Hugo Micheron, le djihadologue en quête d’un Palantir français

Écrit par Clément Fayol et Nicolas Gastineau • Illustré par Mina Ledoux
7 octobre 2026
Collage avec Hugo Micheron, une jeep et le drapeau djihadiste et la matrice numérique
Mina Ledoux ; Gallimard, news.hybridlife.org ; Wikimedia commons ; Arlequin AI ; fabienm.eu.
De Princeton à l’Élysée, le jeune chercheur a connu une ascension éclair comme expert de la radicalisation islamiste. Il capitalise désormais sur son réseau pour développer sa start-up d’intelligence artificielle Arlequin AI. Au risque de brûler les étapes.

Hugo Micheron a retrouvé le chemin de Damas. Début juillet, le spécialiste du djihadisme faisait partie de l’escouade assemblée par Emmanuel Macron pour se rendre en Syrie – la première visite d’État d’un président français dans l’ancienne dictature des Assad depuis 2009. Le fraîchement nommé professeur à Sciences Po de 37 ans n’y était pas retourné depuis un échange universitaire remontant à 2010, lorsque, étudiant, il apprenait l’arabe. À peine le pied posé dans la capitale sous haute sécurité, le chercheur en science politique dévisage les officiels qui les accueillent. Hier, combattants en barbe et treillis issus de milices islamistes radicales, aujourd’hui responsables du protocole en costume. Lui aussi a connu une sacrée métamorphose, et, à l’approche de la quarantaine, a désormais l’esprit scindé en deux.

D’un côté, il est cet expert en djihadologie dont raffole le président. Membre du conseil scientifique sur les processus de radicalisation à cheval entre l’intérieur et le ministère de l’éducation, il a été invité à s’exprimer à l’Élysée au sujet des ingérences islamistes en ligne. Le voilà même embedded à bord d’« Air France One » à contempler « les rayons du soleil déclinant [qui] caressent le tarmac, balayé par un vent tiède », comme il le raconte à la première personne dans Le Point. Et puis, il y a le jeune entrepreneur en intelligence artificielle (IA) qui vient, le même été, de sécuriser une levée de fonds de 28 millions d’euros au profit de sa start-up, Arlequin AI.

On va faire quelque chose de très, très ambitieux.

Hugo Micheron, spécialiste du djihad et entrepreneur de l’IA

Annoncé en septembre 2026, avec une participation du fonds Innovation défense de la Banque publique d’investissement (BPI) et une entrée au capital du magnat des télécoms Xavier Niel, le tour de table vient de propulser l’entreprise qu’il a cofondée seulement deux ans plus tôt dans un nouveau monde. Le chercheur bien connu des victimes des attentats du 13-Novembre, invité à témoigner au procès de leurs bourreaux, pose sur une photo corporate fournie aux Échos pour l’article célébrant comme il se doit la bonne nouvelle. On le voit assis avec son cofondateur Antoine Jardin dans un open space parisien, crâne dégarni et sourire sérieux, blazer sur t-shirt, la fusée rouge et blanche de Tintin à l’arrière-plan. Objectif Lune ? Micheron l’assume crânement dans le quotidien économique : « On va faire quelque chose de très, très ambitieux », a-t-il promis au moment de toper avec son partenaire, un ingénieur de recherche en sciences politiques du CNRS, qu’il connaît de longue date. Désormais chef d’une boutique qui revendique 50 collaborateurs et recrute activement, Hugo Micheron semble avoir réussi sa mue.

Un bébé Palantir

Que vend Arlequin AI ? Comme beaucoup d’autres, une technologie qui promet de naviguer dans le chaos ambiant, dans les masses de données complexes et hétérogènes des réseaux sociaux et d’Internet. La promesse est aussi vieille que l’expression déjà has been de big data : partir du désordre et trouver des corrélations, des phénomènes émergents, des tendances invisibles à l’œil nu. Mais l’intelligence artificielle permet, il est vrai, de véritables progrès dans cet art de trouver des aiguilles dans les bottes de foin. La solution concoctée par Micheron et Jardin serait à même de plaire aux services de l’État : souveraine, car « made in France », et rompue au traitement des informations les plus sensibles, comme la détection d’actions d’ingérences étrangères ou de phénomènes de radicalisation. Mais le service se veut aussi utile à toute entreprise soucieuse de comprendre son environnement et sa future clientèle. La promesse d’une sorte de bébé Palantir, du nom de ce titan américain de la surveillance algorithmique, dont la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) s’est tout récemment séparée, après des années de relation fructueuse, sur fond d’inquiétude vis-à-vis de cette dépendance étrangère.

Dans ce nouveau rôle comme dans le précédent, Hugo Micheron, auteur en 2023 d’un essai remarqué sur le djihadisme, La Colère et l’Oubli, n’a jamais cessé d’être un « excellent pitcheur ». Le terme est revenu maintes fois dans la bouche des chercheurs qui l’ont connu dans sa première vie. Comme ce jour où devant, un parterre de gradés de l’armée de l’air, il a partagé ses pensées, l’air pénétré, sur les Rafales – ces avions qu’il regardait, petit, depuis son jardin de Provence. Effet garanti.

Pour en arriver là, il a fallu tuer le père. Ce fut fait en public, le 16 novembre 2021, lors du procès historique des attentats du 13-Novembre. En majesté, pendant les cinq heures de son audition, Hugo Micheron est sorti de l’ombre pesante de son directeur de thèse, Gilles Kepel. À la barre, cravate bordeaux et veste foncée, il n’a pas eu un mot pour son mentor, qui a longtemps régné en maître dans les médias dans le rôle du savant ès islamisme. Kepel devait avoir la primeur, mais son audition avait été reportée. Un affront pour le professeur, qui s’en est ému dans Le Point : « Je n’ai pas été traité avec la dignité à laquelle je m’attendais. » Depuis ce jour, le spécialiste qui, contacté, n’a pas souhaité s’exprimer à ce sujet nourrit un ressentiment tenace à l’égard de son ancien disciple. Même sa conjointe le poursuit désormais de sa vindicte, l’affublant du sobriquet « Moucheron », jusqu’à envoyer un texto rageur à Emmanuel Macron à son retour de Syrie, pour lui dire tout le mal qu’elle pense du « plus nul des élèves de Gilles Kepel. »

Un « homme de cour »

La rencontre entre Hugo Micheron et Gilles Kepel remonte à 2014, dans les bureaux de l’Institut Montaigne, think tank libéral qui a servi de pouponnière à la garde technocratique du macronisme. À l’époque, l’ambitieux vient d’achever son master à Sciences Po Aix, la ville où il est né, en 1988. Parmi ceux qui l’ont croisé, ils sont plusieurs à décrire un homme « affable et séducteur », mais aussi déjà un « homme de cour », qui « choisit ses amis pour accélérer son ascension ». À cette époque, Kepel est le plus fameux des islamologues, très écouté par la classe politique, fournisseur de munitions à tous ceux qui défendent une vision rigide de la laïcité.

Hugo Micheron et Antoine Jardin travaillent sous sa dictée à une étude intitulée « Passion française. Les voix des cités ». L’année suivante, le mandarin l’embarque avec lui au sein de la chaire Moyen-Orient de l’École normale supérieure, qui vient tout juste d’être créée et taillée sur mesure pour lui. L’auteur de Terreur dans l’Hexagone. Genèse du djihad français (2015) et inventeur du concept de « djihadisme d’atmosphère » parvient même à convaincre Agir pour l’école, une association liée au think tank libéral, de financer la thèse de son étudiant.

« Son sujet était très stratégique : cette année-là, le monde universitaire était dépassé par l’actualité des attentats et Hugo Micheron est parti au meilleur moment faire son terrain sur ce sujet », se souvient un chercheur. Début 2020, le livre Jihadisme français. Quartiers, Syrie, prisons, fruit de sa recherche, paraît en grande pompe chez Gallimard, alors éditeur de Gilles Kepel. L’ouvrage marque le débat public, notamment par un accès inédit et extensif à des détenus radicalisés, qui le place instantanément sur la carte des spécialistes du sujet.

Avec Julia Roberts

Le jeune homme se rapproche aussi de Christian Gravel, un préfet fan d’arts martiaux, ancien directeur de cabinet de Manuel Valls à Matignon. À la tête du comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), Gravel sera poussé à la démission, en 2023, emporté par l’affaire du fonds Marianne. Lancé dans les mois suivant l’assassinat terroriste du professeur Samuel Paty, le fonds entendait soutenir les initiatives cherchant à combattre les discours « haineux et séparatistes » sur les réseaux sociaux. Mais l’attribution opaque des financements, la faiblesse des actions menées ainsi que la proximité de certains des responsables avec l’alors ministre de tutelle Marlène Schiappa font scandale.

Malgré ses liens avec Gravel, Micheron n’est jamais cité dans l’affaire. « Il est malin, il s’est contenté d’une relation de conseil à Christian Gravel et au CIPDR, sans bénéficier directement du fonds Marianne », se souvient une partie prenante. Reconnaissant avoir collaboré avec le CIPDR pour des « formations destinées aux acteurs de terrain », Hugo Micheron (qui n’a pas répondu à nos demandes de rencontre) nous assure par mail qu’il n’a « jamais participé, directement ou indirectement, au fonds Marianne » et n’a « perçu aucun financement provenant de ce fonds ».

Il faut dire qu’au même moment, de 2020 à 2022, le chercheur français effectue son postdoc dans la prestigieuse université de Princeton, un exil étasunien couronné d’un très chic caméo dans After the Hunt, film sorti en 2025 avec Julia Roberts dans le rôle principal. Dans ce long métrage, qui raconte depuis Yale les guerres culturelles des campus américains, les personnages se pressent à une conférence d’Hugo Micheron intitulée « The future of Jihadism is Female ».

Au retentissant procès du 13-Novembre, le récital d’Hugo Micheron n’échappe pas à Arthur Dénouveaux, présent dans la salle. Ce cadre du monde des assurances, diplômé de Polytechnique, était au Bataclan le soir de l’attentat, et a progressivement émergé comme un porte-voix des victimes, à travers l’association Life For Paris qu’il a cofondé et présidé. Quelques mois plus tard, il rencontre le chercheur autour d’un verre. Les deux hommes évoquent la difficulté de suivre les évolutions de la menace terroriste, de capter les flux toujours mutants de la radicalisation. « Les attentats du 13-Novembre étaient des opérations de l’ère Facebook, réseau social à la mode à l’époque, se souvient Dénouveaux. Mais ensuite, la propagande djihadiste est passée sur d’autres canaux. »

Ce que Hugo a ramené des États-Unis, c’est le rôle de la data dans la lutte contre l’extrémisme.

Bernard Haykel, professeur à Princeton

L’année suivante, sollicitée par Micheron, il se laisse convaincre et investit dans son projet de start-up, convaincu par l’intérêt d’un nouvel outil « multilingue et multilinéaire » qui permettrait de naviguer « entre les forums et les réseaux sociaux, capable de traduire des mots tchétchènes, des expressions du Daguestan, et de tous les dialectes de l’arabe qui peuvent s’exprimer sur Internet ». Le nom retenu, Arlequin AI, est un clin d’œil à une scène des Ingénieurs du chaos, essai de l’écrivain italien Giuliano da Empoli paru en 2019, qui s’ouvre sur une réflexion sur le carnaval comme métaphore de l’ascension des populistes à travers le monde. Un moment où les rôles sont redistribués, les hiérarchies se renversent, le grossier devient sacré, les fous deviennent rois – il suffit de se figurer Donald Trump.

Un monde où seul l’arlequin, personnage théâtral tout en masque et en malice, peut se déplacer avec agilité. « Ce que Hugo a ramené des États-Unis, explique Bernard Haykel, professeur à Princeton qui l’a accueilli dans son équipe pendant son séjour américain, c’est le rôle de la data dans la lutte contre l’extrémisme, ainsi que l’importance d’être indépendant par rapport à Palantir. C’est plutôt bon pour la France, non ? »

Avantage médiatique

Fin 2025, pour les dix ans des attentats du 13-Novembre, les lecteurs du Monde découvrent une tribune, signée Hugo Micheron, « chercheur à Sciences Po, cofondateur de la société Arlequin AI » et Arthur Dénouveaux, sans que soit précisé le statut d’investisseur de ce dernier. « À l’aide de modèles d’IA que nous avons développés, nous avons analysé le nombre de mentions publiques, sur le réseau social X, du terme “Bataclan”, entre le 12 novembre 2024 et le 23 octobre 2025 », plastronnent les deux hommes, qui en concluent à une politisation accrue du souvenir de la tragédie. Mais l’analyse convenue doit surtout se lire comme une réclame discrète pour la technologie d’Arlequin, une sorte de « proof of concept », une démonstration de faisabilité publiée dans le premier quotidien du pays. Le genre d’exposition dont rêvent les start-up, et auquel la surface médiatique d’un Hugo Micheron donne droit. Avantage non négligeable dans un secteur ultraconcurrentiel, celui de l’analyse des réseaux sociaux pour y déceler des dynamiques d’opinion.

Appelé « social listening », le créneau est occupé par des dizaines d’agences qui se disputent des contrats prestigieux, l’État boulimique en « capteurs » recourant de plus en plus volontiers à ces services. Chacune promet d’aspirer toujours plus de données, sur plus de réseaux, et de mieux les analyser pour espérer prédire l’avenir. Dès lors, l’accès aux médias et au sommet de l’État fait toute la différence.

La promo d’Arlequin AI se poursuit dans l’émission « Quotidien » puis sur France Inter, où Micheron déroule, en septembre 2026, devant un Nicolas Demorand conquis. Mais, à en croire Dénouveaux, en France, la surface médiatique du chercheur ne serait pas un atout pour le créateur d’entreprise. « L’idée reçue, c’est qu’il faudrait être à 125 % concentré sur son entreprise, en sacrifiant toute sa vie derrière son ordinateur, explique l’investisseur. Les Américains, dans la tech, ont au contraire cette vision des CEO comme étant aussi des passeurs d’idées dans le débat public. Regardez Sam Altman d’OpenAI, ou encore Dario Amodei d’Anthropic. Le fondateur de Palantir, Alex Karp, en est une illustration parfaite. »

C’est sûr qu’un peu de notoriété, ça évite d’avoir à mettre le pied dans la porte. 

Arthur Dénouveaux, investisseur dans Arlequin AI

En septembre 2025, sept ans après les Gilets jaunes, le tumulte d’une nouvelle révolte née sur les réseaux sociaux remonte jusqu’au plus haut sommet de l’État. Le nébuleux mouvement « Bloquons tout » promet un « arrêt total, général et illimité du pays ». C’est Emmanuel Macron lui-même qui propose une solution. À la data room de l’Élysée en alerte, le président suggère un test grandeur nature de l’outil HuDEx, qu’Arlequin AI développe. « C’est sûr qu’un peu de notoriété, ça évite d’avoir à mettre le pied dans la porte, admet finalement Dénouveaux. Mais ensuite il faut convaincre les équipes qui se foutent que ce soit Micheron ou pas Micheron derrière. Soit la solution fonctionne et répond à un besoin, soit ce n’est pas le cas. » En l’occurrence, l’essai n’est pas concluant.

« De la guignolade, tranche-t-on en interne. Ça fait de l’analyse comme n’importe quel LLM [grand modèle de langage, à l’instar de ChatGPT ou Claude], mais rien de plus. » Sur le front des ingérences russes dans les élections roumaines ou encore sur la guerre en Ukraine, domaine réservé d’Emmanuel Macron, la campagne d’Arlequin AI se serait en revanche avérée fructueuse, Micheron se prévalant auprès de ses concurrents d’avoir raflé plusieurs missions dans la surveillance des campagnes d’influence de Moscou dans la zone. « Le ministère des affaires étrangères n’a pas de contrat avec la société Arlequin », affirme catégoriquement une source diplomatique, tandis que la DGSI n’a pas souhaité commenter.

Un opportun pantouflage

L’autre artisan de la pénétration institutionnelle d’Arlequin est Guillaume Avrin, coordinateur national pour l’intelligence artificielle de 2023 à juillet 2025, rattaché au ministère de l’économie. Son départ à peine acté, le transfuge de Bercy a été immédiatement bombardé nouveau directeur de la stratégie de commercialisation et du secteur public de la start-up du djihadologue. Hier chargé de mettre en musique les investissements de l’État français dans l’IA, le voici à pied d’œuvre pour convaincre ces mêmes administrations d’investir dans l’entreprise d’Hugo Micheron. À la direction du numérique, au Quai d’Orsay, d’autres rendez-vous sont obtenus avec un succès inégal, le ticket d’entrée onéreux, autour de 100 000 euros, décourageant certains services.

Un opportun pantouflage qui rappelle le parcours de Cédric O, secrétaire chargé du numérique de 2019 à 2022, devenu lobbyiste – et actionnaire – de Mistral, leader français de l’IA générative, sans y voir d’inconvénient. Contacté, Guillaume Avrin n’a pas souhaité répondre à nos questions. Cette reconversion n’a fait l’objet d’aucune déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, qui, pour sa part, estime que « le poste de coordinateur national pour l’IA n’entre pas dans le champ de compétence des saisines obligatoires ».

Il dérange les universitaires français parce qu’il sort des sentiers battus.

Bernard Haykel, professeur à Princeton

Un mélange des genres dans lequel se coule parfaitement Hugo Micheron, start-upper et chouchou du macronisme finissant. « Les bons chercheurs ont toujours eu des connexions avec le pouvoir, fait remarquer Bernard Haykel. En France, le politologue Olivier Roy ou Gilles Kepel en ont eu aussi en leur temps. » Mais leur cadet ne délaisse pas pour autant sa progression dans les cénacles universitaires.

Mi-septembre, Luis Vassy, le directeur de Sciences Po, l’a présenté chaleureusement à Yann Le Cun, à l’occasion d’une conférence de la rockstar française de l’IA, rue Saint-Guillaume. Fin 2025, le chercheur couronné du prix Turing avait quitté avec fracas son poste de directeur scientifique de Meta pour fonder à Paris une entreprise d’IA, AMI Labs, levant au passage la modique somme d’un milliard d’euros. Quelques mois plus tôt, en mars 2026, Luis Vassy, nommait Micheron au poste de professeur associé, passant outre le conseil scientifique qui avait pourtant rendu un avis négatif. « C’est inédit, je n’avais jamais vu ça avant », souffle un professeur émérite de l’institut d’études politiques parisien.

Sur le fond, deux chercheurs contactés pointent avec effarement le faible nombre d’articles scientifiques publiés par le djihadologue. « Qu’est-ce qu’il va enseigner au juste ? Quel terrain a fait Hugo Micheron depuis sa thèse ? », s’interroge un spécialiste de l’islam politique. Une charge injuste pour Bernard Haykel, son ancien chaperon à Princeton : « Il dérange les universitaires français parce qu’il sort des sentiers battus. On ne peut pas dire qu’il n’a pas publié, parce qu’il a écrit pendant son séjour à Princeton son essai La Colère et l’Oubli. Il a aussi participé aux travaux du “Program on Extremism” de l’université George Washington. Il était très apprécié des élèves. » Interrogé à ce sujet, Micheron ajoute que depuis qu’il a commencé à enseigner en 2015, il n’est jamais « tombé en-dessous d’un taux de satisfaction de 95 % » dans les évaluations des élèves. Et qu’à Princeton, il se situait « dans les 10 % des enseignants les mieux notés ».

Un argument retrouvé dans la bouche de Luis Vassy pour apaiser, sans y parvenir, la colère des profs rue Saint-Guillaume. « Le conseil scientifique de Sciences Po, ce n’est pas des gauchistes. S’ils ont voté contre, c’est qu’il n’est pas au niveau, c’est clair et net », cingle une figure de la discipline. Luis Vassy s’est justifié en jouant sur une corde sensible (« il s’agit d’êtres humains »), arguant qu’en suivant leur avis, il aurait, comme le consigne le compte rendu public du conseil scientifique, « mis au chômage un enseignant qui travaille à Sciences Po depuis des années ». Au chômage ? Enfin, pas exactement.

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