abramovitch a été gouverneur du district autonome de Tchoukotka. Des liens sentimentaux le rattachaient au Grand Nord, où ses grands-parents avaient été internés dans les camps du Goulag. Mais il s’est surtout agi d’une affaire d’intérêts réciproques : le magnat du pétrole, qui avait misé plus que quiconque sur l’ex-membre du KGB Vladimir Poutine, s’est vu récompensé par le nouveau tsar avec l’attribution de cette province reculée. Peu de gens comprirent ce geste, la ­Tchoukotka étant en apparence la région la plus misérable de Russie. 

Pour remplir les caisses du gouvernement local, Roman Abramovitch transféra à Anadyr trois filiales du colosse du pétrole Sibneft, dont il détenait la majorité des parts : les impôts de ces sociétés assurèrent 80 % du budget de la région autonome. Les retombées furent immédiates, plus visibles à Pevek que nulle part ailleurs. En plus de l’école, de l’hôpital et de la nouvelle mairie, de nouveaux immeubles furent construits dans les années 2000. Ces bâtiments rendent aujourd’hui plus fantomatiques encore les vieilles barres soviétiques abandonnées dans les années 1990, devenues les refuges de hordes de chiens errants. Même les 14 000 Tchouktches éleveurs de rennes vivant dans les villages éparpillés à travers la toundra furent en partie repêchés du fond de la bouteille dans laquelle ils noyaient leur désespoir : l’espérance de vie moyenne des populations autochtones est passée de 34 ans en 2000, à 38 ans en 2010.

« En réalité, Abramovitch se payait des impôts à lui-même, souligne Valentin ­Posokotinov. Et il achetait pour trois sous au gouvernement local, c’est-à-dire à lui-même, d’immenses territoires où des cartes dressées par des géologues russes comme moi indiquaient la présence de richesses en sous-sol. Dans notre région se trouvent les plus importants gisements de cuivre et d’or de la planète. » Et aujourd’hui, ils sont entre les mains ­d’Abramovitch. Comme le gigantesque site minier de Baimsky, dans la région de Bilibino, d’où seront extraites 23 millions de tonnes de cuivre et plus de 2 000 tonnes d’or. Le multi­milliardaire y opère avec KAZ Minerals, la principale entreprise d’extraction du cuivre du Kazakhstan, qui lui a racheté 75 % de ce gisement en 2018 et dont le siège se trouve à Londres. J’ai tenté plusieurs fois de contacter Roman Abramovitch, via le QG de ses entreprises, pour recueillir sa version, mais personne n’a répondu.

« C’est nous qui avons découvert tous ces sites, clame Valentin Posokotinov. Nous étions des jeunes gens pleins d’idéaux, nous vivions pendant des mois dans la toundra en mangeant des lièvres et des baies. Nous avons également cartographié d’autres mines d’or, de cuivre, de platine, d’argent, de tungstène, qui commencent maintenant à être exploitées. La région de ­Bilibino est le nouveau ­Klondike, en bien plus grand, et il a besoin de beaucoup d’énergie pour générer sa richesse »,analyse notre géologue. C’est pour cette raison qu’Abramovitch n’a jamais lâché la ­Tchoukotka. C’est pour cette raison que l’Akademik ­Lomonosov a été amarrée à Pevek et que le port subit de gigantesques travaux d’agrandissement, avec des financements du Kazakhstan et de la Chine. Pevek va devenir l’une des escales stratégiques de la route maritime du Nord, que les Chinois appellent la « route de la soie polaire ».

L’Alaska appartenait à l’Empire russe, jusqu’à ce qu’elle soit bradée aux Américains en 1867 pour 125 millions de dollars actuels, soit la valeur du pétrole pompé en quatre jours à Prudhoe Bay.

Après le blocage du canal de Suez au printemps 2021 et à cause du prix des matières premières qui a explosé avec la pandémie, ­Vladimir Poutine a mis sous pression Rosatom, chargée du développement des 6 000 kilomètres de voie maritime arctique. Le passage est facilité par la fonte des glaces provoquée par le réchauffement climatique et par le lancement de navires de nouvelle génération, capables de naviguer même lorsque les eaux sont gelées sur une épaisseur d’un mètre. En 2019, le Kremlin prévoyait de passer d’un volume de 40 millions de tonnes transportées annuellement –surtout du gaz naturel de l’immense site de Yamal, en mer de Kara– à 80 millions à l’horizon 2026. Rien qu’à Pevek, l’augmentation a été de 100 000 tonnes par an depuis 2018. « L’or et le cuivre d’Abramovitch finiront en Chine, commente Valentin Posokotinov. 60 % du cuivre mondial est consommé par les Chinois. Pourquoi iraient-ils le chercher au Chili, au Pérou ou en ­Australie alors qu’ils peuvent le faire venir de la ­Tchoukotka ? Il suffit de passer le détroit de Béring pour faire le plein. »

L’Akademik Lomonosov, avec ses lumières blanches aveuglantes, se voit aussi de l’appartement de notre hôte Igor Ranav, à une centaine de mètres de l’école. Cette présence excite sa propension naturelle aux idées grandioses. Il imagine que, bientôt, la région cessera d’être soumise à un régime de surveillance « pire que sous l’ère soviétique ». Il rêve d’acquérir un petit Cessna et de lancer un service d’avion-taxi pour Anadyr ou ­Bilibino ; ou de construire une serre pour cultiver des légumes. Igor Ranav était, comme tous les Tchouktches, éleveur de rennes dans la toundra, mais son talent pour les affaires, de l’immobilier aux pompes funèbres, en passant par le marché de la ferraille, l’a sorti de la misère. Il est devenu un homme riche, selon les canons de son peuple.

Igor Ranav s’est rendu quelques fois de l’autre côté du détroit de Béring, en Alaska, et y a trouvé sa conception du monde civilisé. Il dit que « ce sont deux planètes différentes ». Le paysage est cependant identique. Il y a treize mille ans de cela, on pouvait rallier les deux continents à pied.
Les immeubles sont construits avec la même technique de pilotis sur le permafrost, dont la fonte engendre les mêmes problèmes : l’effondrement de nombreux villages côtiers, le surgissement de cadavres dans les cimetières après des centaines d’années.

L’Alaska appartenait à l’Empire russe, jusqu’à ce qu’elle soit bradée aux Américains en 1867 pour 125 millions de dollars actuels, soit la valeur du pétrole pompé en quatre jours à Prudhoe Bay. De nombreuses familles inuites et yupiites vivent séparées par les deux rives, toute relation ayant cessé avec la guerre froide au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Sous l’ère Reagan-­Gorbatchev, à la fin des années 1980, ce « mur de Béring » a lui aussi failli s’écrouler. Les échanges culturels reprirent, on accordait des visas, il y eut même quelques liaisons aériennes. « On peut le voir sur la carte, la Tchoukotka et l’Alaska sont comme deux nez qui se frottent l’un contre l’autre ; nous sommes des jumeaux séparés », dit Igor Ranav.

Des litres de thé chaud

Il m’est arrivé ces dernières années de me rendre dans l’autre « nez ». Je suis allé à Nome, la petite ville portuaire américaine sur le détroit de Béring. Le tarmac des avions privés y est aussi grand que celui de Newark, dans le New Jersey – on compte 8 200 licences de vol dans l’État d’Alaska. Il existe à Nome un journal plus que centenaire, The Nome Nugget, dirigé par un couple de jeunes Allemands ; dans la Tchoukotka circulent deux journaux d’État et aucun média indépendant.

Les salaires mensuels moyens de l’Alaska du Nord sont d’environ 1 500 dollars ; les peuples autochtones ont encaissé plus d’un milliard de dollars en réparation des persécutions subies ; et dans cette région où les Inuits sont majoritaires et où se situent les puits les plus productifs, les tribus gèrent treize entreprises cotées à Wall Street, avec les royalties tirées du pétrole extrait par d’autres qu’eux. L’alcoolisme est un fléau dans l’Alaska du Nord, mais les « jumeaux » de la Tchoukotka boivent six fois plus (d’après le ministère de la Santé de Moscou) que la moyenne en Russie, qui, de notoriété publique, n’est pas vraiment une nation d’abstinents.

Igor Ranav ne touche pas à l’alcool, il écluse des litres de thé chaud. C’est un homme à la vitalité débordante. Il change de femme en moyenne tous les trois ans, maintient d’excellentes relations avec chacune, et passe son temps au téléphone pour gérer la logistique de ses relations. La compagne dont il ne se sépare pas se prénomme Jaska. Il s’agit d’une petite renne blanche affligée d’un déficit neurologique et abandonnée par sa mère dans la toundra. Il y a quelques années, il a mis la main sur un vieux camion Gaz-66, ingénieusement converti en tout-terrain capable de transporter quinze passagers sur les zimniki, les routes de glace et de neige qui sillonnent l’intérieur de la région.

Dans cinq ans, il n’y aura plus de pâturages, il n’y aura plus de rennes et les villages disparaîtront, parce que, sans les rennes, aucune vie ne subsiste dans la toundra. 

Sacha ­Prokopoiev, un des représentants de la communauté tchouktche

Il a fallu trois heures pour atteindre ­Rytkoutchi, village d’environ 500 habitants au sud de Pevek, au fond de la baie de Tchaoun. Une zone humide au confluent de trois fleuves, nurserie pour les rennes en été et règne intouché pour une dizaine d’espèces de poissons indigènes. Nous rejoignons en motoneige Sacha ­Prokopoiev, un des représentants de la communauté, dans son balok, cette cabine posée sur des skis où l’on se réchauffe avec un radiateur à kérosène pendant la pêche dans la glace. Le froid est épouvantable, à peine sortis du trou, les poissons grésillent comme s’ils avaient été jetés vivants dans de l’huile bouillante.

Sacha Prokopoiev me confirme qu’un nouveau port est en construction dans la baie, pour acheminer le cuivre et l’or du gisement de Baimsky. Le chantier se situe au cap Nagloynyn, appelé « les entrailles de la Terre » par les Tchouktches ; c’est là que les éleveurs de Rytkoutchi mènent leurs 25 000 rennes à engraisser avant de mettre bas. « C’est comme ça depuis quatre cents ans, poursuit Sacha Prokopoiev. Mais dans cinq ans, il n’y aura plus de pâturages, il n’y aura plus de rennes et les villages disparaîtront, parce que, sans les rennes, aucune vie ne subsiste dans la toundra. » Un milliard d’euros ont déjà été versés par Moscou pour le port.

La somme que déboursera KAZ ­Minerals pour la route de 428 kilomètres qui reliera les mines de la région de Bilibino au cap Nagloynyn est incertaine. « En construisant un nouveau site plutôt que d’utiliser le port de Pevek, ils économiseront 400 kilomètres de trajet aux camions, explique Sacha ­Prokopoiev. Le problème, c’est que cette route empêche la migration des rennes et qu’elle dévie le cours supérieur des fleuves où nos poissons déposent leurs œufs. En plus, pour extraire l’or, les exploitants utilisent du cyanure, qui finit dans les rivières. Pour nous, la toundra n’est pas une question de propriété, mais de responsabilité. »

C’est ce qu’expliquait l’écrivain admiré par la directrice Elena Stepanova, Iouri Rytkheou, écologiste au temps où l’Union soviétique dévastait l’environnement au nom de l’homme nouveau et de la prospérité collective : « Même le temps dans la toundra n’est pas linéaire, mais circulaire. Le temps, comme la nature, ne se consume pas, mais se renouvelle. »

« Il nous a plumés comme des poulets »

Les communautés ont écrit une lettre à l’ONU, en se réclamant de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones. Igor Ranav est en première ligne. Ici, nous ne sommes pas à Pevek parmi les Russes mais au milieu de son peuple et sur sa terre où, au cap Nagloynyn, sont prévues cinq plates-formes nucléaires semblables à ­l’Akademik Lomonosov.

« Quand ­Abramovitch est arrivé, il est évident que notre vie s’est améliorée », assure pour sa part Sacha Prokopoiev, en regardant par le hublot de son balok l’estuaire englouti par l’obscurité. « Ses hommes distribuaient de la nourriture, et à chaque élection à Rytkoutchi, ils arrivaient avec des fers à repasser, des téléviseurs et des jouets pour les enfants. En réalité, il nous a plumés comme des poulets. Il a peut-être investi 1 milliard, mais combien en a-t-il touché, 10, 20, qui sait combien ? Il nous a achetés avec des perles de verre, et en échange il s’est pris la Tchoukotka. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que cinq cents petits cailloux sur leur foutue route. » 

Igor Ranav jure que les Tchouktches défendront leur terre à tout prix : « Abramovitch connaît notre histoire. » Les cosaques tentèrent bien, au xviie siècle, de leur réclamer le jasak, le tribut, mais ils repartirent amochés. Pierre le Grand envoya son fidèle Afanassi Chestakov soumettre la région, mais son navire coula et les naufragés furent exterminés sur la banquise ; les tribus signèrent un traité de paix qui leur permettait de décider du montant de leur impôt. L’impact de la révolution d’octobre 1917 dans la Tchoukotka ne se vit qu’en octobre suivant, lorsque deux émissaires bolchevik furent éliminés deux jours après avoir pris le pouvoir.

« Nous sommes sur leur foutue route »

Quand nous revenons au village de ­Rytkoutchi, l’électricité est coupée. Un villageois pense qu’un corbeau s’est emmêlé dans le câble à haute tension, c’est déjà arrivé. Sacha Prokopoiev est convaincu que cette panne est due aux travaux sur la ligne pour relier la centrale nucléaire au réseau électrique de la région de Bilibino : « Nous sommes sur leur foutue route », répète-t-il.

Hélas, de retour à Pevek, nous ne revoyons plus Elena Stepanova, la directrice. Elle avait organisé une rencontre avec quelques lycéens, mais nous fait savoir que le poste de police lui a « recommandé » de ne pas nous revoir. Elle pourrait avancer mille excuses, mais préfère dire la vérité. Nous sommes désormais habitués à ce que les interviews soient annulées au dernier moment, nous savons que les personnes avec lesquelles nous parlons reçoivent ensuite la visite d’un officiel. Les derniers jours, nous sommes suivis par une voiture qui fait le siège en bas de l’immeuble et sommes interrogés à plusieurs reprises. La ­troisième fois, ils entrent à 6 heures du matin chez Igor Ranav. Une jeune agente explique avec brusquerie qu’il manque nos signatures à l’interrogatoire de la veille. Il faut envoyer à Anadyr un rapport en bonne et due forme, dit-elle.

Nous demandons à relire nos déclarations. Un ajout précise que « le but de notre voyage est de documenter la faune et la flore de la Tchoukotka ». Ce qui autoriserait les autorités à confisquer notre matériel en démontrant que nous ne nous sommes pas occupés de fleurs (en plein hiver arctique !). Igor Ranav les prend en photo avec son portable tandis qu’ils essaient de nous obliger à signer. Après des instants de grande tension, ils s’en vont. Nous nous dépêchons de rejoindre l’aéroport avec une large avance. Juste avant le décollage, un militaire monte dans l’avion pour s’assurer que nous quittons vraiment la Tchoukotka.

Traduit de l’italien par Élise Gruau.

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