L’opération Trident a autant de points de vue que de protagonistes, tous plus retors les uns que les autres, entre policiers madrés et indics multicasquettes. Un Rubik’s Cube judiciaire dans les mains de l’IGPN, la police des polices. Laquelle cherche à comprendre depuis plus de deux ans comment près de 400 kilos de cocaïne importés de Colombie par un attelage policier américano-marseillais ont pu disparaître dans la nature. L’enquête, hors normes, déjà longue de plusieurs milliers de pages de procès-verbaux, a été dépaysée à Paris, l’instruction confiée à la juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée. Tout le monde voit flou. « À mon avis, la juge change d’avis trois fois par semaine », confie l’un de mes contacts ayant accès au dossier.
Un aveu : pour naviguer dans ce labyrinthe, mon fil rouge est John Ferdella, l’attaché de la DEA (l’agence antidrogue américaine) basé à Paris au moment des faits. Forcément parcellaire, dans un dossier aussi tentaculaire. J’ai décortiqué les heures d’entretien qu’il m’a accordées, mais aussi consulté plusieurs documents cruciaux versés en procédure, dont les messages échangés sur les messageries chiffrées entre le special agent et les trois enquêteurs marseillais au cœur de l’affaire. Ces derniers sont aujourd’hui poursuivis pour « importation et trafic de stupéfiants en bande organisée », « blanchiment » et « association de malfaiteurs », entre autres. Il s’agit de l’ambitieux major Arnaud D., de l’intrigant brigadier-chef Nouredine G., dit « Nono », fraîchement muté depuis Paris dans le Sud, et de leur supérieur au sein de l’Ofast marseillais, le capitaine Thomas P.
Lire la première partie de cette enquête : De la Floride à Marseille, les tribulations d’un très spécial agent américain anti-stups
Ça commence comme ça. Un message de bonne année, rédigé dans un français chancelant aux dernières heures de 2021 :
— Bonjour Arnaud. C’est John Ferdella de DEA Paris. […] Si tu as besoin quelque chose de la DEA, n’hésite pas me demander. Merci et enchanté.
— Bonjour John. Meilleurs vœux et bonne année.
Lorsqu’il contacte Arnaud D., moteur de la future opération Trident, l’agent spécial John Ferdella est en France depuis déjà deux ans. Ce poste d’attaché de la Drug Enforcement Administration à Paris, basé à l’ambassade américaine, c’est le graal. Prestigieux, et confortable aussi, avec logement de fonction dans le 16e arrondissement où le policier mélomane et raffiné s’installe avec femme et enfants. Sélectionné parmi des centaines d’autres postulants dès 2018, Ferdella a dû surmonter huit mois de cours intensifs de français et un shutdown du Congrès bloquant sa mutation, qui ont repoussé son installation à l’été 2019.
L’enfant du Massachusetts voit son rôle simplement : « permettre aux policiers français de briller », au moment où le focus de l’Ofast bascule du trafic de cannabis vers celui de la cocaïne, soudainement bon marché et abondante dans tous les recoins du Vieux Continent. « La coke, c’était devenu un big deal pour vos politiques. » Il jure avoir laissé son ego en Floride, dans les bureaux de Tampa qu’il vient de quitter : « J’étais à la fin de ma carrière… J’avais saisi des milliers de kilos et des montagnes de cash, stoppé des narco-submersibles dans l’océan, fait tomber plein de bad guys… J’étais là pour transmettre mon expertise. » Une source à Nanterre, où turbine la crème de la police nationale, résume : « La DEA en France, ils se comportent comme des apporteurs d’affaires, dans tous les sens du terme. Ils arrivent avec des opérations, et nous demandent si ça nous branche de grimper dessus. Mais avec John, on avait du mal, c’était souvent des montages compliqués, qui risquaient de se péter la gueule au tribunal. »
Orgies financées par les narcos
L’homme de la DEA ronge son frein. D’autant que sa direction réclame des résultats, en pleine bataille budgétaire à Washington avec le département de la sécurité intérieure (« Homeland Security », en VO), qui veut étendre sa branche anti-narcotiques. Pour ne rien arranger, à la même période, en Floride, un immense scandale éclate. Du genre à fissurer l’agence, déjà malmenée par une litanie de cas de corruption et par les retombées de la révélation de sordides sex parties, des orgies financées par des narcos colombiens auxquelles des agents de la DEA avaient pris part. L’affaire avait coûté son poste à la cheffe de l’institution, Michele Leonhart, en 2015. Le 21 février 2020, un proche collaborateur de Ferdella, l’agent Jose Irizzary, 46 ans, est arrêté pour avoir détourné des millions de dollars de fonds destinés aux indics et à des opérations antiblanchiment, entre autres combines lucratives – son acte d’accusation liste pas moins d’une vingtaine de crimes et délits.
Un nouveau « coquard » infligé au visage balafré de la DEA, concède Mike Vigil, l’un des chefs de l’agence, accusant Irizzary d’avoir mis en péril des dizaines « d’enquêtes, d’agents et d’informateurs ». Ferdella est effondré. « Il était censé être mes yeux et mes oreilles à Carthagène. Quand j’ai appris ce qu’il avait fait, c’est comme si j’apprenais que ma femme m’avait trompé… » L’agent portoricain détonnait pourtant avec son mode de vie clinquant, entre fiestas sur son yacht, voyages en première classe à travers le monde et bolides alignés dans son garage. « Honnêtement, la première fois qu’on me l’a présenté, avec ses chaînes en or et sa ceinture Gucci, je ne l’ai pas senti, se souvient Ferdella. Mais on m’a dit “c’est son côté latino, t’arrêtes pas à ces préjugés, c’est le meilleur”. J’aurais dû suivre mon instinct. »
Quand tu travailles pour la DEA, la tentation est permanente. L’argent, la drogue, les filles…
L’agent spécial John Ferdella
Condamné à douze ans de prison et surnommé par les tabloïds « le plus grand ripou de l’histoire de la DEA », Irizzary se défendra d’être unique dans une spectaculaire et salissante tournée d’interviews avant son incarcération : « Cette “guerre” est ingagnable, la DEA le sait, ses agents le savent. Il y a tellement de drogue, tellement d’argent… On ne fait aucune différence. Cette “guerre”, c’est un jeu… et on s’est beaucoup amusé. » Pour éteindre le feu du soupçon, le département de la justice américain passe sur le gril une quarantaine d’agents en contact régulier avec Irizzary, dont Ferdella qui ne sera pas inquiété.
« On a travaillé environ un an ensemble, on s’appelait tous les jours ou presque, résume l’agent spécial. Il ne m’a jamais proposé quoi que ce soit de louche, il a dû sentir que je ne mordrais pas. De mon côté, je gardais mes distances depuis le jour où je l’avais vu tourner un clip sur son bateau avec des filles en bikini. C’était bizarre, même s’il prétendait que tout cet argent venait de sa belle-famille. » Face à la corruption, l’Américain est fataliste : « Quand tu travailles pour la DEA, la tentation est permanente. L’argent, la drogue, les filles. Alors, oui, sur quelque 5 000 agents, il y aura quelques esprits faibles pour succomber… »
L’affaire Irizzary derrière lui, Ferdella se remet au travail à Paris. Il donne, grâce à une infiltration de la DEA, un coup de pouce décisif dans le dossier Firat Cinko – un gros importateur surnommé « le narco à 200 mètres de l’Élysée » – et téléguide le piège tendu, dans un hôtel parisien, à un haut cadre canadien de Sky ECC, la cryptomessagerie préférée des trafiquants à l’époque. Cette « cible » très disputée cause d’ailleurs des frictions entre Américains, qui veulent en faire un indic (forcément), et Français, qui veulent le poursuivre (ces derniers auront gain de cause, le procès est prévu pour l’automne prochain).
Accrocher un gros scalp
Ferdella cherche toujours sa grande affaire made in France. On lui demande d’animer des formations. Lui rêve de saisies spectaculaires : « Je leur disais, hey, c’est quand la dernière fois que vous avez fait un gros coup ? À part ces quatre tonnes à Marseille qu’on vous a filées [en 2021]… » Notre source à Nanterre le concède, « les collaborations avec la DEA étaient moins fréquentes qu’avant, l’Ofast avait levé le pied sur les LS [livraisons surveillées] depuis le bourbier avec François Thierry. Alors ouais, John devait être frustré ». Ça tombe bien, parce que, frustré, le major Arnaud D. l’est aussi. Le limier marseillais approche de la cinquantaine, rêve d’accrocher un gros scalp. Ce que les policiers appellent, dans leur jargon américanisé, une « HVT », pour high value target. Une cible de haute valeur. L’une de celles qui règnent depuis Dubaï, le Maroc ou l’Algérie sur les routes de la drogue, loin des « fours », ces lieux de vente au pied des tours, et des règlements de compte entre ados à peine sortis de l’enfance et réduits en servitude par leurs lieutenants.
Un nom obsède Arnaud D. : « Mimo », Mohamed Djeha, dont on dit qu’il possède à Marseille le plus gros point de deal d’Europe. Mais avant de se lancer à corps perdu dans l’opération Trident au printemps 2023, il semblerait que Ferdella et Arnaud D. aient déjà tenté de monter un premier coup – à moins qu’il ne s’agisse d’un galop d’essai – un an plus tôt, comme le suggèrent une poignée de messages échangés en février 2022. « C’est notre container qui a été interpellé [sic] en Colombie ? » demande l’officier marseillais. « Oui c’est vrai, à Barranquilla », répond l’Américain. Malgré cet échec, les deux flics ne se laissent pas abattre : « On continue les affaires ! » encourage Ferdella, en français. « Oui, c’est la vie ! Le prochain sera le bon », répond son homologue phocéen.
L’élite des tontons
Le prochain coup, c’est donc Trident. Si l’on en croit les déclarations plus ou moins alignées des différents protagonistes face à la juge d’instruction, sa genèse s’articule autour du brigadier-chef Nouredine G., le policier fraîchement arrivé à Marseille, et de Lazare [prénom modifié], son indic libanais rencontré durant ses années à labourer la capitale et sa périphérie au sein de la PJ de Seine-Saint-Denis. Lazare, c’est l’élite des tontons. Rencardé, polyglotte, baratineur… Un passe-muraille, « multicartes » comme on dit dans les services. « Un type qui tontine avec la terre entière et bouffe à tous les râteliers », grince un de nos contacts, moins séduit que d’autres.
Installé à Paris, Lazare, quasi quinquagénaire, jongle entre sa vie (sa couverture ?) de chauffeur de taxi et ses diverses missions pour la DEA, le renseignement militaire français, les douanes, la police judiciaire parisienne, la gendarmerie nationale… Une vie de roman : ce flambeur a acheté, puis perdu, un cabaret nocturne à deux pas des Champs-Élysées, géré une supérette discount et trempé dans un vaste trafic de berlines de luxe volées avec le Moyen-Orient. C’est à cette occasion, aux débuts des années 2000, que ses talents caméléonesques sont repérés par un agent de l’OCRTIS (l’ancêtre de l’Ofast), qui l’inscrit au bureau central des sources et l’initie à l’art subtil du double jeu. Un pied chez les criminels, l’autre dans les commissariats.
Lazare est si performant qu’au fil des ans, on lui confie des missions d’envergure internationale, de plus en plus échevelées et rémunératrices, en cheville avec la DEA. Pour son rôle d’intermédiaire dans l’opération Cedar – le démantèlement d’un labyrinthique système de blanchiment entre des cartels colombiens et le Hezbollah –, l’agence américaine lui verse 125 000 dollars en 2016.
Trident, piège à trois pointes
Si l’on en croit ses déclarations, Lazare est approché courant 2021 par Nouredine G. pour l’aider à échafauder un stratagème à même de faire sortir du bois Mimo, le puissant narco de la Castellane qui obsède Arnaud D. Quoi de mieux pour l’appâter qu’une alléchante livraison de cocaïne colombienne ? L’indic libanais aurait alors suggéré de s’allier à la DEA. C’est-à-dire à John Ferdella, seul capable de monter une telle opération depuis Paris, fort de son dense réseau dans la ville portuaire de Carthagène. D’où « Trident », pour trois pays : France, États-Unis, Colombie. Autant de pointes pour harponner le trafiquant.
« En juillet 2021, Lazare me dit qu’on peut faire des choses avec ce policier qu’il connaît bien, Nouredine, que tout le monde appelait Nono, et qui venait d’arriver à Marseille. Il avait besoin de mes contacts à Carthagène pour monter une belle affaire », confirme Ferdella lors de notre ultime rencontre, cette fois-ci arrosée à la bière, en mars 2026, dans un chic pub anglais à côté de l’Arc de Triomphe. Nous sommes au lendemain de son pot de départ à la retraite, son badge rendu à ses supérieurs, et quelques semaines après la parution de l’article de Libération le présentant comme le cerveau de l’opération – ce qui le fait sourire jaune. Des propos raccord avec ceux qu’il a tenus devant la juge d’instruction trois mois plus tôt, lors de son audition négociée de haute lutte par le Quai d’Orsay auprès de l’ambassade américaine. Car, même retraité, Ferdella est plus qu’un ex-flic : il reste un ancien « attaché » sous immunité diplomatique, à l’abri des poursuites.
Comme il l’expliquera à la juge, dès le début, tout un tas de détails clochent. Par exemple, la cible de l’opération qu’on lui a désignée n’était pas Mimo, mais un certain « Albinos », un autre truand du cru. Plus gênant, s’étonne un de mes contacts, Ferdella était aussi visiblement ignorant du fait que Lazare n’est autre que le témoin de mariage de Nouredine G. Sacré mélange des genres entre le brigadier-chef et son indic, qui pose déjà la question au cœur de ce sac de nœuds : qui couvre qui ?
« Our hero John ! »
Surtout, la petite équipe – les flics marseillais, le tonton libanais, l’agent américain – semble contourner autant que possible les chefs de l’Ofast à Nanterre, ceux-là mêmes qui avaient douché Ferdella avec leur tiédeur procédurale. « Si j’ai bossé avec Marseille, ce n’est pas parce que j’étais frustré par Nanterre, insiste ce dernier devant sa pinte. Mon job, c’était de saisir les opportunités. Celle-ci sortait du lot. » Il assure néanmoins avoir averti le pôle renseignement de l’Ofast, dirigé par un colonel de gendarmerie. « C’est lui qui me dit : “John, on va appeler Marseille, moi, je préviens la hiérarchie.” Même s’ils l’ont nié ensuite », ressasse-t-il.
Le special agent s’est-il méfié de Lazare ? « Il avait d’excellents états de service, connus jusqu’à Washington. Aucune raison de s’inquiéter. Sa vie privée ou ses problèmes d’argent, ce n’était pas mon affaire, je n’étais pas là pour faire du baby-sitting. » Quid du duo formé par Arnaud D. et Nouredine G. ? « Leur culture policière était assez différente de la mienne, mais je les respectais », euphémise-t-il. Qu’il semble loin ce mois de février 2023, aux premiers jours de l’opération Trident, quand John Ferdella lançait un chaleureux « Bonjour mes frères » sur la boucle tout juste créée par Nouredine G. sur la messagerie Signal, vite rejoint par Arnaud D. et leur supérieur Thomas P., qui lui donnent du « Our hero John ! ». Toute la débâcle de Trident est lisible là, entre les messages pros à la syntaxe SMS, les blagues et les silences échangés quasi quotidiennement pendant cinq mois, consignés sur 115 pages de procédure.
Un « échantillon » de 180 kilos de cocaïne
En réalité, les grandes lignes du plan ont été esquissées lors d’un rendez-vous à l’hôtel InterContinental de Marseille, presque un an plus tôt, en avril 2022. Sont présents le trio marseillais, Ferdella et Lazare. Les mois suivants, l’Américain active en Colombie un de ses indics les plus fidèles – appelons-le « Fernando » (son nom est caviardé dans les documents judiciaires). « Je l’avais recruté en 2009, après l’avoir arrêté au Panama lorsqu’il dirigeait une flotte de bateaux go-fast dans les Caraïbes, resitue l’agent de la DEA. Plutôt que de purger vingt ans de prison, il a décidé de bosser avec nous. J’avais développé une vraie relation avec lui. » Fernando aurait alors négocié avec deux grossistes de coke, un Vénézuélien (qu’on ne retrouve pas dans la procédure) et un Colombien ciblé par la DEA, pour qu’ils envoient un « échantillon » de 180 kilos de blanche à Marseille, prélude à une seconde livraison plus conséquente. Lazare, lui, doit jouer les intermédiaires du cartel auprès des trafiquants marseillais.
Aucune somme n’est avancée – Fernando prendra sa commission sur la vente de la marchandise. L’argent doit remonter jusqu’en Colombie selon l’ancestral système d’hawala, un transfert de fonds basé sur la confiance tacite entre intermédiaires, sans déplacement physique du cash ni traces numériques. « Mais l’idée était que le Colombien vienne à Marseille superviser la livraison-test, et qu’on l’interpelle lors de la seconde livraison, beaucoup plus grosse, ainsi que le destinataire français : une pierre, deux coups, et une belle saisie », résume Ferdella. Lequel apprend du jour au lendemain que le véritable objectif du trio marseillais n’est pas Albinos, comme il le croyait, mais le fameux Mimo – « je n’en avais jamais entendu parler », dira-t-il à la juge.
La sortie de la came n’est pas « naturelle », la remontée à Marseille non plus… Tu provoques le trafic, là. John, fais gaffe.
Propos qu’un gradé indique avoir tenus à John Ferdella
Mi-février 2023, l’opération quasi lancée, John Ferdella expose le plan aux huiles de l’Ofast à Nanterre ainsi qu’aux deux chefs de l’antenne marseillaise, la commissaire Olivia G. et son adjoint Étienne L., mais il reste flou sur les quantités importées. L’indic Fernando fait savoir que les exportateurs colombiens trouvent que la cargaison prévue – l’« échantillon » – n’est « pas efficace en termes de coût ». Un gradé nous assure avoir fait part de ses doutes à Ferdella en ces termes : « La sortie de la came à Carthagène n’est pas “naturelle”, la remontée à Marseille non plus… Tu provoques le trafic, là. Et l’Ofast Marseille ne te dit pas tout. John, fais gaffe. » Mais l’Américain s’est trop démené, trop tard pour reculer.
Arnaud D. lui demande de rédiger une lettre officielle de la DEA adressée à la patronne de l’Ofast, Stéphanie Cherbonnier, présentant cette « route » comme un tuyau de dernière minute. Une façon de couvrir tout le monde ? Ferdella sort son clavier, et tape la note, datée du 22 février 2023 : « Sur la base d’informations fournies par les services de renseignement de la DEA, il y a un ressortissant colombien […] qui a l’intention d’expédier de la cocaïne de Carthagène, en Colombie, à Marseille, en France. » L’objet du mail est « Lettre pour Bananes De Colombie à Marseille ». La « livraison surveillée » est validée à tous les niveaux, de Marseille à Nanterre, avec l’approbation du parquet phocéen.
Plus de 7 millions d’euros de marchandise
La cocaïne est dissimulée dans un conteneur de fruits, l’une des méthodes de contrebande les plus banales. Les pains sont frappés de deux logos différents (« Monastery » et « RR », façon Rolls-Royce). Ferdella demande aux agents locaux de la DEA de placer une balise sur le conteneur et arrange le coup avec les autorités portuaires de Carthagène, qui consentent à laisser la cargaison prendre le large à bord d’un navire de l’armateur français CMA CGM. « On est près pour 4 mars partir », poste Ferdella dans le groupe Signal des flics marseillais.
L’arrivée en France est prévue trois semaines plus tard, avec des escales à Algésiras, Malte, Livourne et Gênes, prévient le capitaine Thomas P. Non sans incertitudes : la société d’import-export choisie est dans le collimateur des douaniers à cause de précédents « conteneurs pollués ». « On a bloqué [les douaniers français], écrit Thomas P. Mais on ne maîtrise pas les Espagnols, les Maltais ni les Italiens. » Arnaud D., lui, s’inquiète auprès de Ferdella de la quantité réelle envoyée par le cartel : « Pour Nanterre, il y a 180 [kg], tu sais combien il y a en vrai ? » L’Américain sort sa calculette : « 367 total. » Plus du double prévu. Valeur de la marchandise : plus de 7 millions d’euros.
Une taupe et des grévistes
Une autre surprise attend les policiers : alors que la marchandise vogue au milieu de l’Atlantique, Étienne L., le commissaire adjoint de l’Ofast de Marseille, apprend que la branche renseignement de l’office central à Nanterre soupçonne le trafiquant Mimo d’avoir une taupe dans ses propres services, sur la base de messages interceptés sur une narco-messagerie tout juste « craquée ». Le 14 mars 2023, dans une boucle Signal distincte dont Ferdella ne fait pas partie, Arnaud D. prévient ses collègues de l’Ofast marseillais : « Notre brigade n’est pas étanche. […] Il convient d’être discret sur nos investigations Trident. Tant pour protéger nos copains que pour identifier la pute de poukave [la balance]. »
L’arrivée du conteneur, que le quatuor franco-américain ne quitte pas des yeux grâce à la balise émettrice, est elle aussi mouvementée. À cause d’une grève des dockers marseillais, il doit être transbordé sur un autre navire, à Barcelone, causant quelques sueurs froides aux policiers. La parano affleure. « Merci pour les mises à jour [sur les dernières infos procédurales]. Nanterre ne me le dira pas », écrit Ferdella aux Marseillais. Le jeune (tout juste trentenaire) commissaire adjoint de l’Ofast local est fébrile. Arnaud D. rassure ses troupes : « Plus c’est gros comme dossier… plus les emmerdes arrivent en cascade, c’est le métier qui rentre. » Le conteneur atteint finalement le port phocéen le 26 mars. Mais son déchargement est encore perturbé par les grévistes… « Aaaah merde », écrit Ferdella. « That’s France ! » lui répond Arnaud D. avec un émoji « rire ».
Dépôt-vente de blanche dans un parking à ciel ouvert
C’est là qu’un certain « Robert » entre en jeu. Sans aucun doute le protagoniste le plus trouble de toute l’affaire, dont l’identité a longtemps échappé même aux juges, ce dernier étant (à l’inverse de Lazare) « non référencé » au bureau des sources, le bottin des indics. Un tonton fantôme ? Un « logisticien » de haut niveau, rencontré au Maroc, répliquera Arnaud D. aux enquêteurs, assurant même que le mystérieux personnage était lui aussi un habitué des dossiers complexes ficelés avec la DEA. Et c’est donc Robert qui se voit confier la tâche sensible de sortir la marchandise du port, et de la « dépoter » dans un entrepôt, à quelques dizaines de kilomètres de Marseille. Ses « petits » sont chargés de trier les cartons de bananes et les pains de coke sérigraphiés. Une semaine plus tard, une camionnette blanche, roues ployant sous les 367 kilos de came, file vers un parking à ciel ouvert qui fera office de dépôt-vente de la blanche.
Sous les lambris du pub où il se livre enfin sur le fond de l’affaire, John Ferdella m’assure qu’il n’a su que Mimo ne mordrait pas à l’hameçon que deux jours avant l’arrivée du conteneur à Marseille. « Jusqu’alors, tout était by the book [selon les règles]. Puis les Marseillais me disent : “Mimo n’en veut plus, un corrompu à l’Ofast l’a prévenu.” Là, pour moi, l’affaire était terminée, il ne restait plus qu’à saisir la drogue, passer à autre chose. Mais Arnaud et Thomas me disent : “Non, non, on continue, on va trouver d’autres acheteurs, remonter d’autres filières.” J’ai répondu : “C’est de la provocation, non ?” Ils m’ont juré que leurs supérieurs et la juge étaient OK… Moi, je suis un invité en France : je fais confiance à mes hôtes, j’ai suivi. »
Les indics se servaient et revenaient en disant : « On m’a tabassé, on m’a volé les pains de coke ! »
L’agent spécial John Ferdella
Pourtant, ces doutes ne transparaissent pas dans les échanges récupérés par l’IGPN, la police des polices, sur ce moment pivot. Certes, tout ne s’écrit pas. Mais une chose est sûre : déjà mal embarquée, criblée de vices de procédure, l’opération Trident bascule alors dans le grand n’importe quoi. Le trio de l’Ofast mandate ses indics – les dénommés « Michel » et « Doudou », en plus du Robert sous les radars – pour démarcher des clients potentiels. Lazare descend aussi à Marseille pour jouer les VRP de la coke. À moins qu’il ne se mette à dealer pour son propre compte en piochant dans la marchandise, comme l’en accusera plus tard la justice. Dans un des procès-verbaux d’instruction, un enquêteur affligé résume sans pincettes : les policiers « naviguaient à vue, […] s’accrochant à la recherche de clients opérés par leurs sources, mettant en lumière l’absence de commanditaire – les sources et les policiers semblant se comporter comme les propriétaires de cette cocaïne ».
La plupart des deals tombent à l’eau, un des tontons – Michel – se fait tirer dessus, les comptes ne sont pas tenus… « Lazare me disait que ces indics étaient des mecs de petite envergure, pas fiables, pas au niveau, rumine Ferdella lors de notre dernier entretien. Ils se servaient dans le van et revenaient en disant : “On m’a tabassé, on m’a volé les pains de coke !” Ou alors : “Ils n’en ont pas voulu”, sauf que les kilos qu’ils ramenaient, c’était du savon ! » Le special agent de la DEA se propose de débaucher lui-même des acheteurs colombiens, mais les hommes de l’Ofast déclinent : « Le marché, c’est des clients à Marseille », écrit le capitaine Thomas P., conscient que le dossier ne tient que là-dessus.
« Des charognards »
Jour après jour, la marchandise à l’intérieur de la camionnette s’évapore. Pas moins de 80 kilos auraient été versés, hors de tout protocole, aux indics pour leur service… Les policiers marseillais sont pressés par leur hiérarchie de « finir la séquence ». Peu importe les moyens. Quitte à solliciter, à rebours de leurs objectifs, des équipes criminelles venues de tout le pays, de Perpignan à Mulhouse, et au-delà. Dans le groupe Signal sont mentionnés, pêle-mêle, des Albanais, des Espagnols, un certain « Marcel »…
Depuis son bureau à l’ambassade américaine, John Ferdella fulmine. Il écrit aux flics marseillais : « Les cibles ne sont pas professionnelles. Ils sont des charognards. » À Carthagène, explique-t-il, le grossiste colombien met la pression sur Fernando, son informateur-exportateur. « [Il] casse ses couilles [toutes] les heures », textote Ferdella (« John, tu parles très bien français », s’amuse le major Arnaud D.). Malgré lui, l’Américain se retrouve à relayer les exigences du cartel : « On a besoin d’une solution bientôt. [Le Colombien] a reçu environ demi l’argent (2,8 millions) et il veut le reste (3,5 millions). Il veut les kilos ou l’argent. Bientôt. » Côté marseillais, on lui répond que le problème est « toujours le même depuis le début » : Fernando est trop gourmand, son prix au kilo trop élevé.
À ce moment du récit, je demande à Ferdella pourquoi il n’a pas utilisé les fonds spéciaux de la DEA pour calmer Fernando, faire descendre la pression. « Ça ne marche pas comme ça, répond-il. Je peux sortir quelques milliers de dollars pour un service ou une info mais, là, on parle de millions. On était dans un système bad guy to bad guy money. » De l’argent « de méchant à méchant », en boucle fermée.
Un carton de bananes vide
Le 24 avril 2023, l’Américain apprend que les commissaires de l’Ofast de Marseille ont décidé de tirer le rideau sur la drôle d’épicerie qu’est devenue Trident. « Combien de pièces [de pains de coke] reste-t-il ? s’inquiète Ferdella. On ne peut pas décaler la fin de l’opération ? Je sais que [le Colombien] a des acheteurs potentiels. Si on ne vend pas tout, ça va être un problème pour [Fernando]… » Thomas P. plaisante à son tour : « C’est pour ça que la DEA a envoyé son meilleur agent. » Puis annonce que 92 kilos seront fourgués, via Robert, « au nord de la France ». Une vente « garantie par un ami d’Arnaud que tu [John] connais aussi ». L’ami en question serait, pour les exégètes les plus avisés du dossier, un controversé commandant de police, « artiste de la livraison surveillée » et « père spirituel » d’Arnaud D., dont l’ombre plane sur des pans entiers de l’affaire. (Non poursuivi à ce stade, ce haut gradé est « un cynique », commente simplement Ferdella.) Mais n’entrons pas dans ce nouveau couloir du labyrinthe…
Énième bizarrerie, la camionnette est remisée en fourrière et ne sera pas fouillée avant l’été, mi-août. À l’intérieur, un maigre butin : un carton de bananes vide et un unique pain de cocaïne, l’ultime kilo de l’opération Trident. On est loin d’une saisie mirifique. D’autant qu’aucune arrestation n’a eu lieu. Entre-temps, John Ferdella apprend par un message lapidaire du brigadier-chef Nouredine G. que la police française a attrapé « nos bandits dans une autre affaire vieille de deux ans » : Mohamed « Mimo » Djeha a été arrêté près d’Oran, en Algérie, le 15 juin 2023, pour son implication dans un vieux règlement de compte marseillais.
L’agent américain, lui, s’inquiète toujours de cet argent jamais renvoyé en Colombie. Et sort de ses gonds lorsqu’il apprend que le mystérieux Robert aurait volé 106 kilos de came, en plus de dizaines de kilos évaporés du côté de Mulhouse. « Tout cela remonte à [Fernando] et [met en danger] sa vie en Colombie, écrit-il. Pouvez-vous prendre ces personnes et résoudre ce problème ? Vous n’êtes pas obligés de les arrêter, mais faites-leur comprendre qu’ils ne doivent pas irriter la police. Ces gars ont besoin d’apprendre une leçon. » Derrière l’agent policé, le cowboy reviendrait-il au galop ?
Je ne pouvais pas lui dire : « Désolé, je t’ai fait perdre quelques millions de dollars, débrouille-toi avec le cartel ! »
L’agent spécial John Ferdella
« On veut se servir de ça pour me faire passer pour un type hors de contrôle, mais c’était une façon de dire “On est la police, bon sang !”, me confie John Ferdella. On ne peut pas se contenter de discuter avec ces gens, il faut les secouer ! La situation était très tendue, je ne pouvais pas dire à ma source : “Désolé, je t’ai fait perdre quelques millions de dollars, débrouille-toi avec le cartel, bye !” » Il réclame à Arnaud D. l’identité de Robert, pour ses fichiers. Le major marseillais ne lui répondra jamais. Aux juges, Arnaud D. jurera ne pas connaître son vrai nom. Selon nos sources, Robert n’a été identifié par les enquêteurs que très récemment, et serait aujourd’hui hors d’atteinte, quelque part au Maghreb.
Les mois suivants, comme dans les films de gangsters, le château de cartes s’effondre, écrasant les protagonistes un à un. Les confessions, dans un dossier connexe, du serrurier de l’Ofast local font boule de neige, jusqu’à l’ouverture d’une enquête par le parquet de Marseille début 2024, reprise neuf mois plus tard par la juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée, à Paris, confiée aux cadors de l’IGPN, les « bœufs carottes ». En parallèle, Lazare est radié du fichier des sources policières françaises dès l’été 2023, sans que la DEA soit dans la boucle, sur la base d’un rapport douanier l’accusant de collusion avec les trafiquants.
Marionnettistes ultimes
De plus en plus inquiet, le super-tonton libanais tente d’alerter son officier traitant, John Ferdella, qui se révèle fuyant dans les communications entre les deux hommes versées au dossier, accaparé par les activités scolaires de ses enfants ou la préparation de Thanksgiving. « Monsieur, qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Je ne comprends pas », supplie Lazare. Il est finalement arrêté le 10 février 2025 et placé en détention, à l’isolement, lui aussi pour trafic de stupéfiants. « Lazare a un peu la tête du bouc émissaire idéal », opine une source proche du dossier. « Je suis tombé de ma chaise quand j’ai appris son arrestation, jure Ferdella. C’est là que j’ai réalisé à quel point l’opération avait dérapé. J’ai du mal à croire que Lazare ait fait quelque chose d’aussi stupide, mais, au final, qu’est-ce que j’en sais ? Je n’étais pas là pour le border tous les soirs. Avec ce genre de gars, tout est possible. » Dans ce palais des glaces, les tontons – de l’ondoyant Lazare à l’insaisissable Robert – seraient-ils devenus les marionnettistes ultimes ? Le maître des sources aurait-il été dupé à son tour ?
« Par nature, ces gens manipulent ou sont manipulés, poursuit Ferdella. La façon dont Trident a tourné, c’était dur pour moi. Je sortais de l’affaire Irizzary, et bam, ce truc-là ! Encore pas de chance ! Les gens vont finir par croire que je suis un grand naïf, mais il n’y a qu’à regarder ma carrière. » Une pause. « On pourrait encore parler des heures de Trident, mais ce que je sais, c’est que j’avais mis au point le scénario parfait. Mais les Marseillais ont tout fait foirer, ils ont mis beaucoup de vies en danger. J’ai voulu aider la France, voilà comment on me remercie. »
Comme des gamins jouant avec des allumettes
Selon Libération, même la commissaire Olivia G. dit que la DEA a « berné » ses hommes. Un éclair passe dans les yeux de l’Américain : « Et maintenant, ils disent que j’aurais niqué [il le dit en français] tout le monde ? Pour quel bénéfice ? Je leur ai ouvert les portes de la Colombie, le fruit de décennies de travail, et eux m’ont ridiculisé auprès de mes sources et de ma hiérarchie par leur amateurisme. Ils m’ont tenu à distance tout du long. Maintenant, je comprends pourquoi. » Autant écrire la suite en VO : « They fucked me ! » Il a refait ses comptes : « Je dirais que la moitié de la marchandise a été vendue, l’autre, environ 172 kilos, “perdue” – ou “volée”, appelez ça comme vous voulez. » Soit une dette de plus de 3 millions d’euros envers le cartel. Fernando, assure Ferdella, serait à l’abri, bien que « très énervé » contre lui. « La DEA a arrêté le boss dans une autre affaire, et l’autre grossiste, le Vénézuélien, ne peut pas remonter jusqu’à lui. »
Aucun de nos contacts ne suggère l’existence d’un coup monté pour remplir les poches de Ferdella et Fernando. Côté marseillais, les investigations sur un possible enrichissement du trio de l’Ofast sont encore en cours. Si chacun a sa version, plus ou moins machiavélique, la thèse la plus en vogue est celle de l’hubris policière plutôt que celle du casse du siècle : « C’était juste trop gros pour les poulets marseillais. Ils se sont entêtés, comme des gamins qui jouent avec des allumettes et balancent de l’essence sur le feu en croyant l’éteindre, nous confie un gradé. C’est la faillite d’une méthode : les livraisons pseudo-surveillées, c’est toujours plus ou moins vérolé. » Hasard du calendrier, François Thierry, l’apôtre français de la « méthode américaine », a été condamné en mars 2026 à un an de prison avec sursis pour complicité de trafic de stupéfiants dans une vieille affaire. Sur ce point, Ferdella minimise : « Je sais que nos lois sont différentes mais, franchement, j’ai l’impression qu’en France cette notion de “provocation policière” est largement sujette à l’interprétation du juge… »
Au final, le major Arnaud D., le brigadier-chef Nouredine G. et le capitaine Thomas P. ont été mis en examen, les deux premiers écroués pour trafic de stupéfiants. Les commissaires Olivia G. et Étienne L. sont eux aussi éclaboussés, mais pour des faits relatifs à la mise en place de caméras de surveillance hors des clous et des faux en écriture présumés liés à l’opération. Par son avocat, Étienne L. indique « réserver ses déclarations à la justice » et revendique être l’auteur du rapport « duquel est partie toute l’enquête ». Contactés via leurs conseils respectifs, les autres mis en cause n’ont pas souhaité faire de commentaire.
— Épilogue —
Lors de la fête de l’Ofast d’avril 2026, un an après notre première rencontre dans la même boîte de nuit, j’ai manqué John Ferdella. Il est arrivé tard, je suis parti tôt. Son remplaçant, un élégant latino aux cheveux laqués en arrière, serrait les mains comme un politicien en campagne. Business as usual ? L’affaire Trident reste sur toutes les lèvres. « Faudra en faire une série télé un jour… » hoquette un policier.
Le procès est encore loin à l’horizon. Ferdella entend rester dans les parages. « J’aurais pu rentrer aux États-Unis, tout oublier, c’est d’ailleurs ce qu’on m’a conseillé, m’avait-il confié lors de notre dernier verre. Mais j’ai préféré rester à Paris. J’aime cette ville et je veux défendre ma réputation. Et quand je lis les mensonges qu’on répand sur moi, je me dis que j’ai bien fait. » L’hiver dernier, le tout juste retraité a acheté un appartement sur la rive gauche et repris le piano. Cet été, il compte faire la tournée des Club Med de la Côte d’Azur au sein d’un trio jazzy. Peut-être fredonnera-t-il un soir ce couplet de Piano Man, la ballade culte de son idole Billy Joel :
« John, au comptoir, c’est un vieil ami
Il m’offre à boire sans rien demander
Toujours prêt à sortir une vanne ou à t’allumer ta clope
Mais ailleurs il voudrait s’en aller
Il dit : “Bill, je crois que ça me tue”
Et son sourire s’est effacé
“Moi, j’sais bien que j’pourrais être une star de cinéma
Si j’arrivais à m’échapper d’ici…” »